l’accompagnement

5/05/2010

trujillo

Trujillo, Extremadura, avril 2010

Une main fragile glissée dans la sienne. Jusqu’où la porter, pour lui confier quel message final? L’enfant s’apercevra-t-il de l’instant où il sera seul sur le chemin? Fera-t-il beau dans ce jour plein de changements? L’horizon sera-t-il suffisamment dégagé pour suivre le vol d’une hirondelle? Quelles sèves resteront dans ses racines, quels rayons descendront couronner son front? Fera-t-il semblant de tout oublier?

Nous tenons longtemps ceux qui nous ont portés, même quand ils ne sont plus là. Et il nous semble un peu les accompagner à notre tour, bien après nos étés blonds d’insouciance, sous les arcades d’un chagrin d’amour, le long des voies bitumées malgré nous, quand subrepticement une main fragile s’est accrochée à la nôtre.  La vie ne change pas si vite ceux qui pourront se souvenir et transmettre. Serons-nous toujours un peu ce que d’autres furent avant nous, quelque part sous l’écorce du temps?

15 commentaires

Quelle merveille, quelle émotion !
Merci Richard. Ces contrées sont si inspirantes pour toi.

(Et moi qui ai écrit ce jour sur les morts qui s’invitent en nous…)

par D' Hi le 5/05/2010 à 18:33. #

[...] Ce billet était mentionné sur Twitter par Ecolo-Info, brigitte celerier. brigitte celerier a dit: l'accompagnement http://www.apartsoi.fr/2010/05/laccompagnement/ [...]

par Les tweets qui mentionnent l’accompagnement | A PART SOI -- Topsy.com le 5/05/2010 à 19:10. #

après en être passé par le nazisme, et l’exil, le compositeur Arnold Schönberg était arrivé à cette conclusion que l’harmonie pouvait certes exister en ce bas monde, mais « non sans accompagnement» …

(mer sea en corps Richard pour ces beaux moments)

par Jean-Bernard le 5/05/2010 à 19:29. #

D’Hi, et moi qui parle d’hirondelles, dis…

Jean-Bernard, le la résonne un peu partout, mais tant de choses nous empêchent de le cueillir…

par Richard le 5/05/2010 à 19:42. #

Nous sommes toujours un peu ce que d’autres furent avant nous…sous l’écorce du temps peut-être.mais sûrement sous et avec la ouate de l’amour..!!!
Quel magnifique texte encore ce jour..merci

par géronimo le 5/05/2010 à 21:00. #

Une fois de plus émue. L’ensemble texte et photo a une force de parfaite connivence.

par gilda le 6/05/2010 à 01:05. #

Très émouvant. Le chemin, la route au loin, la ville, la maison dans les champs. Et ce début de quelque chose, une vie qui ne demande qu’à grandir, découvrir, vivre. Avec cette main rassurante pour toujours.

par Jacques le 6/05/2010 à 10:50. #

En y réfléchissant bien…je me demande…sont-ce les adultes qui doivent accompagner les enfants sur notre monde fait de laideur, de haine, de guerre,de perversions de tous genres…ou n’est ce pas l’inverse?..Les enfants conduisant les adultes dans leur monde de candeur, de pureté, d’amour sincère et gratuit…?? plus j’avance dans la vie, dans ce monde et plus je pense que c’est cette dernière version qui est la bonne…!!!

par géronimo le 6/05/2010 à 20:40. #

Je penche pour un accompagnement bilatéral.
Du bonheur.

Ta photo, elle me fait penser à tout ce que je vis et partage avec mon ch’ti Bibou. C’est très touchant.

par Tiffany le 6/05/2010 à 22:38. #

Gilda, Jacques, touché de vous émouvoir. Jacques, pour toujours, oui.

Géronimo, je penche comme Tiffany. Nous sommes tous un peu dans tous, même à notre insu ou contre notre gré.

Tiffany, tu as bien de la chance alors, et ton Bibou aussi !

par Richard le 6/05/2010 à 22:43. #

Très beau. D’une même émotion que la main du petit garçon se glissant enfin celle dans de son père à la toute fin de « Mon oncle»  – un petit garçon qui trouve son père, un père qui trouve son fils, nous sommes, comme vous le dites bien, « tous un peu dans tous» .

par Frédéric le 7/05/2010 à 10:06. #

Ton image est un film, Richard. Je t’assure que je la vois bouger, que les personnages avancent vers leur destin et que le cris du crécerellette s’entend derrière, un peu à droite !
Ca fait bien longtemps que je n’avais pas vu une telle dynamique dans une photo en noir et blanc.
Faudra donc que tu me donnes la recette. L’optimisme est l’ingrédient principal, peut-être ?..

par JB le 7/05/2010 à 10:14. #

Merci Frédéric. Je n’avais pas pensé à Tati, plutôt à un rush d’un film de Pagnol, mais maintenant que tu le dis…

JB, la recette est dans un excellent restaurant sous les arcades de Trujillo. Il s’appelle Bizcocho, on y dévore des choses sublimes (soupe à la tomate et à la figue, cochon de lait grillé…) avec un excellent pitarra, ce qui force nécessairement l’optimisme. A ce moment-là, les faucons crécerellettes digéraient aussi, on entendait surtout les cigognes claquer du bec.

N’hésitez pas à cliquer sur l’image pour la voir en grand format.

par Richard le 7/05/2010 à 10:20. #

Oui, Pagnol!, le paysage de cette image est il est vrai bien moins urbain que celui de Tati. Preuve de l’universalité d’une telle émotion!

par Frédéric le 7/05/2010 à 11:01. #

On dirait une photo sortie d’une vieille malle du fin fond d’un grenier. Magnifique en tous les cas.
Accompagner, oui ; et jusqu’à la fin de la vie tenir la main … ne pas la lâcher.

par Maryvonne le 8/05/2010 à 09:26. #