montagne

sous son marbre apparent, la montagne

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Le montagne ne m’offre rien d’hostile ou de pesant. Je ne vois ici ni rocaille coupante, ni arbre épineux. Au contraire, cette montagne versatile sous son marbre apparent continue chaque printemps d’ouvrir de nouvelles fenêtres. Elle fait coulisser des tableaux aux reflets changeants, qui mêlent l’ombre et la lumière, les brisures et les suspensions, le vent et les racines. Nos propres racines. Car le rêve à gravir se cramponne aussi à des souvenirs d’enfance : l’image du Cervin gravée sur le plateau du petit déjeuner chez mes grands-parents, la première escapade au col du Galibier pour voir passer Merckx et le Tour de France, et une question déjà obsédante, « comment fait-on pour aller tout là-haut ? » en regardant Belledonne s’illuminer le soir. Les montagnes qui encadrent ma philosophie dérisoire (plus de beauté, plus de hauteur d’observation) élargissent en même temps les limites possibles du bonheur – celui qui, justement, n’enferme pas et continue de déplier les âmes, fût-ce au prix d’efforts folâtres et assoiffés. Nous nous donnerons bien cette peine encore.

Dévoluy, la Tour Carrée, mai 2017.

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