presque le printemps

Le rire engourdi d’un pic noir qui passe entre deux mélèzes. Puis silence. Quinze chamois au gagnage dans une prairie que la brume dévoile à peine. Effigies lointaines, vite diluées sous la bruine. C’est peut-être en ce moment que je préfère la montagne, quand la blancheur laiteuse des nuages se confond avec les dernières neiges, parcourue de toute cette eau vive et glacée, qui coule, ruisselle, bouillonne, emporte. Les torrents pleins de force joyeuse qui se jettent sur des gros rochers d’argent. Les veines d’écume qui se répandent en chantant le triomphe des saisons. Les nids de neige à l’ourlet des forêts, d’où éclosent comme des oeufs noirs des cailloux mouillés de froid. Ces ruines de roche et d’arbres mélangés (qui la pierre, qui l’écorce?) au pied des chemins pour rappeler la violence de l’hiver. La Nature a mené une bataille âpre des mois durant, et de ses décombres vont bientôt sortir des mouches dorées, des lézards bleus, des corolles de rubis. Vite, profiter de ces tableaux sépias, de ces couleurs désaturées, avant le carnaval entêtant des oiseaux et des papillons.

Torrent de fonte de neige

Mélèzes dans la brume

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