états de choc (1)

Cat Tien, Crocodile lake, Vietnam, août 2012

Des clients, des amis griffonnent souvent « à très vite » à la fin des e-mails qu’ils m’envoient : la signature d’un temps qu’ils se grisent d’accélérer ? L’impression qu’ils veulent se donner de mieux posséder leur vie ?

La vérité est que nous sommes tous contraints de mettre davantage de tâches dans une seule et même journée. Nous brassons de l’écume dans un océan d’exigences et le vivons plus ou moins bien. « A très vite » trahit un malaise : on ne sait plus dire « à bientôt » parce que notre rapport au temps s’est déformé. Sur le cadran de la montre, les aiguilles semblent s’affoler : efficacité et compétitivité donnent l’heure, rythment les jours (et les nuits parfois). La trotteuse est une jument qui a mangé de la vache enragée. Les moments de résonance se raréfient. Dans cette course contre les délais imposés, notre connaissance des « contextes » s’épuise, nous ne prenons du réel que ce qu’il laisse à la volée, comme les franges d’un maigre pompon sur un manège qui s’est emballé.

Quel temps nous reste-t-il à la fin du jour pour comprendre le monde tel qu’il est, quelle disponibilité pour l’écoute, l’émerveillement, l’amour pour l’autre? En réaction à la dictature du temps et à son langage insidieux (« suis-je vraiment libre de travailler jusqu’à minuit tous les soirs ? »), ce blog va le prendre, son temps à lui, et jouer de lenteurs, de contemplations et des sommeils du monde, au fil des images à suivre. A bientôt, à plus tard.

Mots-clefs : , , ,

Rétrolien depuis votre site.

Commentaires (17)

  • B4rny

    |

    Voilà quelques années, je me suis rendu compte que le principal luxe à acquérir était le temps.
    J’hésite à dire ce « à bientôt » car souvent, je ne le sais que politesse et non réalité.

    Reply

    • Richard

      |

      « A bientôt » a quand même plus de sens que « à très vite », non? Le « bientôt », en plus est un mot tout rond, bienveillant, et son précieux accent circonflexe ajoute à sa richesse de sens, je trouve :-)

      Reply

  • Tiffany

    |

    Tu mets le doigt bien dessus. Je suis navree, chaque « soir » de me retrouver au lit vers 1 ou 2h du matin parce que je voulais absolument « finir un truc pour le boulot », « m’avancer dans mon travail du lendemain », « finir un bilan avant ma ‘deadline’… », etc. Je monte, enfin, me reposer pour quelques heures et ma seule consolation, -malgre tout double d’une certaine lassitude car je suis fatiguee-, c’est de trouver mon bebe eveille, reclamant une tetee et un petit moment de calin-douceur avec sa maman. Celui-la, je prends le temps de le vivre, car il y en a marre de devoir expedier tous les heureux moments de beatitude avec bebe, de detente, de bonnes choses pour soi car on se laisse bouffer par ces contraintes du travail, des corvees a la maison et que l’on ne sait plus VIVRE!
    Perso, je ne dis meme plus « a tres vite » ou « a bientot ». Je ne dis plus rien, parce que de toute facon, je ne vois meme pas quand je pourrais jamais trouver le temps de retrouvailles, que ce soit de visu, par mail ou telephone. Tss, ca fait un bout de temps que ca me travaille ce rythme de fou, cette vie qui file a la vitesse de la lumiere sans que l’on arrive a en gouter plus de quelques minutes par jour. Comment rompre le cercle? Changer de vie, changer de boulot? Mmmh… Faut surtout s’estimer heureux d’en avoir un. En changer, c’est reserve aux fous (braves?) ou aux financierement bien-portants.
    Bref. Oui, tu mets le doigt dessus.

    Profite bien Richard. Profite a fond, de tout ce que tu peux.

    Reply

    • Richard

      |

      Ah! Si pouvoir était vouloir… Merci pour ton poignant témoignage, chère Tiphaine.

      Reply

  • Khadidja

    |

    « A très vite » = Tu me manques, j’espère te revoir, avant que la jument trotteuse n’ai bouffé des kilomètres de temps qui passe, trop vite.

    Reply

    • Richard

      |

      Khadidja, c’est un sens possible, tout dépend du contexte, mais je ne sais pas s’il est temps de le voir comme ça. Si tu maintiens ton interprétation, alors je puis te dire que nous referons tantôt le monde à rebours des heures qui nous défont. A très vite alors, et pas trop vite :-)

      Reply

  • Corinne

    |

    Pur hasard sans doute, mais dans VERITE je lis EVITER et VITE. Voir(e) même TREVE. Ha, le hasard.

    Reply

    • Richard

      |

      Un peu trivial mais il y a du vrai :-)

      Reply

  • A plus

    |

    Ce n’est pas le temps qui manque, les 3/4 du temps. C’est me semble-t-il la volonté profonde de se rendre disponible à soi-même, et aux autres. Le temps qui passe est un fait, dont la condition humaine a bien du mal à s’accommoder. Des auteurs comme Jean Giono dans Un Roi sans Divertissement, ou Samuel Beckett dans En attendant Godot, ont su témoigner avec force du sentiment de vacuité de l’existence humaine, et de la quête vaine de réassurance dans un être qui la transcende. Alors, le temps qui s’enfuit, le temps que l’on compresse et densifie surtout pour mieux s’oublier… est un fabuleux alibi, une échappée belle parfois, une échappatoire souvent, qui permet c’est sûr d’échapper à soi-même. Et à l’autre. Carpe diem.

    Reply

    • Richard

      |

      La vacuité de l’existence humaine, dis-tu. Parfois j’y souscris, parfois pas du tout. L’existence humaine est d’une valeur inestimable quand elle est partagée dans le collectif, à bon escient. Tu peux aussi ajouter la peur du lendemain, qui nous fait courir après le boulot, nous encrouer à lui, tant qu’il tombe, parce que sans lui, aujourd’hui, c’est toi qui vas au tapis. Et depuis le premier janvier un peu plus qu’avant encore. Ce n’est pas une fausse excuse de dire que malheureusement, les dirigeants qui se succèdent en France réussissent au moins à une chose, quels que soient les discours : nous pousser à cette fuite en avant (hélas, oui, le politique influence nos trajectoires individuelles, et pas dans le bon sens).

      Reply

  • laure

    |

    Je te donne de mon temps, j’en ai plein. Mets le dans une boîte quand il t’en manque, j’en ai plein. Il est toujours disponible, un jour ça vient comme ça. Un jour on lâche le reste et hop le voilà mais d’abord il faut travailler plein, plein et bien. Et puis ensuite, tiens ?, le voilà mon temps chéri. Je laisse pour toi, je choisis, faut-il que je t’aime.

    Reply

    • Richard

      |

      Joli prolongement à cette note, Laure. Il faut croire que le thème du temps vous inspire.

      Reply

  • Therese

    |

    La course a la reassurance?
    Nous reapprenons depuis un an a ralentir, a vivre au rythme des habitants de la France, alors tu peux imaginer ce que nous vivions…
    Cela dit ce « a tres vite » je ne l’ai pas encore rencontre au bas des courriels recus, serait-ce une formule grenobloise?
    Prochaine etape: un hamac…

    Reply

  • Aud

    |

    Je pense que si l’on veut reellement prendre le temps, on le prend et on le trouve même si c’est au detriment d’autres choses. Il suffit souvent de très peu de temps pour faire plaisir à quelqu’un (et se faire plaisir). On se cache trop souvent derriere l’excuse du travail, la gestion de la famille, etc.
    Mais finalement quelle est la vraie raison derriere nos excuses ?

    Enfin, la vie est trop courte pour se faire bouffer par le temps…

    Reply

  • nathalie

    |

    Puisque la mesure de ce blog n’est pas le quotidien et l’urgence, je prends le temps de venir le lire à un rythme autre que quotidien. Je bois plusieurs billets à la file, comme un marcheur assoiffé qui descend plusieurs verres d’eau, toujours avec la même sensation que l’eau est la meilleure des boissons.
    Je réponds moi aussi en prenant mon temps.
    J’ai choisi un rythme qui me laisse le temps, au détriment de ce qui aurait fait une carrière et plein d’argent. Ca a été un choix de couple, un choix de vie. Décalés, jamais complètement dans le moule. C’est encore plus facile aujourd’hui que mes enfants sont presque finis d’élever. Je plains infiniment ceux qui n’ont pas le temps. Je pense que le temps est le luxe ultime.

    Reply

  • nathalie

    |

    Et avec ça on oublie de commenter la photo, épatante avec ses angles vifs et sa perspective fuyante, les mains en cache-sexe et le visage sous le journal. Excellent.

    Reply

  • Francis J

    |

    Comme j’ai désormais le rare privilège de pouvoir échapper à cette pression que le temps exerçait sur moi il y a encore peu, c’est aujourd’hui seulement que je (re)découvre cette photo et le texte qui l’accompagne.

    Et quoi de plus réjouissant que de contempler un homme qui se cache du spectacle du monde en ayant justement posé sur ces yeux le programme du spectacle du monde !

    Reply

Laisser un commentaire

© 2009-2014 - GEASTER

ИТ новости