Ils ne sont pas nés de la dernière pluie mais leurs créations continuent de faire le beau temps de la pop. D’Angleterre, des Etats-Unis ou de Hollande, trois groupes cultissimes bercent cet automne de langueurs pas monotones.
Génie de la mélodie esquinté par un destin souffreteux, Paddy McAloon is alone. Son groupe Prefab Sprout est en léthargie avancée, mais une maison de disques a eu la bonne idée d’enjoliver la feuille de suivi médical avec un album oublié de 1993. Candi(de) dès le titre, « Let’s change the world with music» ressemble à un fondant au chocolat – plutôt blanc d’ailleurs : une croûte légère (des claviers d’époque, à émietter sous une dent pas trop regardante) cache une chair chaude et veloutée, aux parfums sucrés et entêtants. Je veux bien échanger toute la carrière solo de ce roudoudou de Brian Wilson (et mettez aussi Mika tout au fond du sac pendant qu’on y est) pour quelques caramels de cet album, dont Music is a princess et sa sublime cavalcade d’écume et de glucose.
J’ai découvert les Flaming Lips au bout de la précédente décennie avec l’immense « The Soft Bulletin» , un OVNI pop qui alignait les comptines psychédéliques encombrées de cordes lunaires et autres glockenspiels. Depuis lors, la bande à Wayne Coyne n’a cessé de me faire planer. « Embryonic» délaisse les chemins guillerets des précédents opus au profit de l’ expérimentation, touffue sans être ardue, dense sans être barbante. S’il est impossible de démêler l’écheveau sonore à la première écoute, on ne peut que se réjouir de la cohérence saturée de l’album et de son parti-pris foisonnant. En surmontant sa claustrophobie, on découvre au milieu du chaos des trésors secrets de mélodies, grêles efflorescences en fugaces cortèges. La prise de risque de l’année, récompensée par un Top 8 US.
Après plus de trente ans d’existence et une bonne vingtaine d’albums, les Nits n’en démordent pas. Sur la platitude désolée de leur pays, ces Hollandais ont érigé une oeuvre pour le moins originale, gloriette bricolée au fond du jardin des Beatles (versant George Harrison), où les ombres ployantes de Leonard Cohen et de Dylan viendraient siroter un fumant thé vert. Artisans de l’intime, dépouilleurs de notes, les Nits dénouent leur mélancolie septentrionale (l’émouvante trilogie Distance, Departure, Return) et une fantaisie tout à trac (Nick in the House of John, La Petite Robe Noire, Bad Dream) le temps de ce très beau « Strawberry Wood» , fourré de guitares floconneuses, de rythmes fins et d’amples harmonies vocales. A découvrir, s’il est encore temps, à Paris le 7 décembre à l’Alhambra.

7 commentaires
La pochette de Flaming Lips me donne déjà l’impression de manquer d’air.
J’aime beaucoup la corrélation entre tes mots pour décrire leur album et la photo.
Quand aux Nits, ahh, ça c’est de la review de disque/groupe !
Ils sont ce soir à Utrecht. Je m’etais promis d’y aller pour me faire plaisir. Je crains de manquer de temps avec le retard pris ces derniers jours dans mon travail. Ce sera une décision de dernière minute, mais de lire ta revue me démange… Ils ont une telle pêche et leur dernier album est une vraie source de chaleur et bien-être (pas étonnant que cet automne aux Pays-bas soit le plus chaud que l’on ait connu depuis 15 ans).
par Tiffany le 22/11/2009 à 12:22. #
Ravie de voir que tu as repris du service…
par Morena le 26/11/2009 à 08:21. #
Je ne peux pas lire le nom des Prefab Sprout sans éclater de rire (et penser à LVN, ce qui n’est pas incompatible). Merci pour cette joie matinale, du coup !
par Anne le 3/12/2009 à 10:52. #
Un « merci !» tout particulier pour le lien vers la video des Nits.
par Chaperon Rouge le 9/12/2009 à 11:00. #
Ah Chaperon Rouge, je suis bien content que tu apprécies ce morceau. Il y en a plein d’autres, des aussi beaux ou des plus rigolos sur leur nouvel album. Il faut encourager les artistes rares.
par Richard le 9/12/2009 à 11:10. #
Ils m’avaient bien transportée avec leurs albums des années 80-90 (notamment le « da da da» qui manque cependant à ma discographie). J’ai un peu décroché depuis, mais, promis, juré, craché, je vais me rattraper.
par Chaperon Rouge le 9/12/2009 à 11:20. #
Ah oui « dA dA dA» . Beaucoup aimé à l’époque, mais avec le recul, je pense qu’il s’agit d’un album un peu inutile dans leur discographie. Comme une sorte de synthèse, réjouissante mais pas innovante (bon, « Mourir avant quinze ans» est une splendeur). Beaucoup de fans ont d’ailleurs décroché après ce disque, alors qu’ils ont continué à faire d’autres merveilles (en particulier les albums « Alaankomat» , introuvable aujourd’hui, et « Les Nuits» ). Fais-moi signe quand tu te rattrapes. J’ai besoin de comprendre ce qui cloche éventuellement dans leur musique, ce qui fait qu’elle ne soit (pas) plus populaire. L’Alhambra n’était pas tout à fait plein lundi soir, alors que les Nits jouaient à l’Olympia à la fin des années 1980…
par Richard le 9/12/2009 à 11:36. #