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Mado

Mado

Il y a dans Mado une très longue scène de pluie diluvienne qui s’abat sur un convoi de trois voitures emportant des personnages aux destins mêlés malgré eux. Nous ne sommes qu’en 1976 et c’est déjà la crise, clairement épelée en cinq lettres dans le film, elle frappe sans ménagement et rebat les cartes des relations sociales, humaines, amoureuses. L’embourbement du convoi, métaphore visuelle d’une époque qui va pataugeant dans les chantiers d’un avenir malaisé, c’est aussi l’arrêt brutal de la pompe à la surabondance (brutalité jusqu’au suicide et au meurtre), qui aiguise la cruauté des uns et déroute un peu plus les autres. Gros plan sur une roue qui tourne pour rien dans la fange, qui rappelle une autre roue de Claude Sautet, roue libre de tout, celle de la mort après l’amour dans les Choses de la Vie. Mado rend d’ailleurs à Romy Schneider le prénom d’Hélène du film de 1970. Cette fois en femme disloquée par l’alcool d’un chagrin, prémonition troublante. L’amour, en creux tout au long du film, est finalement la clé de l’histoire,  et son échec patent, son ombre portée (les corps qui s’affrontent dans le clair-obscur de la première scène) le ramène à un nouvel enjeu de lutte des classes [Le marchand de biens Simon (Michel Piccoli) n’obtient pas l’amour de Mado (Otavia Piccolo), prostituée plus ou moins contrainte, mais lui soutire sa vengeance contre un véreux qui voulait sa ruine.  Mado se fait prendre par Pierre (Jacques Dutronc), comptable de Simon, à l’arrière d’une voiture tandis qu’ailleurs un autre véhicule tue celui qu’elle aime (Charles Denner)]. Vu comme ça, ce soir pour la première fois, le film le plus ouvertement politique de Sautet. Et pas le moins anachronique.