plus loup que toi tu meurs

 scream

Isère, novembre 2013

Les réactions d’incompréhension et d’indignation se succèdent après l’autorisation d’abattre des Loups dans les Hautes-Alpes. Cette forme de traque éperdue d’un animal protégé jusqu’au coeur d’une zone elle-même protégée (le parc national des Ecrins) revêt un côté surréaliste. Elle démontre qu’il n’existe plus en France de territoire à vocation de préservation. Elle révèle aussi qu’il est donc possible de surseoir au statut de protection d’une espèce. Au passage, cette affaire du Loup fait tristement écho à celle des Bouquetins du massif du Bargy : la Ministre de l’Ecologie a la gâchette facile.

Les fauves sont maintenant lâchés. Par cette nouvelle cabale orchestrée contre lui, le Loup finit d’endosser son statut d’ennemi public numéro un, personnifié comme dans les contes de jadis, ce qui risque d’attiser encore la haine des éleveurs à son encontre. En même temps, le canidé s’érige en symbole martyr de cette vie fascinante que l’homme cherche maladivement à contrôler, réguler, calibrer, rogner… Sans jamais parvenir à la comprendre, sans surtout accepter la fragile complexité des relations qui sous-tendent la biodiversité.

Par cet abus de lâcheté, la classe politique réduit un peu plus sa crédibilité, faisant montre d’une incompétence grave face aux enjeux environnementaux. Là où le retour naturel du Loup en France aurait pu inspirer une modernisation des rapports que l’Homme entretient avec la Nature, il met la patte au contraire sur l’incapacité chronique de notre espèce à gérer harmonieusement son espace de vie. Encore un rendez-vous manqué pour la poésie du Monde.
 

un rêve d’été

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Mélitée sp., Drôme, 21 juin 2014
« Nous tournons le dos à la nature, nous avons honte de la beauté (…) Le monde a été amputé de ce qui fait sa permanence : la nature, la mer, la colline, la méditation des soirs. Il n’y a plus de conscience que dans les rues, parce qu’il n’y a d’histoire que dans les rues, tel est le décret. Nos philosophes ne contiennent rien que le non-sens ou la raison, parce qu’ils ont fermé les yeux sur le reste. » (Albert Camus, l’Eté, 1946)

le bel âge

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Cantharide moine (Cantharis fusca) sur Renoncule, Chartreuse, Isère, mai 2014
Sept ans de bonheur pour le projet Ecolo-Info ! Lancé en mai 2007 par la journaliste Anne-Sophie Novel et une poignée de pionniers pas niais, Ecolo Info s’est rapidement imposé comme l’un des médias influents sur l’écologie et le développement durable. Fort d’une trentaine de contributeurs, le site d’information attire aujourd’hui plus de 2000 lecteurs quotidiens, sans compter près de 23 000 abonnés à la page Facebook. Ecolo Info organise aussi des événements réguliers ouverts à tous, comme cet apéro lundi 26 mai à Grenoble, à propos de l’alimentation bio et locale, au Clair de Lune, 24 rue Très-Cloîtres, à partir de 18h30. Papotages sur le potage et au-delà, les bons plans pour se nourrir intelligemment dans les parages.

revoir les girafes

girafes
Pan Etosha, Namibie, août 2003
Sur les pages du passé que j’agrafe, il y a cette photo de girafes. Trois mammifères dans le désert, qui marchent à l’amble, ensemble, pour étancher quelle soif ? Leur dégaine dégingandée sur un rivage inachevé, trois girafes isolées, tombées en carafe, mais la migration décidée. Les animaux du silence s’élancent comme trois gracieux paraphes au fil des pages que j’attache. Les ai-je si longtemps shootés ? Sur la carte du géographe, l’endroit est à peine mentionné : les girafes passent et font le taf d’un passe-muraille mal peigné.

soleil paradoxal

soleil

Isère, avril 2014
« Ce n’était pas une abeille, en fait, c’était un éléphant comme Alice le constata bientôt, ce qui eut pour conséquence au prime abord de lui couper la respiration. « Faut-il que les fleurs soient énormes », pensa-t-elle ensuite, quelque chose comme des maisons dont on aurait enlevé le toit et auxquelles on aurait mis une tige, et quelle quantité de miel ils doivent faire! » (Lewis Corolle, non, Lewis Carroll, Alice au pays des merveilles)

figure de la dissidence

libellule

Neurothemis sp., Gede Halimun national park, West Java, juillet 2013
Les forêts grouillent, infusent, rugissent, bruissent, palpitent de toutes parts, mais on ne sait jamais vraiment d’où viennent ces mouvements ni qui les commande. L’immensité des forêts dépasse la raison, déborde nos croyances et conteste notre autorité constructive. L’architecture des profondeurs verdoyantes répond à des signaux qui nous demeurent invisibles. On ne pourra jamais bâtir une ville avec la complexité organique d’une forêt, dans son miraculeux équilibre des forces et des flux, avec ses percolations infinitésimales, son temps qui se perd, ses créatures improductives, qui vont où elles veulent, aiment à discrétion, sans se soucier de performance.

le serpent pour la racine

python réticulé
Python réticulé (Broghammerus reticulatus), Halimun, West Java, juillet 2013
En me baissant pour ramasser le bois de l’hiver, j’ai pris le serpent pour la racine. Sans faire attention, je me suis saisi d’une masse glaciale et glissante au moment même où je croyais avoir trouvé la souche sincère qui me protègerait du froid. Bête humide et boueuse, qui m’a attiré à elle dans l’effet de sa surprise. Une pompe aspirante en somme, toute d’un muscle creux orné d’écailles dures comme l’écorce. Sans me laisser le temps de réagir, le serpent s’est enroulé autour de mon bras. Sifflant bientôt ses sermons fangeux au-dessus de ma tête, il m’a mis plus bas que terre. Je vis maintenant sans ciel ni lumière, tout au fond de son trou. Je ne vois plus les saisons passer, je grelotte jour et nuit. Je vis aux crochets de son venin, menacé par sa sentence létale : la peur que ce serpent inflige fait de la vie une horrible tristesse.

perles à rebours

baies de Sorbier des oiseleurs (Sorbus aucuparia) et Amanite safran (Amanita crocea), Belledonne, Isère, septembre 2013

« Je me blottissais là.



J’avais comme un frisson

Quand j’entendais mon souffle.

C’est là que je connus

Le vrai goût de moi-même;

C’est là que fut moi seul,

Dont je n’ai rien donné. »

(Jules Romain, Odes et Prières)

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