calendrier 2015 des champignons

oronge

Amanite des Césars (Amanita caesarea), Drôme, octobre 2015

Profitant de ce que la mécanique terrestre nomme habituellement la saison morte et à la demande de certains lecteurs et néanmoins amis, j’ai grappillé un peu de temps pour dresser le calendrier de nos cueillettes de champignons de l’année 2015. Ces paniers concernent les départements de l’Isère, la Savoie, la Drôme et des Hautes-Alpes.

Il ne s’agit dans la liste ci-dessous que des espèces consommées. Parmi elles, trois découvertes gustatives, inscrites en gras. Mention spéciale au méconnu Tricholome à pied squamuleux, débusqué en chênaie thermophile, au puissant parfum de poivre et au goût de… concombre frais. Le Pied-de-Mouton blanc, longtemps assimilé à l’espèce classique par la plupart des auteurs, s’en distingue par une délicate saveur de poire et une amertume plus prononcée chez les exemplaires matures.

1. Agaric des jachères (Agaricus arvensis) : 31/10
2. Amanite des Césars, Oronge (Amanita caesarea) : 10/10 > 24/10
3. Amanite safran (Amanita crocea) : 26/09
4. Bolet châtain (Gyroporus castaneus) : 10/10
5. Cèpe d’été (Boletus aestivalis) : 10/10 > 24/10
6. Cèpe de Bordeaux (Boletus edulis) : 21/08 > 24/10
7. Cèpe tête-de-nègre (Boletus aereus) : 10/10 > 24/10
8. Chanterelle cendrée (Craterellus cinereus) : 3/10
9. Chanterelle de Fries (Cantharellus friesi) : 20/06
10. Chanterelle en tube (Cantharellus tubiformis) : 29/08 > 3/10
11. Chanterelle jaunissante (Cantharellus lutescens) : 11/07 > 8/11
12. Chanterelle violette (Gomphus clavatus) : 29/08
13. Girolle (Cantharellus cibarius) : 20/06 > 21/10
14. Guépinie en helvelle (Guepinia rufa) : 31/10
15. Hygrophore blanc-de-neige (Hygrophorus niveus) : 31/10
16. Hygrophore de mars (Hygrophorus marzuolus) : 12/04 > 25/04
17. Hygrophore des prés (Hygrophorus pratensis) : 31/10
18. Lactaire délicieux (Lactarius deliciosus) : 10/10 > 8/11
19. Lépiote étoilée (Macrolepiota konradii) : 10/10
20. Lépiote mamelonnée (Macrolepiota mastoidea) : 10/10
21. Morille conique (Morchella conica) : 11/04 > 23/05
22. Morille vulgaire (Morchella vulgaris) : 1/04 > 1/05
23. Morille blonde (Morchella esculenta) : 1/04 > 1/05
24. Morillon semi-libre (Morchella gigas) : 11/04 > 23/05
25. Mousseron (faux-), Marasme d’Oréades (Marasmus oreades) : 16/05
26. Pézize veinée (Disciotis venosa) : 1/04 > 17/04
27. Pied-Bleu (Lepista nuda) : 31/10
28. Pied-de-mouton blanc (Hydnum albidum) : 10/10 > 8/11
29. Pied-de-mouton roussissant (Hydnum rufescens) : 11/07 > 19/12
30. Pied-de-mouton, Hydne sinué (Hydnum repandum) : 20/06 > 24/10
31. Tricholome à pied squamuleux (Tricholoma atrosquamosum) : 24/10
32. Tricholome petit-gris (Tricholoma terreum) : 31/10 > 8/11
33. Trompette de la mort (Craterellus cornucopioides) : 5/09 > 19/12
34. Verpe de Bohème (Verpa bohemica) : 4/04 > 18/04

Absents du panier cette année : Cèpe des pins, Coulemelle, Mousseron de la Saint-Georges, Rosé des prés.

Ce calendrier n’aura de réelle valeur qu’en le comparant à ceux qui suivront – et éventuellement à ceux des saisons antérieures, pour peu que j’arrive à rassembler mes notes. Grosso modo, l’année 2015 se situe dans la bonne moyenne des quinze ou vingt dernières années. Elle a été marquée pour la troisième année consécutive par de très belles poussées de Girolles durant l’été et le début de l’automne, saison traditionnelle pour cette espèce qui redoute le froid.

En raison d’un premier printemps trop sec et chaud, les Morilles vulgaires n’ont pas fait long feu, mais les chocs thermiques successifs du mois de mai ont produit d’intéressantes récoltes de Morilles coniques en altitude. Après un joli pic fin août, les Cèpes de Bordeaux ont rapidement disparu des sapinières de montagne. Leurs cousins B. aereus et aestivalis se sont relayés en deuxième partie d’automne dans les forêts caducifoliées de la Drôme, en quantités moyennes. Enfin, il faut noter la date très tardive des dernières Trompettes de la Mort, qui signe un automne et un début d’hiver atypiques.

L’anomalie climatique qui s’est prolongée a d’ailleurs permis à des espèces printanières de réapparaître dès fin décembre en certains coins de France (Morilles dans le Jura, Hygrophores de mars en Savoie) tandis qu’il se ramassait encore ces jours-ci des Cèpes dans le Var et le Sud-Ouest. Que nous réservera 2016? Mon petit doigt dans le vent tiède me dit ce soir de fin janvier que nous ne sommes pas au bout de nos surprises.

sauve-toi

equilibre

L’Estartit, Espagne, décembre 2015

Fin d’une année dépouillée de tout idéal. La plus brûlante, et les météorologistes ne sont pas les seuls à l’avoir mesuré. Se souvenir alors de Walter Benjamin, juif de Berlin exilé, qui fit des quarante-huit années de sa vie un passage hors du temps. Il aima les femmes et les villes, dit-on, et écrivit beaucoup sur la société des hommes. Critique d’art, historien, Benjamin résuma sa méfiance vis-à-vis de la violence cachée de l’Etat, qui « étend de manière arbitraire son pouvoir sur les individus », en des phrases fulgurantes comme des comètes, avalées dans la nuit noire du spleen.

Faire briller ces phrases au hasard d’une lecture tombée là. Retenir en vrac qu’il n’accorda jamais sa confiance à un parti. Surtout pas à la social-démocratie, « embourbée dans ses contradictions et ses mensonges humanistes », pas plus qu’à aucune révolution, qui ne peut être à la hauteur des enjeux dont elle se réclame. Tiens, selon Walter Benjamin, seule « la violence a le pouvoir de détruire la violence ». Est-ce pour cela qu’il s’est donné la mort, en septembre 1940, à la frontière franco-espagnole? C’est toujours très romantique, une frontière, surtout au bord de la mer. On annonce l’arrivée du froid début janvier.

map to the tears

Map to the stars

feuille de Tremble (Populus tremula), massif de Belledonne, Isère, octobre 2015

« Si nous avions suffisamment de force

pour bien serrer un morceau de bois,

il ne resterait entre nos mains

qu’un peu de terre.

Et si nous avions plus de force encore

pour écraser avec toute notre énergie

cette terre, il ne nous resterait

entre les mains qu’un peu d’eau.

Et s’il était possible aussi

de comprimer l’eau,

il ne resterait alors entre nos mains

rien du tout. »

(Apre monde, Angel Gonzalez)