Archive pour juin, 2010

vagabonds pudibonds

cortinaire rougissant
Cortinaire ocre-rouge (Cortinarius bolaris), Chambarans, Isère, juin 2010
(cliquer pour agrandir) Voilà une espèce peu commune que je n’avais plus rencontrée depuis plusieurs années dans « mes » forêts. La faute à des saisons trop sèches, enfin mises à bout par un printemps copieusement arrosé. Ce champignon n’offre rien de spécial sinon son jaunissement intense au toucher; il est de plus suspecté de toxicité – comme 95 % des quelque 2000 espèces de cortinaires européennes. Il reste cependant l’un des éléments essentiels du dispositif de balisage de mes pérégrinations bucoliques. Sa réapparition cette année a quelque chose de rassurant. Parce que j’ai appris jeune à le reconnaître et parce que ses poussées sont plutôt rares, le Cortinaire bolaire, qui doit son nom à la belle argile rougeâtre qui se vitrifie à la cuisson, fait forcément partie de ma mycologie intime.

quelques menues pensées sur le temps qui passe

plagette
L’Estartit, Catalunya, avril 2010
J’ai beau compter dans tous les sens, j’ai bien 43 ans ce matin. Mine de rien j’ai dépassé la moitié de ma vie et ma jeunesse est condamnée à un exil atroce. Qu’ai-je fait de tout ce temps ? Je n’ai pas le temps de chercher la réponse. Il faut avoir du temps devant soi pour écrire pleinement sur la vie pleine. Mais quand la vie déborde, il n’est plus temps d’écrire. Ecrire, ce n’est pas vivre. Et je m’en plains. Je reçois depuis plusieurs jours des spams de l’office de tourisme de Tahiti. Ses plages, ses palmiers, ses vahinés me tendent les bras. J’aimerais voler à leur secours, malheureusement d’autres affaires encore plus graves que l’isolement tropical me retiennent ici. Quelqu’un se dévoue ? Il faudrait accepter le destin comme le prix à payer d’une vie aussi belle qu’aléatoire. On ne prend pas moins de risques à l’acheter en solde. J’aurai beau compter dans tous les sens demain, j’aurai encore à peu près le même âge. Je vais tâcher de renouveler l’expérience régulièrement pour entretenir ma mémoire de la vie. Je devine déjà qu’il y aura un âge où je ne saurai plus trop compter. On ne peut pas compter sur le temps très longtemps. La nature est bien faite : le temps efface jusqu’à notre mémoire pour ne plus avoir à affronter la nostalgie. « La nostalgie que je ressens n’appartient ni au passé ni au futur » : en cherchant encore un peu, Fernando Pessoa aurait pu inventer la machine à arrêter le temps s’il n’était pas mort à 47 ans.

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