Archive pour décembre, 2009

l’an flamme

flamme

Prague, 31 décembre 2008
Des lieux, des heures, des jours. Quelques nuits. Des lumières rouges, des clignotants, un peu de vert. De l’enfance, de l’eau claire, du papier sensible, une plage. Des feuilles d’oyat, ma quincaillerie lexicale, votre langue à toute épreuve. Le départ d’un apiculteur, des retours de manivelle. On me rejoue « Un Chien Andalou ». Mes yeux qui en ont trop vu. L’âme, ricochet du vent. C’était un rêve, je le savais. Neuf mille cinq cents kilogrammes. Kilomètres. Kilolitres. Le refuge des oiseaux, leurs cris d’orfraie, des ailes de suie. Beaucoup de musique. Les titres à la une, des pas de deux. Une jeunesse qui s’enfuit au coin des yeux d’un ami-miroir. Un tribunal, des ombres qui chinoisent, des traces que rien n’efface. Des bateleurs, des oiseleurs, des vanniers. Le piano impossible. Le sable, l’arène, l’Arno. Remonter les sens cachés d’une vie fluviatile. Le corps tard un peu fatigué. L’an avec, l’an sans. Une musique d’ascenseur. La poésie comme un encensoir. La fragilité d’un arrosoir. Beaucoup de thé vert. Un coeur qui brille comme une torche. Les arbres soudain qui bougent dans la clarté d’un matin de décembre. Une décennie s’effondre en une année. Et après?

miroirs d’ombres

glace
Massif de Belledonne, Isère, février 2006
Les gens, parfois, sont des miroirs qui nous renvoient violemment ce que nous avions cru cesser d’être. Nous nous étions réconciliés avec nous-mêmes et nous voilà brouillés à nouveau, alourdis soudain d’anciens doutes, lestés de vieilles maladresses. Et alors le sol craque sous nos pas – comme la glace sous les circonvolutions du patineur obstiné. La membrane est-elle donc à ce point ténue entre le présent qu’on pensait si fiable et le passé presque oublié ? Par quelle porosité secrète les deux chambres de nos vies poursuivent-elles leurs échanges ? Et ces personnes-là, qui découvrent des pans de chairs affadis ou affaissés, de quel pouvoir sont-elles donc dotées ? On peut se demander si nous ne leur avons pas tendu nous-mêmes une baguette maléfique, pour qu’ils nous somment de restituer le blême éclat qui manque à la vérité de nos cristaux. (février 2006)
[L'enfance, toujours, ici, sur Ecolo-Info]

heureux comme avec une femme

Dans la nature, on ne sait rien posséder, sinon qu’une étoffe de perceptions, intime et fragile. Les larges foulées entre champs et forêts confinent à l’amour qu’on cède à une femme. La course légère après les papillons dans l’herbe haute de mai, la dérobade entre les chênes à l’affût des glorieux chants d’oiseaux, les bottes alourdies dans les marais grouillants et suintants et toutes ces fleurs qu’on effeuille sans jamais réussir à voler la secrète alchimie de leurs éclats résonnent comme autant de quêtes sensuelles. Même quand le soleil vide de fin décembre ne sait plus éclairer que le sourire creusé de la vieillesse aux écorces, il reste l’odeur puissante de l’humus des talus pour faire monter les écumeux souvenirs. (avant la lettre, décembre 2004) [en ces temps familiaux, une évocation de l’enfance sur l’indispensable blog d’Ecolo-Info tous ces jours-ci]

recette du chaud lapin

lapinot
Lapin de Nuttall (Sylvilagus nuttallii), forêt de Santa Fe, Nouveau-Mexique, août 2009
1) enfariner le lapin dans ses petites convictions 2) le faire dorer à l’huile électorale dans une cocotte, codec 3) éplucher et hacher l’échalote, lolotte 4) laver et émincer les champignons qui poussaient entre les dossiers, yeah yeah 5) retirer le lapin de la cocotte pour vérifier s’il est toujours vivant (au besoin, utiliser les sondages), faites dorer l’oignon, puis ajouter les champignons, le vin blanc, le bouillon, la macédoine, les salades et le concentré de tomate, saler, poivrer à grosses pincées (le lapin absorbe tout) 6) ajouter le lapin et laisser mijoter 50 minutes, le temps de dépouiller les bulletins 7) servir chaud, parsemer de persil bien vert et laisser passer cinq ans.  La sauce reprendra toute seule.

přestávka

speakerine
TV moderátorka řetězce Z1, Praha, Česká republika, prosinec 2008
Dámy a pánové, dobrý večer. Vzhledem k tomu, období dovolených, nejsme schopni zajistit běžný průběh našich emisí. Tyto projekty budou dočasně přerušeny na několik dní, čas na nás, abychom šli k věci fazole v malých ptáků v zemi, která brutálně edentulism prezidenty. Nicméně, jsme si přáli, aby se vaše oblíbené kanály na minimální program, alespoň má ospravedlnit nákup vašeho položky a zaplacení poplatku. Budete moci najít, nebo zjistit sortiment re-opakování minulého století, speciálně vybraných poděkovat Vám za důvěru zvýšit během posledních měsíců. Přejeme Vám především velmi veselé Vánoce a těšíme se na Vaši návštěvu na stejné místo, za stejné obrazovce, se stejným vztek, úzkost stejné, stejné tichou vzpouru proti času, proti panování plutokratů a světa bez lítosti. Děkuji vám za pozornost a dobrý večer!

paraphe et une omphale

paraphe
massif de Belledonne, Isère, décembre 2007
Les buissons rabougris gribouillent une écriture runique, un alphabet chafouin pour épeler l’hiver. Les tiges qui restent, les moindres brins, calligraphient des pages pleines de fautes de corps, d’accents très graves et de points d’excavation. « Vivre est facile. Malaisé de survivre aux choses vécues. » (José Angel Valente, poète asturien)

d’ouate et d’oubli

dehesa
Vers Ciudad Real, Castille-la-Mancha, Espagne, décembre 2007
Laisser sa trace quand l’hiver prend tout, creuser encore son empreinte, jusqu’aux limites du théâtre. Echanger sa nudité nocturne pour un maigre habit de jour, déposer son frisson sur la nuque raide de l’aube – comme d’autres soldats déposèrent les armes et la vie au front de sang. Le solstice de décembre est un affreux champ de bataille pour les amants, ces guerriers de la lumière.

nos vérités, nos prisons

J’ai peu à dire, en tous cas peu à la fois. Ce n’est pas tant de ne pas savoir que de remarquer peu à peu qu’on ne sait pas assez. L’âge n’arrange rien à ma prudence. Peu de connaissances définitives dans mon sillage, sinon celles forgées par une quarantaine d’années d’expériences et de constats répétés depuis ma minuscule fenêtre sur le monde.  Je sais juste que les hirondelles et les hannetons disparaissent, que Thierry Henry a un bon réflexe de la main, que le bonheur collectif est une chimère, que mourir est une béance pour celui qui reste. Et encore, je me laisse des marges : pour le bonheur et la mort, je reste prêt à apprendre le contraire. Savoir par procuration n’est pas savoir. C’est juste croire, au mieux. Que faut-il croire? Que peut-on croire sans risquer de se tromper et sans tromper l’autre? Avant d’agiter nos croyances comme des certitudes indépassables, je voudrais seulement qu’on nous mette en état de mieux connaître, et, corollaire, qu’on nous offre, car oui c’est un don, le goût d’apprendre. A l’école et après. La surabondance apparente de l’information ne nous aide guère à affûter nos connaissances du monde. Or, la liberté de tous est à la mesure de nos connaissances. Vertige soudain. En laissant se mélanger opinions, représentations, observations, faits et discours, qui voudrait donc nous empêcher d’être libre? [J’ai une réponse provisoire et lapidaire : nous-mêmes, par angoisse du vide] tete de mort
Tombstone, Arizona, juillet 2009

l’insomnie des étoiles

Travail à la petite lampe. Silence que nul souffle ne ride. Soirées le matin tôt, qui enveloppent et replient. Il n’y a pas eu d’aube depuis des semaines. Cœur serré dans le café sans reflet. Travail à la petite lampe qui grésille doucement. Pas de moucheron sur la vitre, pas de pinson dans le grand frêne et d’ailleurs, ils l’ont coupé. Le livre que vous m’aviez offert est encore sur la table, je n’ai pas su l’ouvrir. La cartographie du monde, vos yeux sur le planisphère, votre index pointé là. Et là. Une écriture automatique à la petite lampe. Une ciselure, une incartade. Du gris au-dessus des moyennes saisonnières. Il n’y a pas d’heure, il n’y en a plus, le ciel a vidé le temps. Et je vais vers la ville le dos tourné aux maigres acacias. Un monologue dans la buée froide, un sourire abrégé. L’aventure incertaine entre les balais d’essuie-glace. Quelle vérité nous fait-elle vivre ici? Vous reverrai-je après l’hiver ? Il y aurait un grand piano ici, ce serait mieux pour vous dire tout cela.  Et les cadrans indiquent le soir. J’étais un peu en avance. Je rêve encore d’une phrase qui dirait toute la vie, une phrase égale à elle, définitive. Travail à la petite lampe. La petite lampe qui rassure, jusqu’au sommeil, repoussé au maximum, serré sans reflet. feuilles
Montvendre, Drôme, décembre 2007

coco channel

coco
vendeur de cocos, marché de Mysore, Karnataka, Inde, août 2008
Noix de coco rangées comme des petits gibiers tout neufs Noix de coco ordonnées en grenades aux éclats assoupis Le sou! Le sou pour les yeux sans écorce du frêle cueilleur!

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