Archive pour juillet, 2011

cherry red record

Monts Macin, Dobrodja, Roumanie, août 2010
Clore une année roumaine forcément mélanco, préparer le mortier de la prochaine, belle inconnue. S’en aller diluer le sépia dans le polychrome à 8000 kilomètres d’ici, dans le 8000 as(i)a. J’espère tremper beaucoup dans le bleu parce qu’il en faut dans les yeux, dans le vert aussi parce que, n’empêche, nous avons besoin d’espoir. Le rouge s’invitera tout seul, il est déjà là, ma colère qui chemine devant la comédie du monde (et la liste des mauvais messages qui tombent comme des avions sur la planète ces jours-ci est affolante). Merci à tous ceux qui m’ont suivi jusqu’ici, encouragé sur Facebook et repris en choeur sur Twitter. On se retrouve vers le 20 août 20.., bel été à tous. PS : pensez à écouter la chanson que je vous livre ci-dessous, elle est un merveilleux remède émotionnel contre les barbillons vantards et les chevaliers servants de l’oligarchie internationale du flouze (et si à 1:51, le vertige ne vous saisit pas, c’est que la poésie ne peut plus rien pour le monde). Robert Wyatt - Little Red Riding Hood Hit The Road

tanpouri

Moldovita, Bucovine, Roumanie, juillet 2010

Détrempe-toi. Mouille-toi pour la vérité d’aimer.

J’aime moins les histoires que les mots qui les tracent. Ces mots qui réveillent d’autres histoires, secrètes, brigandes, qui n’existent que par soi. Ce que raconte un roman n’est jamais aussi intense que la musique intime qui le trame. Si la chanson résonne bien après avoir refermé les pages, si elle se propage sur une grève de brume, s’échappe dans une rue déserte et vient encore s’enrouler sur ta nuque offerte, c’est que le livre était fort.

L’indifférence, c’est un silence en pente molle.

Il y a des jours avec, et il y a des jours sans. Et ce sont les jours qui ne comptent pas qui nous font vieillir.

Les oiseaux ont doucement éteint le transistor. Maintenant c’est un concert de silences et d’étouffements, à peine éraflé par des criquets malingres, qui roule des feuillées. Immanquablement l’été trompe les attentes. Saison qui voue au soleil son triomphe, elle décharne et décolore sous couvert de bacchanales et de lumières. Ces plages dont on rêve toute l’année sont là pour ensevelir les débris d’une grande catastrophe de sentiments provisoires et de plaisirs conditionnés. Les bourrasques d’octobre révèleront tout, et nous n’aurons que la pluie pour pleurer le désastre.

« Allan, je vous en prie, quittez ce ton dérisoire, faites cesser ce scandale irritant que vous portez partout. Ne pouvons-nous parler sérieusement? Je vous le demande en toute sympathie. » (Julien Gracq, Un Beau Ténébreux)

la nuit jument

vers Sercaita, Roumanie, août 2010


J’ai pris l’été à contresens, ses voitures-balais dans les dents. Mes soirs de juillet zigzaguent au tonnerre de dieu, le naseau tout embrasé d’écume de fièvre. Quelques nuits, des astres sirotés entre deux battants de porte me donnent parfois l’illusion des sidérales chevauchées. Et tout le jour qui suit, la pluie allonge son galop sur mon échine en toit. Souffles perdus de ne rien dépasser, usés de patience. Ces nuages gonflés de peurs sous-marines attendent la blancheur aiguë de tes talons pour tout déverser. Ta croupe à rebrousse-poil, hue cocotte, ronde d’obscure beauté.

« N’as-tu pas un cheval blanc

Là-bas dans ton île?

Une herbe sauvage

Croît-elle pour lui?

Ah! comme ses crins flottants

Flottent dans les bras du vent

Quand il se réveille!

Il dort comme un oiseau blanc

Quelque part dans l’île. »

(Sabine Sicaud, Le Chemin des Chevaux)

embrasures

Carpates vers Zarnesti, Roumanie, août 2010

Son désir qui se déploie en branches maîtresses, houppiers et ramures, veinant la brume d’un lacis précieux. Baisers repentis en prières, leur lenteur reptilienne confessée sur le rebord des lèvres. Je dénoue une à une les sauges de sa joie et bientôt l’oraison du plaisir humecte l’amarante. Je m’incurve et je m’incline sous sa feuillée gonflée d’étoiles : il n’y a que nos souffles, nos cris tremblés pour dire l’effusive beauté de ce soir de juin tendu vers nous.

Le véritable amour ne fait pas d’histoires, pas plus que le ciel ne fait de vagues. La vie est un instant de lumière, piqué de nuits noires impossibles à déchiffrer. Que ces nuits s’épreignent d’amour, elles creuseront la vie vers sa source, sans jamais l’atteindre. L’aveuglante beauté de cet effort vain s’appelle la jouissance.

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