Articles marqués avec ‘hiver’

la répétition

piquet

Chartreuse, Isère, janvier 2014
Tout ce que l’on a vécu bat en nous, comme un cœur. Et celles qu’on a aimées continuent de danser sur la piste. Ce que l’on a fait, on le refera encore, sur un autre vaporetto, dans d’autres parfums. Chaque vie resserre son fil, toujours le même, autour des mêmes saisons, indépassables.

de glaciale mémoire

col du Lautaret, Hautes-Alpes, janvier 2013
Le ciel était pourtant sur ses gardes, tendu comme une toile de Klimt. Mais les montagnes de janvier ont la dent dure, elles n’oublient pas ce que le soleil de la veille leur a volé. Et au passage du jour, le bleu abdiquerait bientôt, rayuré, griffé, lacéré de toutes parts jusqu’à la chair blafarde de l’hiver.

chères jachères

Tablas de Daimiel, Espagne, décembre 2007
Une herbe roide, élimée par le givre, des ombres qui cherchent encore leur place. Ni le chêne qui touche terre ni le froid chuchotement du vent ne laisse présager des chorales d’oiseaux. Demain ici sera un théâtre foisonnant où l’on jouera les parades d’alouettes, les rites du lièvre, la noce des papillons. Ton visage s’inclinera sur mon épaule. Le soleil, par sa force de persuasion, finira par tout reprendre et projeter. Pour l’heure, cette prairie n’est qu’un vague empire écrasé de sommeil. Piètre vivant mais plein de rêveries (l’hiver ne m’a pas arraché le goût d’y céder), je guette. Posté comme un chasseur à l’orée du monde, je guette mon propre réveil. Des souvenirs dans la besace, le fusil ouvert, crosse en avant. Une question me passe comme un nuage d’étourneaux : est-ce que tout redeviendra vraiment comme avant?

la correspondance

« Kevin,

Je sais pas quoi penser maintenant. Je sais plus qui je suis à tes yeux.

Tu m’as dit que j’étais une pute, jamais un de mes ex m’a dit ça, mais là, le père de mon gosse, ça, ben si je suis une pute fallait prendre Alison ou Jennifer, elle te rendait heureux moi je suis malheureuse. Mais je crois vraiment que là c’est allé trop loin.

Je trime pour gagner les sous, je trime dans ma putain de vie, mais ça tu vois pas, à tes yeux je suis qu’une pute, eh bien pense ce que tu crois, mais je sais ce que je ferai ou pas. Comme je t’ai dit hier que je serai mal sans toi c’est vrai, mais toi tu vois que mon cul, comme si j’étais un jouet. Je suis fatiguée, toujours revenir vers toi j’en ai mal. En vrai j’ai jamais été amoureuse comme ça mais j’ai jamais autant souffert moralement. Maintenant si tu veux repartir, pars, je te retiens plus !

Ah oui, tu m’as choquée, t’es revenu juste pour une cigarette? C’est affolant ce que tu m’aimes, franchement tu me fais pleurer tous les jours.

Pas un jour ou je peux me dire que mon homme m’aime, mon homme pense à moi, mais ça, ça sera qu’un rêve avec toi.

Bon, fais ce que tu veux mais sache un truc, je t’oublierai jamais. [rajouté avec un autre stylo et en travers] Je t’aime. » (lettre non signée que le vent emportait dans une rue froide de la ville – les prénoms ont été changés et l’orthographe corrigée)

photos prises avec un vieil appareil dans le train Grenoble-Paris, novembre 2012

l’escarregot

coquillage  

Le bois de Layaz, bois vieux, ses longs frênes arthritiques, a bu tant d’orages pour soulager sa douleur !

Il étale maintenant son sang noir au peu de jour que l’hiver lui laisse. Parfois un rapace vient lui rendre visite et s’accroche à ses ombres squelettiques. Une plainte ou deux pour s’imposer à la brume et déjà le voilà reparti : même les buses rouillent d’ennui, il n’y a rien à vivre ici en janvier.

Pourtant, à s’attarder encore un peu, en grattant la mousse imbue, des petits trésors viennent au bout de l’ongle.

Des légendes océanes, par quelle vague majestueuse emportées, se sont laissé prendre un jour au reflux de l’ambre mort : entrées dans le temps, qui n’est pas le temps, comme du cirage, tartiné dans le cirage.

Coquillage à côté

De ses pompes

funèbres.

Vallée du Grésivaudan, Isère, janvier 2011

les jolies photos

Un portfolio exposé sur Facebook avec dedans des grands espaces, des lacs, des forêts, votre sourire partout. Le monde vous découvre et vous découvrez le monde. Il vous porte sur son dos, vous dévalez les chemins main dans la main, c’est presque un film d’Eric Rohmer, un conte absolument moral. Quelques fractions de secondes posées là pour faire comme si c’était toujours. Comme si rien d’autre ne pouvait exister que ce bonheur-là, cette joie impossible à décevoir. Souvenirs qui rôdent derrière les images, une mélancolie en embuscade. La mélodie froissée d’une plage en hiver, avec le ballet des grands cerfs-volants rouges et des cabans bleus. J’avais répondu à vos questions. Oui on peut mélanger l’amour, l’ornithologie et les voyages interplanétaires dans une même journée. Non la mémoire ne filme pas, elle photographie. L’écriture est une habitude plus qu’un hobby. Il y avait eu des longs silences, des temps vides que le bruit du ressac essayait de combler. J’avais frôlé vos doigts, vous aviez fait comme si de rien n’était. pinces
Montvendre, Drôme, décembre 2006

miroirs d’ombres

glace
Massif de Belledonne, Isère, février 2006
Les gens, parfois, sont des miroirs qui nous renvoient violemment ce que nous avions cru cesser d’être. Nous nous étions réconciliés avec nous-mêmes et nous voilà brouillés à nouveau, alourdis soudain d’anciens doutes, lestés de vieilles maladresses. Et alors le sol craque sous nos pas – comme la glace sous les circonvolutions du patineur obstiné. La membrane est-elle donc à ce point ténue entre le présent qu’on pensait si fiable et le passé presque oublié ? Par quelle porosité secrète les deux chambres de nos vies poursuivent-elles leurs échanges ? Et ces personnes-là, qui découvrent des pans de chairs affadis ou affaissés, de quel pouvoir sont-elles donc dotées ? On peut se demander si nous ne leur avons pas tendu nous-mêmes une baguette maléfique, pour qu’ils nous somment de restituer le blême éclat qui manque à la vérité de nos cristaux. (février 2006)
[L'enfance, toujours, ici, sur Ecolo-Info]

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