Articles marqués avec ‘automne’

là où la pente

Trièves & Belledonne, Isère, novembre 2013
  « Cet automne sauta sur nous du haut des montagnes. Depuis quelques jours l’air était inquiet et on avait plutôt tendance à être triste en goûtant l’ombre des arbres. Mais on s’attendait à ce qui est d’ordinaire aux fins des ans. On ne s’attendait pas à ce qui arriva. » (Jean Giono, Automne en Trièves in Rondeur des Jours)

la flamme rouge

Panier d’Oronges (Amanita caesarea) sur brasier de Cotinus, Drôme, le 25 octobre 2012
  Le souvenir comme une flamme, qui court sur la grande pente de l’automne. Ce matin déjà le jour s’enfuyait derrière les toits. J’ai vu le jardin bleuir sous les bouffées de buis, d’un bleu blème et froid semblable au bleu qui pare les mâchoires de décembre. D’un revers de chandail, l’hiver se trahit. Et je repense à tout ce que nous n’avons pas su nous dire. Aux mots effondrés sur nos lèvres quand la passion écrasait tout – comme des fruits de soleil dont je perds le goût à chaque nuage. Reprendre le chemin de la solitude, dans ses craquements étouffés. Egayer son corps avec la poésie d’un vin vieux et un peu de lune sur les premiers carreaux de givre. Laisser l’incertitude s’éprendre de sa paume en creux – lac, puits, ciboire. On ne croit plus en rien – on espère simplement que tout ira, que tout va, dans l’inquiète lumière du monde.

silence, s’il en fût

massif de Belledonne, Isère, septembre 2012
Nul cri, trace effacée. Que les roides colonnes d’un temple en ruine où l’automne ne se fait plus prier. Bref oiseau gris effaré. Brume enrubannée d’aubiers d’ébène sous la bruine, perturbant l’aubaine d’une balade qui me ramène enrhubé.

vie, mort, etc.

Isère, octobre 2011
 

D’un être qui se sait au bord du précipice rejaillit l’élan furieux de vivre (ce même éclat qui confine à la faim d’aimer et présage de la jouissance, comme si l’amour préfigurait un effondrement). Et quand bien même survient cette fin que l’élan ne contient plus, il reste l’énergie folle de la chute pour allumer l’instant d’un feu, d’un souffle altier. Il y a autant d’étoiles au ciel que de passages par ici.

La mémoire fait un peu de buée sur le miroir de l’automne : la saison des pluies s’entiche d’un chagrin qu’elle croit n’avoir jamais vécu.

Moutons dans un enclos de doutes, tandis qu’un crachin froid s’obstine sur leur paletot de laine : nous autres, broutant menu sous le ventre des loups.

D’une vie finissante à l’immortelle attente d’une autre vie, il n’y a qu’une folie : s’éprendre de décembre.

je peux plier

Peupliers vers Alixan, Drôme, octobre 2011
  La rudesse du froid ce soir ne passera pas la porte. Et le vent qui balaie tout s’arrête à mon écorce. Je peux plier tu sais. Cette solitude qui menace, l’hiver, le clou, le plomb, la glace, c’est encaissé. Les souvenirs changés en torches pour attiser les écorchures, les coups de canifs, les encoches ne gagneront pas ma ramure. Je peux plier. La lenteur des lunes comptées et les éclipses du sommeil, les paquets de corbeaux perchés qui croient faire de l’ombre au soleil : je m’en bats la feuillée. La cognée de tes silences n’atteindra pas le cœur. Car je suis du bois dont on fait les fuites. Je sais me tailler dans les plaines à chaque automne un peu plus vite. Tu peux toujours, si ça te branche, dire que c’était plié d’avance : rien ne remue à mon houppier. Je peux plier. Et te voilà contreplaquée.

tout l’or du monde

Forêt de Marsanne, Drôme, octobre 2011

 

Il n’y a pas de bon chemin. Il n’y a que des surprises.

« C’était à peu près le milieu du matin. Je pris mon sac de montagne. Je descendis à la cuisine. Il n’y avait personne. J’ouvris le placard. Je taillai un morceau de gruyère dans le quarteron. Je pris une demi-michette dans la corbeille à pain et je laissai sur la table un billet : ne m’attendez pas pour déjeuner, je suis dans la forêt jusqu’à ce soir ». (Rondeur des jours, Jean Giono)

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