actu

Cuba vieille France

dame dos

Camaguëy, août 2015

Des visages apeurés, inaptes à l’échange, des portes qui se referment très vite au moindre passage du vent, des nuits hallucinées et pantelantes, des bateaux sans voile sur la mémoire retirée, la peur en embuscade, des soubassements de notre conscience mondiale fissurés, une tenace odeur de merde détectable rien qu’avec les yeux.

« La rouille s’est posée sur ma langue comme le goût d’une disparition,
L’oubli a pénétré ma langue et je n’ai eu pour toute conduite que l’oubli,
Et je n’ai accepté d’autre valeur que l’impossibilité. »
(Antonio Gamoneda, Description du mensonge)

filer doux

barque

La Havane, août 2015

Maintenant que toutes les horreurs ont été commises, toutes les erreurs étant pointées, maintenant qu’on sait qu’il n’y aura pas plus de vainqueurs que de perdants, tous dans le même bateau (citoyen) sur la même mer (intranquille), maintenant que les filets du pêcheur ne ramènent plus rien qu’un peu d’espoir (fugace), il serait (plus que) temps de se poser un peu pour contempler ses couleurs et de faire de cet espoir-là une énergie (renouvelable) pour réinventer demain. (Disons mercredi.)

Dont acte : si cette COP21, qui oindra de vert pâle l’infatué costume de quelques-uns, inspire d’abord ma méfiance, l’événement a toutefois le mérite de remettre l’écologie et la planète au premier plan des préoccupations. Parce qu’elle est la racine des valeurs morales et notre plus beau dénominateur commun, la cause environnementale ouvre la seule porte de sortie, ou plutôt d’entrée vers un monde enfin vivable. Ne nous trompons pas de sens. La tragédie indonésienne de ces derniers mois ressemble dans sa violence ultime aux carnages de Paris : des événements commandités par le même fanatisme aveugle, qui financier, qui néo-religieux, dans tous les cas pré-civilisationnel. Qu’est-ce que l’Histoire a-t-elle donc oublié de nous apprendre? Une seule cause façonne les pires atrocités de ce siècle mal embarqué : le néant culturel. Le vide synaptique sous ses multiples avatars : la suprématie des experts (une forme de fondamentalistes), la frénésie consumériste (des pâtes à tartiner le mensonge), l’individualisme outré (le soi à part, en quelque sorte), tous ces maux qui compartimentent la connaissance universelle ou l’appauvrissent, jusqu’à ne laisser régner que la peur. On prendra donc la COP21 comme un microscope branché sur les pathologies de nos dirigeants mondiaux, en souhaitant à de réjouissantes initiatives d’encourager les rémissions, en guettant aussi les risques d’aggravation, et en questionnant, infatigablement, le ciel au-dessus de nos têtes grises : y aura-t-il de la neige à Noël au Groenland?

la nuit ne tombera pas

soirtombant

Vercors, automne 2015
On a coupé des arbres dans le grand bois. La forêt a perdu des chênes des hêtres des sapins dans un bruit de fureur métallique et l’écho résonne encore sur l’autre versant. Les palombes prises au dépourvu ont déserté l’endroit. Impardonnable saccage.

Il faudra du temps pour que tout repousse comme avant. Pourtant ce matin au pré la brise n’a pas dissipé le souffle fumant du cheval. Dans le panier devant la porte les pommes de l’autre semaine brillent toujours d’un pourpre éclat. A son menton brumeux la montagne appelle encore : un chevreuil a bondi par-dessus le sentier qui mène à la cabane. On a même entendu glousser le tétras. Les mains de l’automne vont se nouer dans les mains de l’hiver qui se noueront dans les cheveux du printemps. Les fagots de l’été feront le feu qui réchauffe et qui éclaire. La vie continue de mordre et si l’ombre du soir vient, elle ne vient que pour couvrir la peine. La nuit ne tombera pas.

avorter en Afrique

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Mthata, Eastern Cape, août 2014

A l’heure où l’on revient en France sur les quarante ans de la Loi Veil, se rappeler qu’ailleurs dans le monde, les femmes n’ont pas toutes le même droit. En Afrique du Sud, les choses ont globalement évolué dans le bon sens depuis la fin officielle de l’apartheid, puisque l’avortement est désormais autorisé à la seule demande de la femme – seuls deux autres pays africains le permettraient -, jusqu’au-delà de 12 semaines. La multiplication de ces affichettes dans les rues de Umtata, dans la province du Cap-Oriental, m’avait cependant interpellé : « avortement rapide et sans douleur, à partir de 200 rands (l’équivalent de 15 euros) », avec des numéros de téléphone privés. Et puis j’ai trouvé cet article.

 

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vide-mémoire

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Champ de maïs dans la vallée du Grésivaudan, Isère, février 2014

C’est triste, un champ de maïs. Un champ pour rien, un champ de mort.


Le maïs, comme la peste, infeste les campagnes et boit l’eau de la terre fiévreuse. Trop d’eau. Toute l’eau. Le maïs qui s’étend épuise la source des rêves.


Là où pousse aujourd’hui le maïs, c’était des champs riants. Marais, fleurs, rainettes, rousseroles, courtilières. Ecumes de jade, jonquilles en offrande à ta princesse : t’en souviens-tu ? Non, le maïs mange aussi la mémoire, comme le bitume et l’argent.


On croit même, à force de vide et de villes, que le maïs, c’est la campagne. Le maïs asservit la perception de tout, tu vois. Il asservit aussi les ruisseaux, les évase, les calibre, les retient. Barrages à la place, qui noient d’autres champs riants. Barrages à la place d’autres marais, d’autres courtilières.


Et tu ne sais plus ce que c’est, une courtilière. Tu n’as pas écouté sa musique depuis si longtemps. Tu ne veux pas savoir. Tu sais le maïs, le bitume et l’argent. Tu crois encore au reflet, tu t’agrippes à l’épi d’or. Le maïs pousse dans ta tête comme un arrosoir jaune. Et l’avenir prend les couleurs de la douleur d’un pays lointain. Comme la peste. Trop d’eau. Trop de larmes. Et le cœur sec.


« Comment te tiendras-tu dans ce délabrement des mondes,

Effondrement, tempête, invasion d’infinités,

Leur triomphe au milieu de nos ruines s’avance entre deux files d’atterrés, portant des trophées d’astres. Il ne laissera rien debout de nos songes, de nos refuges. » (Philippe Jaccottet, La Semaison)


le serpent pour la racine

python réticulé

Python réticulé (Broghammerus reticulatus), Halimun, West Java, juillet 2013

En me baissant pour ramasser le bois de l’hiver, j’ai pris le serpent pour la racine. Sans faire attention, je me suis saisi d’une masse glaciale et glissante au moment même où je croyais avoir trouvé la souche sincère qui me protègerait du froid. Bête humide et boueuse, qui m’a attiré à elle dans l’effet de sa surprise. Une pompe aspirante en somme, toute d’un muscle creux orné d’écailles dures comme l’écorce. Sans me laisser le temps de réagir, le serpent s’est enroulé autour de mon bras. Sifflant bientôt ses sermons fangeux au-dessus de ma tête, il m’a mis plus bas que terre. Je vis maintenant sans ciel ni lumière, tout au fond de son trou. Je ne vois plus les saisons passer, je grelotte jour et nuit. Je vis aux crochets de son venin, menacé par sa sentence létale : la peur que ce serpent inflige fait de la vie une horrible tristesse.

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gai comme un pinson triste

Pinson des arbres (Fringilla coelebs) dans le jardin enneigé chez GEASTER, Isère, février 2013

Celui-ci avait endossé son costume de mariage, paré de couleurs déjà vives et portant fier sa petite casquette. Mais, bec triste et fermé, il ne semblait pas bien dans son assiette. Il n’avait que faire des graines de tournesol que je lui tendais en toute amitié. Quelque chose le préoccupait davantage que ma simple et patiente présence. Parfois une impression me gagne : les oiseaux portent le sentiment de cette Terre qu’on détruit. Fatigués de voler, ils s’en remettent soudain à une sorte de mélancolie qui plombe leur grâce naturelle. J’ai appris quelques heures plus tard que la Chine était en train de décapiter 700 montagnes du Grand Ouest pour édifier des mégalopoles, dans le mépris le plus brutal pour l’environnement, les fleurs, les oiseaux et les millions de paysans accrochés à ces pentes. Le savait-il avant moi? Une effroyable catastrophe en marche, une de plus, après l’épuisement des forêts tropicales, l’éventration des océans et bien d’autres crimes. Les oiseaux ne chantent pas pour rien. Ils se disent les choses, se transmettent leurs inquiétudes et leur désarroi, de proche en proche, d’un pays à l’autre. Ils ont encore la force de ressortir leurs costumes de couleurs à chaque printemps, s’efforcent de jouent les dandys et les zazous. Mais les zazous tristes.

du grain à moudre pour 2013

Hue, Vietnam, août 2012

Il y a eu des grands soleils, des beaux projets menés à bien, de la confiance partagée loin. Du travail, beaucoup. Et vous savez ? De l’amour. Plein format. Avec la crainte à moitié étouffée de ne pas avoir le temps d’en redistribuer assez.

Deux-trois sacs de rêves se sont égarés aussi, quelque part sur l’axe Papeete – Hanoï. Le monde, en doutions-nous, ne tourne pas si bien, comme en transition continue vers ses irrépressibles démons : la vassalité comme condition de réussite, le règne sans partage de l’arbitraire (y compris chez les tenants de la République), la richesse confondue avec le bonheur. Et ces territoires, champs et âmes, qui deviennent des non-lieux.

La mécanique du temps s’est aussi emballée. Je suis fou de vérité, mais je sais maintenant que je n’aurai plus le temps de toutes les débusquer. Mes patiences s’épuisent un peu là où les chemins s’ensablent. C’est aussi pour cela que je me suis mis à la course à pied : entretenir ma routine à l’effort tout en renforçant mes semelles d’idées neuves. Surtout ne pas vieillir trop vite d’en-dessous l’écorce.

2013 ? La voilà. Quelles convictions, au fouet de quels événements, va-t-elle faire rougir et vaciller ? Dans mes carnets, j’ai souvent écrit « refuser les chapelles, s’extraire des habitudes de pensée », des variations sur ce thème. Je vais rajouter une page à chaque semaine de mon agenda : le désemploi du temps. Ici s’inscriront d’eux-mêmes les moments dédiés à l’imprévisible. Je viendrai me laisser polliniser avec ce qu’il reste d’abeilles, à la volée. L’endroit secret où fertiliseront l’inattention, l’abandon de soi. Du bon grain, de l’ivresse dans un jardin grand comme tes yeux.

le marchand de boîtes à soleil

Hoi An, Vietnam, août 2012

Une petite pièce et la boîte brûlait de ses petites mains dans vos grandes mains, et jusqu’au fleuve qui l’entraînait sur son fil comme un bateau d’espoir. Jolie parabole en carton sur les joies qui grandissent en se transmettant, trait de lumière pour éclairer l’intuition d’un sens à la vie.

Pour peu qu’elle empêche quelques heures la neige d’effacer trop de choses et trop de gens, laissons la barque briller de toute sa chaleur fragile. La blancheur de l’hiver rend les joies toujours plus belles quand elles lui résistent un peu. Ne parlez pas au petit capitaine de l’obsolescence programmée du bonheur. Ne lui dites pas que la vie n’est qu’une attente qui se fatigue au bord d’un fleuve imprévisible. Le temps d’une flamme plus vive, répétons-lui: joyeux Noël.

plumes

Voilà cinq jours qu’un couple de moineaux friquets construit son nid, dans la petite maison en bois que j’ai installée sur la gouttière. Infatigables créatures, légères comme le vent, qui vont et viennent la paille au bec. Quelle gaieté les gouverne? Comment font-ils pour s’affairer à tous crins dans ce monde ric-rac?

Surtout ne pas les déranger. Chut…

las vegas parano


Las Vegas, Nevada, août 2009

Il y a quatre ans, un premier projet de Las Vegas européen faisait la Une des journaux espagnols. Gran Scala, au coeur des steppes pleines d’oiseaux de l’Aragon, soulignait l’incapacité de l’Espagne à dépasser son modèle de développement, centré depuis la fin des années 1950 sur une spéculation immobilière outrancière. Le projet n’a pas abouti et l’on s’est dit que le pays allait peut-être, dans la tempête économique, s’inventer un avenir plus respectueux de son identité et et de ses derniers espaces naturels.

Las ! Voilà qu’un nouveau complexe au doux nom évocateur d’Eurovegas menace de s’installer, peut-être près de Madrid ou dans le delta (protégé) du Llobregat, vers Barcelone, on ne sait pas encore. Le projet est farouchement soutenu par les politiques des deux bords, sous prétexte qu’il faut relancer l’économie et créer de l’emploi à tout prix. Je ne gloserai pas davantage sur cet acharnement dans la démesure. Je laisse plutôt la parole à ce très grand poète catalan Jaime Gil de Biedma. Dans Apologie et requête, il a notamment écrit ceci, il y a déjà une cinquantaine d’années :

« De toutes les histoires de l’Histoire,
La plus triste est sans doute celle de l’Espagne,
Car elle se termine mal. Comme si l’homme,
fatigué de combattre ses démons,
sacrifiait enfin à leur compétence
l’administration de sa pauvreté. »

 

sri lanka 2011 bird trip report (inventaire à la thé vert)

Calao du Sri Lanka (Ocyceros gingalensis), Anuradhapura, août 2011

Tout naturaliste se doit d’établir une liste systématique des espèces rencontrées au cours de ses voyages. Je me plie de bonne grâce au rituel, après plusieurs heures, plusieurs jours de recherches assidues pour compléter mes notes prises sur le terrain. Pour la beauté du geste (c’est presque un devoir de mémoire pour certaines espèces) et la poésie des noms d’oiseaux…

Sri Lanka BirdTrip Report – 27/07 – 18/08/2011

OISEAUX

23 espèces endémiques observées sur les 33 récemment définies (les auteurs n’en dénombraient que 25 il y a encore une dizaine d’années). Nous avons raté des endémiques emblématiques : la Pirolle de Ceylan (nous n’étions pas du « bon » côté de la forêt de Sinharaja), le Coucal à bec vert, le Pigeon du Sri Lanka… Il manque aussi des immanquables comme le Colombar à double collier mais nous sommes heureux d’avoir pu voir par exemple des colonies de Marabouts chevelus dans le nord et la rare et timide Grive à ailes tachetées en train de nourrir sa nichée. Pour compléter la liste d’une soixantaine d’espèces supplémentaires, il est nécessaire de visiter le Sri Lanka en hiver, quand le pays accueille nombre de migrateurs venus d’Asie centrale. Le printemps, qui coïncide généralement avec la période de beau temps dans la partie humide de l’île, est également plus propice à la découverte des espèces forestières, quand les sangsues sont moins abondantes.

PODICIPEDIDAE
1. Grèbe castagneux. Little Grebe. Tachybaptus ruficollis. Vu dans la partie sèche, en petit nombre : Habarana, Anurhadapura

PHALACROCORACIDAE
2. Petit Cormoran. Little Cormorant. Phalacrocorax niger. Le plus commun des cormorans.
3. Cormoran indien. Indian Cormorant. Phalacrocorax fuscicollis. Vu à Kandy, Habarana et sur la lagune d’Irrakandi.
4. Grand Cormoran. Great Cormorant. Phalacrocorax carbo. Rarement observé : grands réservoirs autour d’Anuradhapura

ANHINGIDAE
5. Anhinga oriental. Oriental Darter. Anhinga melanogaster. Assez souvent observé sur les étangs riches en végétation, surtout à Yala et dans la région de Trincomalee. Un à Habarana.

PELECANIDAE
6. Pélican à bec tacheté. Spot-billed Pelican. Pelecanus philippensis. Hambantota,Yala, et quelques grands plans d’eau au nord… Un sur le lac de Kandy.

ARDEIDAE
7. Aigrette garzette. Little Egret. Egretta garzetta. Commune. Surtout en zone sèche.
8. Grande Aigrette. Great Egret. Egretta alba. Surtout rencontrée dans la zone humide du pays.
9. Aigrette intermédiaire. Intermediate Egret. Egretta intermedia. Commune, surtout dans la zone humide du pays.
10. Héron cendré. Grey Heron. Ardea cinerea. Particulièrement nombreux sur le parc de Mirinnya.
11. Héron pourpré. Purple Heron. Ardea purpurea. Assez commun.
12. Gardeboeufs d’Asie. Eastern Cattle Egret. Bubulcus coromandus. Vu e petits groupes vers Ratnapura,
13. Aigrette des récifs. Western Reef Egret. Egretta gularis. Un individu forme « bleue » sur la route de Ratnapura.
14. Héron indien. Indian Pond-Heron. Ardeola grayii. Présent sur les zones humides de toutes tailles.
15. Héron strié. Little Heron. Butorides striata. Vu à Uppuvelli, sur les rochers côtiers et à Irrakandi.
16. Bihoreau gris. Black-crowned Night-Heron. Nycticorax nycticorax. Trois individus en vol le soir sur Karawanella.

CICONIIDAE
17. Tantale indien. Painted Stork. Mycteria leucocephala. Magnifique espèce, vue en grand nombre à Hambathota, Yala, ainsi que sur les lagunes le long de la route Anuradhapura – Trincomalee.
18. Bec-Ouvert indien. Asian Openbill. Anastomus oscitans. Assez commun sur les grands plans d’eau. Plus de 150 oiseaux ensemble sur la lagune mineure d’Anuradhapura.
19. Cigogne épiscopale. Woolly-necked stork. Ciconia episcopus. Vu en quelques occasions (Yala, marais de Tangalle), plus nombreuses vers Trincomalee (colonies sur les arbres).
20. Marabout chevelu. Lesser Adjutant. Leptoptilos javanicus. Belles observations dans le nord du pays, sur quelques étangs le long de la route Anuradhapura – Trincomalee. Egalement quelques-uns à Yala.
21. Jabiru d’Asie. Black-necked stork. Ephippiorhynchus asiaticus. Observations lointaines à Yala de cette belle espèce, rare au Sri Lanka.

THRESKIORNITHIDAE
22. Ibis à tête noire. Black-headed Ibis. Threskiornis melanocephalus. Commun dans les deux parties de l’île.
23. Spatule blanche. Eurasian Spoonbill. Platalea leucorodia. Vue à Hambanthota et Yala.

ANATIDAE
24. Dendrocygne siffleur. Lesser Whistling-Duck. Dendrocygna javanica. Localisé dans les étangs de Yala.
25. Anserelle de Coromandel. Cotton Pygmy-goose. Nettapus coromandelianus. Vu seulement dans un marais au nord de Tangalla, une dizaine d’individus.

ACCIPITRIDAE
26. Bondrée orientale. Oriental Honey-Buzzard. Pernis ptilorhyncus. Vue en vol à Karawanella.
27. Elanion blanc. Black-shouldered Kite. Elanus caeruleus. Un individu vu en vol vers Anuradhapura.
28. Milan sacré. Brahminy Kite. Haliastur indus. Relativement commun dans la zone sèche, aux abords des plans d’eau.
29. Pygargue blagre. White-bellied Sea-Eagle. Haliaeetus leucogaster. Vu au-dessus de quelques plans d’eau sur la moitié nord. Egalement un à Ratnapura.
30. Pygargue à tête grise. Grey-headed Fish-Eagle. Ichthyophaga ichthyaetus. Deux individus posés au sol à Mirinnya. Un perché et bruyant au Selawa Eco Resort.
31. Serpentaire bacha. Crested Serpent-Eagle. Spilornis cheela. Sous-espèce endémique : spilogaster, assez régulière dans les zones humides.
32. Epervier shikra. Shikra. Accipiter badius. Quelques belles observations, à Ella (lodge), Sigiriya…
33. Aigle noir. Black Eagle. Ictinaetus malayensis. Vu en vol à deux reprises : Ratnapura et Yala.
34. Aigle huppé. Crested Hawk-Eagle. Spizaetus cirrhatus. Sous-espèce endémique ceylanensis assez fréquente, en particulier au sud de l’aire.
35. Aigle montagnard. Mountain Hawk-Eagle. Spizaetus nipalensis. Un individu perché dans un ébène sur la route de Kithulgala.

PHASIANIDAE
36. Coq de Lafayette. Sri Lanka Junglefowl. Gallus lafayetii. Espèce endémique, d’abord entendue à Sinharaja, puis observée à plusieurs reprises : Yala (où l’espèce semble commune), Ella, Dambulla…
37. Paon bleu. Indian Peafowl. Pavo cristatus. Vu un peu partout, surtout dans les zones sèches.

TURNICIDAE
38. Turnix combattant. Barred Buttonquail. Turnix suscitator. Race endémique leggei : deux familles vues à Yala.

RALLIDAE
39. Râle de forêt. Slaty-legged Crake. Rallina eurizonoides. Deux individus effectuent un bref vol maladroit dans un petit marais, route de Ratnapura.
40. Râle à poitrine blanche. White-breasted Waterhen. Amaurornis phoenicurus. Commun.
41. Talève à tête grise. Purple Swamphen. Porphyrio poliocephalus. Commune à Yala, aussi observée dans les lagunes de la zone sèche, notamment vers Habarana. Autrefois rattachée à P.porphyrio.
42. Gallinule Poule-d’eau. Common Moorhen. Gallinula chloropus. Vue en petit nombre à Yala.

JACANIDAE
43. Jacana à longue queue. Pheasant-tailed Jacana. Hydrophasianus chirurgus. Localement commun : Hambanthota, Yala, Habarana & Anurhadapura.

CHARADRIIDAE
44. Petit Gravelot. Little Ringed Plover. Charadrius dubius. Mirryani.
45. Gravelot alexandrin. Kentish Plover. Charadrius alexandrinus. Yala, Hambanthota.
46. Gravelot de Leschenault. Greater Sand Plover. Charadrius leschenaultii. Deux individus dans les marais salants entre Hambanthota et Yala.
47. Pluvier mongol. Lesser Sand Plover. Charadrius mongolus.
48. Vanneau de Malabar. Yellow-wattled Lapwing. Vanellus malabaricus. Vu dans la région de Yala uniquement.
49. Vanneau indien. Red-wattled Lapwing. Vanellus indicus lankae. Commun.

SCOLOPACIDAE
50. Courlis corlieu. Eurasian Whimbrel. Numenius phaeopus. Vu à Kirinda et Trincomalee.
51. Chevalier gambette. Common Redshank. Tringa totanus. En petit nombre à Yala et sur les marais côtiers de Trincomalee.
52. Chevalier aboyeur. Common Greenshank. Tringa nebularia. En petit nombre vers Yala.
53. Chevalier sylvain. Wood Sandpiper. Tringa glareola. Yala uniquement.
54. Chevalier guignette. Common Sandpiper. Actitis hypoleucos. Vu à Trincomalee et au bord des bassins des cités anciennes (Anurdhapura et Sigiriya)
55. Bécasseau minute. Little Stint. Calidris minuta. Vu à Yala, quelques petites troupes.
56. Bécasseau cocorli. Curlew Sandpiper. Calidris ferruginea. Deux individus dans les marais côtiers vers Yala.

RECURVIROSTRIDAE
57. Echasse blanche. Black-winged Stilt. Himantopus himantopus. Commune à Yala et assez souvent oblservée dans les marais de la zone sèche.

BURHINIDAE
58. Grand Oedicnème. Great Thick-knee. Esacus recurvirostris. En petit nombre dans les grands parcs : Yala, Minneriya (un adulte avec un jeune).

LARIDAE
59. Mouette du Tibet. Brown-headed Gull. Larus brunnicephalus. Bien vue dans les marais salants aux abords de Yala.

STERNIDAE
60. Sterne caugek. Gull-billed Tern. Gelochelidon nilotica. Vue à Yala puis une à Trincomalee.
61. Sterne voyageuse. Lesser Crested Tern. Thalasseus bengalensis. Quelques-unes à Irakkandi.
62. Sterne huppée. Great Crested Tern. Thalasseus bergii. Une colonie à Irakkandi.
63. Sterne pierregarin. Common Tern. Sterna hirundo. Vue à Trincomalee.
64. Sterne naine. Little Tern. Sternula albifrons. En petit nombre à Yala.

COLUMBIDAE
65. Pigeon biset. Rock Pigeon. Columba livia. Commun. Des populations sauvages dans la zone sèche.
66. Tourterelle tigrine. Spotted Dove. Streptopelia chinensis. Commune. Sous-espèce endémique ceylonensis. Nicheuse derrière les persiennes du Coconut Beach Lodge.
67. Colombine turvert. Emerald Dove. Chalcophaps indica. Sous-espèce endémique robinsoni : Sinharaja et Kithulgala.
68. Colombar pompadour. Sri Lanka Green-Pigeon. Treron pompadora. Espèce endémique, récemment détachée du « Pompadour Green-Pigeon ». Deux couples à Ella et à Anuradhapura.
69. Carpophage pauline. Green Imperial-Pigeon. Ducula aenea. Vu à plusieurs reprises dans des milieux assez variés : Sinharaja, Anuradhapura, etc.

Kétoupa brun, Yala, août 2011

 

PSITTACIDAE
70. Coryllis de Ceylan. Sri Lanka Hanging-Parrot. Loriculus beryllinus. Espèce endémique, vue en nombre à Karawanella.
71. Perruche alexandre. Alexandrine Parakeet. Psittacula eupatria. En petit nombre à Uda Walawe, Polonnaruwa et Anuradhapura.
72. Perruche à collier. Rose-ringed Parakeet. Psittacula krameri. Commune.
73. Perruche de Layard. Layard’s Parakeet. Psittacula calthropae. Espèce endémique, bien vue à Ella et Karawanella.
74. Perruche à tête prune. Plum-headed Parakeet. Psittacula cyanocephala. Vue à Ella, deux couples en bordure des plantations de thé.

CUCULIDAE
75. Coucal de Parrot. Southern Coucal. Centropus parroti. Assez commun sur le bord des routes et dans les jardins. Ancienne sous-espèce de C. sinensis, aujourd’hui élevée au rang d’espèce endémique par une majorité d’auteurs.
76. Malcoha à bec vert. Blue-faced Malkoha. Phaenicophaeus viridirostris. Vu à Yala, deux individus dans les buissons secs.
77. Coucou Koël. Asian Koel. Eudynamys scolopaceus. Vu (et entendu!) tous les jours. Un jeune nourri par un Corbeau à Uppuvelli.
78. Coucou plaintif. Plaintive Cuckoo. Cacomantis merulinus. Une femelle sur le bord de la piste à Yala.

TYTONIDAE
79. Effraie des clochers. Common Barn-Owl. Tyto alba. Entendue le premier soir à Ratnapura.

STRIGIDAE
80. Kétoupa brun. Brown Fish-Owl. Bubo zeylonensis. Un oiseau au repos, très bien vu, sur une grosse branche à Yala.

CAPRIMULGIDAE
81. Engoulevent de Jerdon. Jerdon’s Nightjar. Caprimulgus atripennis. Deux individus posés sur la route avant l’entrée du parc de Yala, à 5h30.

APODIDAE
82. Salangane de Malabar. Indian Swiftlet. Aerodramus unicolor. Vu à Sinharaja et dans la région de Kithulgala.
83. Martinet batassia. Asian Palm-Swift. Cypsiurus balasiensis. Commun.
84. Martinet des maisons. Little Swift. Apus affinis. Fréquent en certains lieux : pont à Uda Walawe, très belle colonie à Dambulla.

HEMIPROCNIDAE
85. Hémiprocne couronné. Crested Treeswift. Hemiprocne coronata. Vu en vol à Sinharaja, bois autour de l’éco-lodge d’Uda Walawe (aussi perché), Ella et au-dessus des bois humides de Habarana.

Martin-Chasseur de Smyrne, Yala, août 2011

 

ALCEDINIDAE
86. Martin-Pêcheur d’Europe. Common Kingfisher. Alcedo atthis. Commun.
87. Martin-Chasseur de Smyrne. White-throated Kingfisher. Halcyon smyrnensis. L’un des oiseaux les plus fréquemment rencontrés. Relativement ubiquiste.
88. Martin-Chasseur gurial. Stork-billed Kingfisher. Pelargopsis capensis. Sur la rivière de Little King (Dambulla) et lors du trek d’Habarana.
89. Alcyon Pie. Pied Kingfisher. Ceryle rudis. Vu uniquement à Yala (3 individus isolés).

MEROPIDAE
90. Guêpier d’Orient. Green Bee-eater. Merops orientalis. Régulièrement observé. Vu très près à Yala. Sous-espèce endémique : ceylonicus.
91. Guêpier de Leschenault. Chestnut-headed Bee-eater. Merops leschenaulti. Vu à Ella, Dambulla et Kithulgala.

CORACIIDAE
92. Rollier indien. Indian Roller. Coracias benghalensis. Vu à partir de Yala, puis Dambulla, Habarana et sur la route de Trincomalee.

BUCEROTIDAE
93. Calao de Ceylan. Sri Lanka Grey Hornbill. Ocyceros gingalensis. Espèce endémique, vue de très près à deux occasions : un couple nicheur à Anuradhapura puis un autre couple à Karawanella. Egalement vu en vol sur la route de Kithulgala.
94. Calao de Malabar. Malabar Pied Hornbill. Anthracoceros coronatus. Première observation à l’éco-lodge d’Ula Walawe, puis à Yala, assez fréquent, et Habarana.

CAPITONIDAE
95. Barbu à tête brune. Brown-headed Barbet. Megalaima zeylanica. Commun dans les jardins et en lisière de forêt.
96. Barbu à front d’or. Yellow-fronted Barbet. Megalaima flavifrons. Espèce endémique, bien vue à Ratnapura et Sinharaja.
97. Barbu à couronne rouge. Sri Lanka Small Barbet. Megalaima rubricapillus. Espèce endémique, détachée du Malabar Barbet. Observé à Ella et Kithulgala.
98. Barbu à plastron rouge. Coppersmith Barbet. Megalaima haemacephala. Vu à Ratnapura, Sinharaja et Kandy.

Barbu à tête brune, Uda Walawe, juillet 2011

 

PICIDAE
99. Pic à calotte brune. Indian Pygmy Woodpecker. Picoides nanus. Race endémique gymnophthalmus, vue à Kithulgala.
100. Pic à huppe jaune. Lesser Yellownape. Picus chlorolophus. Sous-espèce endémique wellsi, vue dans la montée vers Sinharaja.
101. Pic du Bengale. Black-rumped Flameback. Dinopium benghalense. Race endémique, psarodes, vue à Polonnaruwa et à Kithulgala.
102. Pic du Sri Lanka. Crimson-backed Flameback. Chrysocolaptes stricklandi. Espèce endémique détachée du Greater Flameback (C.lucidus). Vue dans la montée de Sinharaja, puis un couple à Horton Plains.

ALAUDIDAE
103. Alouette de Jerdon. Jerdon’s Bushlark. Mirafra affinis. Commune à Yala.
104. Alouette gulgule. Oriental Skylark. Alauda gulgula. 2-3 à Yala.

HIRUNDINIDAE
105. Hirondelle des Nilgiri. Hill Swallow. Hirundo domicola. Autrefois unifiée à Pacific Swallow H. tahitica. Vue dans les parties humides : Ratnapura, Sinharaja et Kithulgala.
106. Hirondelle du Sri Lanka. Sri Lanka Swallow. Hirundo hyperythra. Espèce endémique, détachée de Hirundo daurica. Vue assez régulièrement au cours du voyage, surtout présente dans la zone humide.

Alouette de Jerdon, Yala, août 2011

 

MOTACILLIDAE
107. Pipit rousset. Paddyfield Pipit. Anthus rufulus. Commun dans la zone sèche.

CAMPEPHAGIDAE
108. Echenilleur à tête noire. Black-headed Cuckoo-shrike. Coracina melanoptera. Assez fréquent à Yala.
109. Minivet Oranor. Small Minivet. Pericrocotus cinnamomeus. Observé dans les bosquets autour de l’éco-lodge d’Uda Walawe et à Yala.
110. Grand Minivet. Orange Minivet. Pericrocotus flammeus. Assez régulier dans la zone humide : Ratnapura, Sinharaja, Nurawa Eliya, route de Kandy…
111. Echenilleur gobemouche. Bar-winged Flycatcher-shrike. Hemipus picatus. Sous-espèce endémique leggei, vue à Nurewa Eliya et Kithulgala.
112. Téphrodorne de Ceylan. Sri Lanka Woodshrike. Tephrodornis affinis. Espèce endémique, uniquement observée à Yala. Détachée de T. pondicerianus.

MONARCHIDAE
113. Tchitrec de paradis. Asian Paradise Flycatcher. Terpsiphone paradisi. D’abord entendu à Sinharaja, puis très bien vu en deux occasions : jardins de l’éco-lodge Selawa Eco Resort (2) puis à Yala (3).
114. Tchitrec azuré. Black-naped Monarch. Hypothymis azurea. Belles observations de la sous-espèce endémique ceylonensis à Ratnapura puis à Yala.

RHIPIDURIDAE
115. Rhipidure à grands sourcils. White-browed Fantail. Rhipidura aureola. Bien vue à Ratnapura, Sinharaja, Uda Walawe et Habarana.

Rhipidure à grands sourcils, Uda Walawe, juillet 2011

 

PYCNONOTIDAE
116. Bulbul à tête noire. Black-capped Bulbul. Pycnonotus melanicterus. Espèce endémique, bien vue à Kithulgala et Sinharaja.
117. Bulbul à ventre rouge. Red-vented Bulbul. Pycnonotus cafer. A peu près partout où il y a des arbres. Sous-espèce endémique haemorrhousus.
118. Bulbul oreillard. Yellow-eared Bulbul. Pycnonotus penicillatus. Espèce endémique, d’abord mal vue sous la pluie du Victoria Park de Nurawa Eliya, puis belles observations à Horton Plains.
119. Bulbul à sourcils blancs. White-browed Bulbul. Pycnonotus luteolus. Sous-espèce endémique insulae, très bien vue à Ratnapura (un mâle chanteur) puis à Habarana.
120. Bulbul à sourcils d’or. Yellow-browed Bulbul. Hypsipetes indica. Bien vu à Horton Plains, trois individus, puis à Kithulgala. Restreint au sud-ouest de l’Inde et au Sri Lanka.
121. Bulbul des Ghats. Square-tailed black Bulbul. Hypsipetes ganeesa. Détachée de H. leucocephalus. Sous-espèce humii, rencontrée à Sinharaja puis à Kithulgala.

AEGITHINIDAE
122. Petit Iora. Common Iora. Aegithina tiphia. Belles observations dans la partie sèche : mangrove de Tangalla, jardins de Polonnaruwa, toujours en couple. Race multicolor restreinte à l’Inde du Sud-Ouest et au Sri Lanka.

Vanneau de Malabar, Uda Walawe, juillet 2011

 

TURDIDAE
123. Grive à ailes tachetées. Spot-winged Thrush. Zoothera spiloptera. Formidable observation de cette espèce endémique des sous-bois sombres et humides à Sinharaja : un couple nourrissant sa nichée près d’un ruisseau.
124. Merle indien. Indian Blackbird. Turdus simillimus. La race endémique kinnisii a été trouvée à Nurewa Eliya.

MUSCICAPIDAE
125. Gobemouche de Ceylan. Dull-blue Flycatcher. Muscicapa sordidus. Espèce endémique, uniquement entendue à l’entrée du parc de Horton Plains.
126. Gobemouche de Tickell. Tickell’s Blue Flycatcher. Muscicapa tickelliae. Deux observations de 2 couples de la sous-espèce endémique jerdoni dans la forêt de Kandy.
127. Shama dayal. Oriental Magpie-Robin. Copsychus saularis. Espèce commune, souvent chanteuse.
128. Shama à croupion blanc. White-rumped Shama. Copsychus malabaricus leggei. Sous-espèce endémique vue à Kandy, forêt d’Uttawalawe, un beau mâle chanteur. Egalement entendu sur la route de Sinharaja.
129. Pseudotraquet indien. Indian Robin. Saxicoloides fulicatus. Résident commun dans la zone sèche. La race locale leucoptera. Parades à Sigiriya.
130. Tarier pie. Pied Bushchat. Saxicola caprata. Belles observations sur le chemin de Horton Plains. Race endémique atrata.

TIMALIIDAE
131. Pomatorhin du Sri Lanka. Sri Lanka Scimitar Babbler. Pomatorhinus melanurus. Espèce endémique vue à Sinharaja et Ella (un beau chanteur allongé sur une branche au-dessus de ma tête).
132. Timalie à ventre roux. Tawny-bellied Babbler. Dumetia hyperythra. Deux petites troupes dans la végétation basse, l’une à Ella, l’autre à Habarana.
133. Timalie à tête noire. Dark-fronted Babbler. Rhopocichla atriceps. 2-3 exemplaires à Sinharaja. Vu également à Kitulghala.
134. Cratérope de Ceylan. Orange-billed Babbler.Turdoides rufescens. Espèce endémique vue de loin à l’entrée de Sinahraja et de très près à Kithulgala, groupes d’une huitaine d’individus.
135. Cratérope affin. Yellow-billed Babbler. Turdoides affinis. Commun et souvent bruyant. Sous-espèce endémique taprobanus.

CISTICOLIDAE
136. Cisticole des joncs. Zitting Cisticola. Cisticola juncidis. Race cursitans, dans les prairies humides de la zone sèche, nombreuses à Habarana.
137. Prinia cendrée. Ashy Prinia. Prinia socialis. Sous-espèce endémique brevicauda vue à Kirinda et Ella.
138. Prinia simple. Plain Prinia. Prinia inornata. Sous-espèce endémique insularis vue à Habarana (2).
139. Couturière à longue queue. Common Tailorbird. Orthotomus sutorius. La sous-espèce nominale endémique est vue un peu partout durant le voyage, depuis Ratnapura à Kitulgala au retour. La race fernandornis, plus sombre, a été pointée à Nuwara Eliya et Horton Plains.

SYLVIIDAE
140. Rousserole stentor. Clamorous Reed-Warbler. Acrocephalus stentoreus. Une chanteuse, bien cachée dans les fourrés humides à Karawanella. Sous-espèce endémique meridionalis.

PARIDAE
141. Mésange indienne. Cinereous Tit. Parus cinereus. Vue à Ella, le long de la voie ferrée, et à Horton Plains. Longtemps confondue avec Great Tit, Parus major.

DICAEIDAE
142. Dicée de Ceylan. Legge’s Flowerpecker. Dicaeum vincens. Observé longuement à Ratnapura et Sinharaja.
143. Dicée à bec rouge. Pale-billed Flowerpecker. Dicaeum erythrorhynchos. Commun. Race endémique ceylonense.
144. Dicée à bec épais. Thick-billed Flowerpecker. Dicaeum agile. La sous-espèce endémique zeylonicum a été observée à Ella, Nurewa Eliya et Kandy, dans les arbres qui surplombent la Palm Garden Guest House.

NECTARINIIDAE
145. Souimanga à croupion pourpre. Purple-rumped Sunbird. Leptocoma zeylonica. Commun dans les jardins. Sous-espèce endémique d’un oiseau à répartition très réduite.
146. Souimanga pourpré. Purple Sunbird. Cinnyris asiatica. Principalement dans la zone sèche, entre Dambulla et Anuradhapura.
147. Souimanga de Loten. Loten’s Sunbird. Cinnyris lotenius. La sous-espèce endémique, présentant un bec particulièrement long, a été surtout observée vers Ella.

ZOSTEROPIDAE
148. Zostérops de Ceylan. Sri Lanka White-eye. Zosterops ceylonensis. Espèce endémique vue dans le parc Victoria de Nurawa Elia puis dans les Horton Plains.
149. Zostérops oriental. Oriental White-eye. Zosterops palpebrosus. Sous-espèce endémique egregia, assez régulièrement notée dans le centre : Ella, Horton Plains, Kithulgala.

Ibis à tête noire, Yala, août 2011

 

ESTRILDIDAE
150. Capucin domino. White-rumped Munia. Lonchura striata. Vue en petits groupes dans la descente de Sinharaja et la montée d’Ella.
151. Capucin damier. Scaly-breasted Munia. Lonchura punctulata. Le Capucin le plus fréquent : Ratnapura, Deniyaya, Tangalla…
152. Capucin à dos marron.Tricoloured Munia. Lonchura malacca. Vu en petites troupes à Yala et sur la route d’Ella.
153. Capucin à ventre roux. Black-throated Munia. Lonchura kelaarti. Vu en petites troupes volantes sur la route près de l’entrée de Horton Plains.

PASSERIDAE
154. Moineau domestique. House Sparrow. Passer domesticus. Assez commun.

PLOCEIDAE
155. Tisserin baya. Baya Weaver. Ploceus philippinus. Un nid sur le parc de Minerriya.

STURNIDAE
156. Martin triste. Common Myna. Acridotheres tristis. Commun.Sous-espèce endémique melanosternus, plus sombre et présentant un patch jaune plus important sur la tête.
157. Mainate de Ceylan. Sri Lanka Myna. Gracula ptilogenys. Espèce endémique, vue en vol en petites troupes le soir vers Deniaiya et un individu isolé au sommet d’un arbre, chantant, à l’entrée de la réserve de Sinharaja.
158. Mainate indien. Lesser Hill-Myna. Gracula indica. Espèce détachée de G. religiosa. Belles observations de plusieurs mâles qui se répondent dans la forêt de pins derrière Forest Paradise à Ella. Egalement vu à Kithulgala.

ORIOLIDAE
159. Loriot à capuchon noir. Black-hooded Oriole. Oriolus xanthornus ceylonensis. Commun dans les zones arborées, y compris jardins. Sous-espèce endémique.

DICRURIDAE
160. Drongo à ventre blanc. White-bellied Drongo. Dicrurus caerulescens. Le Drongo le plus commun au Sri Lanka. 2 sous-espèces endémiques : leucopygialis « white-vented » dans la zone humide, « white-bellied » dans la partie sèche (le blanc remonte plus haut sur le ventre).
161. Drongo du Sri Lanka. Sri Lanka Crested Drongo. Dicrurus lophorinus. Espèce endémique, désormais distincte de Dicrurus paradiseus, à queue plus courte. Vu à Ratnapura, Sinharaja et Kithulgala.
162. Drongo noir. Black Drongo. Dicrurus macrocercus. Vu dans le nord : Anuradhapura et dans la campagne vers Trincomalee.

ARTAMIDAE
163. Langrayen brun. Ashy Woodswallow. Artamus fuscus. Trois individus sur la route de Ratnapura, avec White-bellied Drongo sur un fil.

CORVIDAE
164. Corbeau familier. House Crow. Corvus splendens. Commun
165. Corbeau indien. Indian Jungle Crow. Corvus culminatus. Commun. Espèce endémique désormais distincte de C. macrorhynchos (bec moins volumineux, tête moins anguleuse).

Hors liste :
Un Verdin sp. (Chloropsis sp.), vers Induraana, sur la route Karawanella – Colombo
Une probable Sittelle veloutée (Sitta frontalis) à Horton Plains, vue trop brièvement sous le crachin
Un possible Gobemouche à tête grise (Culicapa ceylonensis) rejoignant un buisson à la tombée du soir à Karawanella
Un oiseau qui n’est jamais sorti de son buisson à Ella, malgré notre bonne demi-heure d’attente, à écouter son (faible) cri et ses remuements incessants dans le feuillage.

Guide d’identification : Birds Of The Indian Subcontinent (Grimmett, Inskipp – OXFORD, 2001). Dessins soignés, cartes parfois approximatives et erreurs dans certaines répartitions (l’Effraie des Clochers et le Dicée à bec épais ne figurent pas sur les cartes du Sri Lanka !).

Les notes de terrain, prises sur un carnet Moleskine noir, ont été complétées par les travaux d’auteurs récapitulées sur le site Avibase http://avibase.bsc-eoc.org/

Deux très bons guides naturalistes ont accompagné nos pas : merci à Hemal (Sinharaja) et à Ajhit (Yala). Merci aussi à Nimal, chauffeur pour Horton Plains, féru d’ornithologie, employé de la Single Tree Guest House à Nurewa Eliya.

ambiance à Yala, août 2011

MAMMIFERES

Tout ornithologue qui se respecte s’intéresse également aux mammifères croisés durant son trip. Voici donc tous les animaux à poil salués dans la jungle et la savane sri lankaises. Il y avait du beau monde !

1. Eléphant d’Asie. Sri Lanka Elephant. Elepha maximus. Sous-espèce Maximus du Sri Lanka, vue à Uda Walawe, Yala (en petit nombre) ainsi qu’à Minneriya (superbe spectacle de migration collective vers les points d’eau).
2. Panthère. Sri Lankan Leopard. Panthera pardus. Sous-espèce Kotiya. Deux individus un peu feignasses dans les grands arbres, à Yala. Mais quel bel animal !
3. Ours lippu. Sloth bear. Ursus ursinus. Un jeune surpris à l’aube en train de boire sur une mare à Yala.
4. Macaque à toque. Toque macaque. Macaca sinica. Espèce endémique répandue jusque dans les villes (une famille traverse une artère centrale de Kandy en plein trafic). Sous-espèce Aurifrons à Sinharaja.
5. Langur hanuman. Gray tufted langur. Semnopithecus priam. Sous-espèce Thersites endémique du Sri Lanka, bien représentée dans la zone sèche du pays.
6. Semnopithèque à face pourpre. Purple-faced leaf monkey. Trachypithecus vetulus. Espèce endémique menacée, observée à Sinharaja et Karawanella.


Semnopithèque à face pourpre, Sinharaja, juillet 2011

 

7. Chat des marais. Jungle Cat. Felis chaus. Un individu en chasse à Yala.
8. Chacal indien. Golden jackal. Canis aureus. Sous-espèce endémique Naria. Deux à Yala.
9. Ecureuil géant du Sri Lanka. Giant sri lankan squirrel. Ratufa macroura. Sous-espèce Melanochra à Sinharaja. Sous-espèce Ceylonensis, plus grise, à Ella, Horton Plains et Karawanella.
10. Ecureuil palmiste de Layard. Layard’s Palm Squirrel. Funambulus layardi. Rencontré à Sinharaja, Karawanella et Kithulgala.
11. Ecureuil palmiste indien. Indian Palm Squirrel. Funambulus palmarum. Commun.
12. Ecureuil palmiste sombre. Dusky Palm Squirrel. Funambulus sublineatus. Observations à Horton Plains et Nurewa Eliya.
13. Muntjac indien. Common Muntjak. Muntiacus muntjak. Un individu dans les plantations de thé, peu farouche, à Ella.
14. Civette indienne. Small indian Civet. Viverricula indica. Un individu traverse la rue principale d’Ella en courant sur un fil électrique à la nuit tombée !
15. Cerf axis. Axis Deer. Axis axis. Sous-espèce Ceylonensis. Commun à Yala.
16. Sambar. Sambar Deer. Cervus unicolor. Sous-espèce Unicolor. Uniquement à Horton Plains.
17. Sanglier. Wild Boar. Sus scrofa. Commun à Yala. Certains individus peu poilus.
18. Mangouste d’Edwards. Indian Grey Mongoose. Herpestes edwardsii. Vue vers Tangalle (une famille au bord de la route), à Yala et Minneriya.
19. Mangouste roussâtre. Ruddy Mongoose. Herpestes smithii. Sous-espèce Zeylanicus. Fréquente à Yala.

Mangouste roussâtre, Yala, août 2011

 

20. Lièvre indien. Indian hare. Lepus nigricollis. Présent à Yala.
21. Chauve-souris géante d’Inde. Indian flying Fox. Pteropus giganteus. Commune même en ville. Souvent électrocutée sur les fils électriques.
22. Cynoptère de l’Inde. Indian short-nosed fruit-bat. Cynopterus sphinx. Dispersée dans la campagne, décelée à son museau plus pointu et sa taille inférieure à Pteropus giganteus.
23. Rat-Bandicoot du Bengale. Lesser Bandicoot Rat. Bandicoota bengalensis. Un individu installé sur une poutre à l’auberge de Kirinda. Probablement le même animal à l’auberge d’Ella.

Hors liste :
Buffle d’eau féral. Wild Buffalo. Bubalus bubalis. Très présent à Yala. Souche sauvage en discussion.
Nombreuses espèces de chauves-souris, de toutes tailles, certaines nichant dans les maisons (Habarana Inn, Deniaiya).

Guides d’identification : Mammals of Sri Lanka (Silva Wijeyeratne, JetwingEco, 2007-2008), Primates of Sri Lanka (Silva Wijeyeratne, JetwingEco, 2009). Notes complétées par différents sites Web dont l’incontournable www.planet-mammiferes.org .

Carte du périple :

et si on pensait green alley?

Les grands projets urbains en cours de déploiement à Grenoble interrogent le devenir de nos villes. Sujet passionnant s’il en est.

Ici, la durabilité s’exprime essentiellement par la densification du tissu urbain, prônée pour économiser l’espace et rationaliser les déplacements. L’adjonction de techniques et matériaux de construction innovants permet aussi de réduire la consommation d’une énergie de plus en plus coûteuse (à condition que des défauts de construction et les négligences comportementales des usagers ne ruinent pas cette ambition). Pourtant, l’écologie urbaine va bien au-delà de ces deux aspects.  Repenser la ville, ce n’est pas seulement corriger ses nuisances, c’est aussi lui donner un autre destin, en tant qu’élément intégré à son écosystème, fonctionnel au même titre qu’un fleuve ou une prairie.

C’est ce qu’a imaginé la Ville de Chicago. Dans son Green Alley Handbook , elle formalise des tas d’idées que nous tardons à adapter chez nous : des jardins de pluie qui collectent l’eau du ciel et des gouttières sous forme de petites mares, la réduction de la pollution lumineuse par des éclairages spécifiques, des pavements perméables, le replantage de haies avec des essences locales, etc. Autant de pratiques qui suggèrent également de ne pas densifier partout, afin de laisser la terre respirer… Et de permettre aux habitants de voir encore un peu le ciel.

l’obération

Fort Cochin, Kerala, Inde, août 2008

On a entendu les esprits s’échauffer, on a vu les corps s’agiter, ici, là, partout sur les écrans, jusqu’à la pantomime grave et affectée, chacun rejouant, surjouant Pylade à sa manière, la gigue du faux-cul doublée de vociférations pathétiques, cachant mal des passions claniques attifées d’innocence et de culpabilité présomptueuses. Le tout sous l’oeil grisé des médias et des journalistes, partageant le pain bénit qui manquait à leur petit déjeuner pas assez épaissi par la crise arabe. En ce sens, l’émission sur France 2 hier soir fut un grand moment de rien, un show de postures à la va-comme-j’me-mousse sur le dos du prévenu. Je crains que nous ne devions souper de cette information à la grimace quelques semaines encore, construite pour dresser les cuillères en fer blanc les unes contre les autres, et alors que, loin du spectacle du trébuchement hypothétique ou virtuel d’un puissant (scénario usé depuis vingt siècles mais toujours très suivi -on a les Feux de l’Amour qu’on peut), se jouent d’autres maléfices, se plantent d’autres questions autrement universelles. Un esquimau au chloroforme, s’il vous plaît.

onde de choc

Le drame réveille le souvenir de la naissance du « sentiment nucléaire » : un beau billet ici.

Il exhume des chroniques pertinentes sur ce pays condamné à sa reconstruction éternelle. Son traitement par les médias questionne aussi.

En revenant feuilleter Théodore Monod, il me tombe sous les yeux cet extrait d’Et si l’aventure humaine devait échouer (1991) : « Un homo sapiens qui tiendrait à mériter une épithète aussi prématurée accepterait-il de se lancer à l’aveuglette dans tant d’entreprises hâtivement décidées et sans que les conséquences lointaines en puissent être encore connues? (…) A-t-on le droit de prendre des risques non mesurés et peut-être énormes au détriment éventuel des siècles à venir?(…) Est-on certain que l’optimisme officiel en matière d’énergie nucléaire soit justifié?(…) Fonçons toujours, les yeux fermés, sans souci des conséquences, et aussi, si possible, bien sûr, dans le secret, sans discussion publique, honnête et impartiale, au risque d’obérer gravement l’avenir, et pour des siècles peut-être. »

la révolution de l’orchidée

ophlup

Ophrys des Lupercales (O.lupercalis), Muntanya Gran, Catalunya, février 2011

« Elles ont bondi, comme ce que l’on aurait tenu trop longtemps serré dans un poing de pierre ou de glace. » (Philippe Jaccottet, Cahier de Verdure).
Guetter leur apparition chaque année à la lisière de l’hiver, comme vouloir s’assurer que le temps file encore un peu pour soi. Cette année je le crains les fleurs seront tachées de sang. Mais elles signaleront aussi peut-être comme jamais le dépliement du monde.

taxe de séjour

Autrefois, à la frontière, on roulait au pas, freiné par un vague sentiment de culpabilité devant l’imprévisible douanier, guettant sa main nonchalante qui dirait passez, passez. On mettait du temps à reprendre sa vitesse normale, lesté encore de l’émotion d’avoir franchi la ligne symbolique. On craignait que peut-être, trois kilomètres plus loin, un douanier nous rattrape après sa sieste, avec l’envie de mettre le coffre de la voiture sens dessus dessous au vu et au su d’autres automobilistes plus chanceux et rigolards. Maintenant, au col du Perthus, les douaniers sont partis. On a même détruit leurs guérites. L’immuable pyramide de Ricardo Bofill nous regarde foncer à 70 kilomètres par heure, les vitres baissées et l’autoradio à fond. Et rien ne ressemble plus au bitume catalan que le bitume français. Cette liberté apparente dessinée par la lisse uniformité des goudrons est un piège. Juste après avoir quitté l’Espagne la route descend en forte pente vers la plaine de Perpignan. On s’élance joyeusement vers elle en doublant la longue procession de camions qui s’attarde sur la file de droite et cache une signalisation parfois utile. Le ciel est menaçant mais qu’importe ! On se laisse entraîner en chantonnant tandis qu’un bref éclair dans le rétroviseur signale une petite note pas tout à fait dans le rythme. Les douaniers nous faisaient perdre un peu de temps. Celui qu’on gagne par leur absence peut finalement nous coûter assez cher.

s’y retrouver

colimaçon du colisée

Colisée, Rome, décembre 2010

La question du re-père ricoche ces jours-ci. A gauche par exemple : ne cherchez plus les leaders socialistes, ils sont à Mitterrand. Le chemin qu’on retrace du monarque quinze ans après sa disparition suscite de nouveaux élans. Puisqu’on ne sait pas écrire de pages vraiment inédites, on rajoute dans le même livre des épigrammes à n’en plus finir, spirales opalescentes autour d’un point qui perd en vérité ce qu’il gagne en mythe. On se fait l’écho de ce que sa fille qualifierait d’erreur de parcours (sa position dans la guerre d’Algérie), on s’étourdit surtout du rappel de ses avancées décisives (les radios libres, l’abolition de la peine de mort). Au passage, chacun ou presque revendique sa filiation. On se laisse fasciner par le dessin de ses propres volutes, comme des patineurs s’enivrent de leurs arabesques sur un lac gelé. Sauront-ils s’apercevoir à temps qu’ils tournent en rond et, surtout, que la lame de leurs patins creuse dangereusement la glace?

L’écrivain Alexandre Jardin revient lui aussi sur sa famille, de sang celle-là, en publiant un livre sur son grand-père Jean Jardin, directeur de cabinet du sombre Laval en 1942-43. Il fouille la dépouille dans une encre qui semblerait assez violente (je n’ai pas lu le bouquin), en profite pour régler ses comptes avec cet auteur de bluettes qu’il ne sera plus, promet-il. Dans La Grande Librairie, l’émission littéraire de France 5, Alexandre Jardin m’a laissé l’impression désagréable de surjouer l’homme malmené par ses racines. Une anti-fierté dont il se pare à l’excès et qui donne surtout envie de savoir quelle mouche l’a piqué soudain pour s’enticher d’un tel dolorisme.

L’époque a besoin de repères, soit. On a besoin de mémoire pour ne pas se perdre. Mais confier cette mémoire à des gens d’un contexte historique révolu et qui ne parleront plus, ressemble, dans le meilleur des cas, à un plaisir spéculatif aussi hasardeux qu’un jeu de grattage. Au pire, c’est un aveu mal déguisé d’immobilisme – face aux défis collectifs dans un cas, face à son chemin créatif dans l’autre.

avant la fin du monde

prairie

Crépuscule sur la lagune de Murighiol, Dobrodja, août 2010

 

L’année 2010 n’est pas encore achevée qu’elle brille déjà dans mes carnets comme l’une des plus bousculées. Pas la plus morose, pas la plus tragique, mais quand même bien compliquée à démêler : prises de risques, choix à opérer comme autant de renoncements semi-définitifs, incertitudes persistantes, idéaux ébréchés. Après une longue période faste, je vois moins, dans cette accumulation d’épreuves durables, l’acharnement d’un sorcier vengeur que l’affleurement d’une fragilité ancienne (le bras droit qui se tétanise d’inquiétude à l’instant du smash décisif) conjuguée aux conséquences en chaîne du désordre du monde : on voudrait rester fort quand nous ne sommes que l’un de ses innombrables maillons guettés par une corrosion hautement transmissible. Progresser aujourd’hui ne se fera plus guère sans une adaptation de haute lutte à des valeurs nouvelles, peu compatibles avec son matériau intime. Car ces difficultés trouvent pour une large part leur origine dans l’évidement général du cœur, celui-là même qui fait tambouriner la rue tous ces jours : comment s’arranger avec la fatuité, le cynisme et l’arrogance qui président aux décisions de là-haut ?

Sous ces climats dissuasifs, manœuvrer sa petite barque est moins simple. Les deux mois qui restent n’inverseront certainement pas le courant annuel. Les jours raccourcissant à la vitesse d’un dernier vol d’hirondelles, certaines zones d’ombre ne seront pas élucidées à temps, mais le recours à la philosophie, la recherche d’une poésie nouvelle entre la réalité et ses faux éclats aideront peut-être à changer la couleur de quelques heures. Une amie confiait hier qu’elle cherchait sa dose d’endorphine. C’est un peu ça, le message à prendre : trouver au milieu du vacarme sa molécule cacaotée, débusquer le verbe qui fait pétiller la lèvre, inventer la caresse qui redresse un épi qu’on croyait fauché. C’est ici peut-être qu’il faut investir son supplément de flamme, dans l’ardeur babillarde d’une nouvelle rencontre, dans un projet créatif qui creuse l’âme et remplit l’âtre. Quand l’horizon rétrécit, les rapports d’échelle s’en trouvent modifiés. Nos vies resteront minuscules (et c’est sans doute le plus dur à admettre au fil des ans), mais on sort toujours grandi de joies, d’aventures réinventées. Si 2010 est une année de deuils, puisse-t-elle être aussi celle de renaissances. Ce qui grandira dans nos mains l’an prochain nous dira alors si ces longs mois de sang avaient aussi porté du sens.

post manifs

fanions

Oltina, Dobrodja, août 2010

La rue a ravitaillé les poitrines de courage, d’un semblant de force. Le soleil a disposé des idées neuves. On a passé un bon moment tous ensemble, l’espoir s’est taillé un boulevard, à la force des scansions, à la forge des tambours. Et l’année prochaine ? Que va-t-il rester de ces combats, de ces fêtes, de ces engagements dans les indécidables mouvements du monde ? Une mélodie qui grésille dans le transistor vintage de l’automne, la viscosité du silence juste après. Les saisons vont encore tourner sans nous. On voudrait courir sans cesse l’un vers l’autre, pour se parler bouche à bouche pendant des heures, à la recherche de sa vérité d’être, comme ce matin-là. Mais la danse qu’on joue là-haut retient nos pas comme la nuit tient les montagnes serrées aux cols. Quand bien même on nous prête un pinceau, changer la couleur du grillage n’a jamais enlevé les grillages.

quelques menues pensées sur le temps qui passe

plagette

L’Estartit, Catalunya, avril 2010

J’ai beau compter dans tous les sens, j’ai bien 43 ans ce matin. Mine de rien j’ai dépassé la moitié de ma vie et ma jeunesse est condamnée à un exil atroce. Qu’ai-je fait de tout ce temps ? Je n’ai pas le temps de chercher la réponse.

Il faut avoir du temps devant soi pour écrire pleinement sur la vie pleine. Mais quand la vie déborde, il n’est plus temps d’écrire. Ecrire, ce n’est pas vivre. Et je m’en plains.

Je reçois depuis plusieurs jours des spams de l’office de tourisme de Tahiti. Ses plages, ses palmiers, ses vahinés me tendent les bras. J’aimerais voler à leur secours, malheureusement d’autres affaires encore plus graves que l’isolement tropical me retiennent ici. Quelqu’un se dévoue ?

Il faudrait accepter le destin comme le prix à payer d’une vie aussi belle qu’aléatoire. On ne prend pas moins de risques à l’acheter en solde.

J’aurai beau compter dans tous les sens demain, j’aurai encore à peu près le même âge. Je vais tâcher de renouveler l’expérience régulièrement pour entretenir ma mémoire de la vie. Je devine déjà qu’il y aura un âge où je ne saurai plus trop compter. On ne peut pas compter sur le temps très longtemps.

La nature est bien faite : le temps efface jusqu’à notre mémoire pour ne plus avoir à affronter la nostalgie.

« La nostalgie que je ressens n’appartient ni au passé ni au futur » : en cherchant encore un peu, Fernando Pessoa aurait pu inventer la machine à arrêter le temps s’il n’était pas mort à 47 ans.

zakhor (souviens-toi)

Le besoin de se souvenir semble surgir à l’improviste. Le présent nous presse soudain de tester la gravité du passé. Et voilà que ce passé glisse entre ses pages quelques feuillets d’ombre qu’aucun effort n’élucidera tout à fait. Pourtant, à prendre le temps de fouiller entre ses racines, on enrichit le terreau d’un nouvel oxygène. Gratter les bulbes d’hier ne nous guérit pas des béances de demain mais donne au présent un air moins suffocant. Nous ne saurons jamais tout à fait qui nous sommes, mais au moins apprend-on à vivre avec cette part d’ignorance, dans la lumière bleutée de ceux qui nous ont porté l’amour.

J’ai retrouvé l’écrivain Frédéric Brun ce matin dans un café à Grenoble, en face du lycée Champollion. Nous avons parlé de cette mémoire à restaurer pour mieux la transmettre, mémoire à raccorder comme un précieux guide-chant. Nous avons détramé son nouveau livre, Une Prière pour Nacha, dernière quête d’une émouvante trilogie consacrée aux figures tutélaires de l’auteur. Après Perla (sur sa mère), le Roman de Jean (son père), Une Prière pour Nacha esquisse le portrait de sa tante, rescapée d’Auschwitz, que la maladie d’Alzheimer confine au silence. En rassemblant les pièces de la mémoire de Nacha, Frédéric Brun se découvre des origines juives qu’on lui a toujours tues. Le miroir que le passé lui tend n’a plus tout à fait le même reflet, mais les rides au coin des yeux s’accrochent à une nouvelle envie d’être et d’offrir. Au-delà des secrets, au-delà du mystère de Dieu.

lumiere-2

Florence, janvier 2010

la redescente

L’impression dominante d’une soirée électorale en 2010 : l’incapacité maladive des politiques à reconnaître leur défaite collective, face à une abstention record et à une bête qui reprend de son poil. C’est comme si rien n’y avait fait depuis nos premiers cris d’orfraie et nos banderoles lycéennes. Nous revoilà vingt ans en arrière : les discours officiels et les leçons de civisme n’en mènent pas large face à l’inaction complaisante et aux combines égotiques. Alors, nous avions le père, voici la fille. Parce qu’il y a de quoi ne plus croire en rien sinon qu’au pire, et tant qu’à faire, avec un horizon dominé par les toits rouillés du chômage de masse, des banlieues toujours sur la brèche, des problèmes d’écologie et de nature toujours plus graves, une dette toujours plus record qui obère l’avenir de nos acquis toujours moins sociaux… N’y a-t-il pas là tous les pires arguments réunis (mais comment pourraient-ils ne pas l’être?) pour se décider enfin à faire autre chose que de la pipolitique, à gouverner autrement qu’en niant les autres, à s’emparer du courage d’aimer chacun, à refuser la fatalité de la fatuité?

pullover

Lisbonne, décembre 2006

chatroulette, l’expérience random

Bon, moi aussi, je suis allé voir si je n’y étais pas. Chatroulette, le dernier truc à la mode sur Internet, c’est un site qui permet de communiquer via la webcam avec des gens du monde entier dont on ne soupçonnait pas l’existence. Une sorte de messagerie instantanée en mode zapping, où le hasard vous connecte à de bons et de mauvais numéros. En deux fois une heure de temps, j’ai réussi à faire le tour de la planète. Un voyage à moindre frais, à condition d’accepter le prix de la futilité : on se regarde dans le blanc des yeux, et même souvent directement entre les jambes, on se salue ou on s’insulte gratuitement, on se zappe, on discute parfois, et ça ne va pas tellement plus loin. C’est l’intrusion curieuse érigée en principe de communication :  ça n’est d’autant pas un réseau social que le site plante régulièrement, et qu’il est impossible de rattraper une discussion sitôt que l’écran de saisie ou l’image se bloque. C’est ainsi qu’un joli sourire finlandais s’est figé à jamais dans le petit carré vidéo au moment où les présentations s’affinaient : la vie est cruelle et la technologie précaire de chatroulette vous l’assène à sa manière.

Parmi les événements remarquables (tout est relatif), j’ai pu papoter avec deux étudiants chinois, l’un de Pékin l’autre de Shinzu, qui semblaient s’accrocher à Internet comme à une bouée de sauvetage. Le premier se désolait d’un gouvernement qui continue de sacrifier l’environnement ( « On ne peut plus boire l’eau du robinet ») et le social ( « les pauvres se pressent aux portes des villes, déracinés ») pour du profit si peu communiste… L’autre espérait bien se sauver pour s’établir en France, tant qu’à faire. Un peu plus loin, un étudiant en journalisme brésilien soutient que Lula est, je cite, « un hypocrite au double langage », qui, je re-cite, « ne fait pas tant pour les pauvres que pour les riches ».  Au rayon politico-schizo, je suis tombé sur un garçon qui s’est d’abord fait passer pour un Israélien avant de m’avouer qu’il était de Tunis : « Je m’appelle Wassouf. Je fais croire pour tester les gens. Fuck off Israël, vive Allah. » A moins que ce ne soit l’inverse?

chatroulette

De temps en temps, Chatroulette fait peur. Ici, un Américain du New Hampshire exhibait ses deux mitraillettes, posées sur le lit derrière lui : « Elles te plaisent? C’est de sacrés joujous hein… Non non, ce sont les jouets de mes gosses. » Avant de zapper ma mine circonspecte. Là un couple d’homosexuels australiens s’emmerdait grave sous le ventilo, la bière à la main. Ils m’ont proposé de faire ça « à trois » : « T’as une bonne tête, tu nous la montres? On n’a jamais vu une queue de Français ». Des sexes, on en voit passer une fois sur trois en moyenne. De toutes les tailles, de toutes les couleurs : Benetton avait déjà fait ça, en plus classe. Exhibitionnistes tête de noeud qu’on voit même parfois forniquer, le plus souvent doggy style d’ailleurs. Les autres semblent s’ennuyer et se morfondre, surtout les plus jeunes à casquette : il ne reste qu’à espérer que Chatroulette ne soit pas un trop fidèle miroir du monde.

la beau diversité

libellule

Patagonia Lake, Arizona, juillet 2009

Voilà, c’est l’année de la biodiversité. L’année où l’on va essayer de montrer qu’on se préoccupe des êtres vivants sur Terre. La biodiversité, un drôle de mot qui veut dire le coeur de la planète, sa beauté, ses mouvements, ses couleurs, ses parfums, ses paysages, son ballet frénétique d’aventures et de mystères. Tout ce qui enchante et nourrit l’âme comme le corps, tout ce qui nous fait dire « Oh c’est beau! » ailleurs que devant les images de synthèse de la jungle d’Avatar. La biodiversité, c’est le fondement de la Terre. Sa richesse ultime, celle que les marchés n’ont pas quantifiée (enfin, si, la « seule » perte des insectes pollinisateurs est évaluée à 150 000 000 000 de dollars par an). Son essence même, qui échappe encore à la conscience des prophètes utilitaristes. L’ONU a choisi de faire de 2010 l’année de la biodiversité parce qu’on s’est aperçu, juste un peu trop tard, que nos campagnes se vident, que tous nos rivages se ressemblent, que nos forêts se taisent.

Mais qui est ce « on », qui s’en est aperçu réellement? Vous? Nous? Mais non, nous avons autre chose à faire que de compter les hirondelles dans le ciel de mai et d’aller cueillir les cèpes dans la chênaie. Le temps libre qu’on nous cède, c’est pour calculer et recalculer le budget de la famille pour le mois en cours, s’affaler devant la téloche après deux plombes dans une bétaillère malodorante, au mieux griffonner ses états d’âme sur son blog. L’alerte nous est donnée en continu par les associations naturalistes. En leur sein, des gens passionnés par la beauté du vivant arpentent les bois et scrutent les jardins. Ils s’émeuvent des dégâts d’un nouveau bétonnage, comparent avec désolation leurs carnets de notes au fil du temps et s’efforcent d’interpeler les décideurs avec leurs petits poings pas très musclés . Ces gens n’appartiennent ni à l’UMP ni au PS, ne s’aveuglent pas de théories, ils observent, écoutent, constatent, par tous temps, avec désormais la peur au ventre plus que le baume au coeur. Chaque jour apporte au naturaliste son lot de misères nouvelles : une haie qu’on déchiquète, un marais qu’on assèche, une autoroute qu’on élargit, tous ces gestes répétés depuis les années 1950 et dont on sait qu’ils ne produisent pas le bonheur qu’on n’a cessé de nous promettre. Il faut rendre hommage à ces gens pour leur investissement permanent, soutenir leurs efforts, aussi minimes soient-ils, quand ils essaient de recreuser une mare (une petite étendue d’eau pleine de rainettes et de tritons, si possible) ou d’installer des nichoirs pour les chouettes (un oiseau qui fait houuuu la nuit). Adhérez à la LPO, faites un don aux associations locales et participez à ce qu’elles font, à votre petite mesure, votre énergie sera toujours la bienvenue.

L’année de la biodiversité donne l’occasion de faire des beaux discours plein de lyrisme, d’ébaucher des tentatives d’accords, peut-être d’initier quelques projets ici et là. Il y a des gens, comme Angela Merkel, qui préviennent déjà qu’il ne sera pas possible d’enrayer la perte du vivant. C’est un aveu de réalisme et d’impuissance, c’est aussi du fatalisme qui donne quitus à la machine infernale. Celle-ci engendrerait une destruction des espèces mille fois plus rapide que la disparition naturellement programmée par le cycle des vies. Je n’ai pas le recul de Noé pour juger de la vérité de cette assertion mais oui, la pie-grièche et le courlis que je voyais encore nicher aux portes de Grenoble au début des années 1980 ont cédé leurs plumes à des zones industrielles inhumaines, où l’on paie mal des salariés qui dépriment dans leur openspace concentrationnaire. De là à vous dire que la crise de la biodiversité est aussi la crise de l’Homme…

Une jolie note de Laurent Dingli pour trouver des arguments face aux biosceptiques.

copenhague’s opening

dune elim

Vers Sesriem, Namibie, juillet 2003

Que va-t-il germer de là-bas ? A quels esprits arides les bonnes volontés devront-elles faire face ?

Quelles que soient les spéculations autour de la responsabilité humaine du dérèglement climatique, le sujet du réchauffement reste fascinant à disséquer. Il nous rappelle la dimension finie de la Terre et révèle à la portée de tous l’intrication profonde de tous les phénomènes qui la traversent, depuis les suicides au bureau jusqu’à la déforestation programmée de la Papouasie. Par Copenhague et les médias qui s’en font l’écho, la Terre s’affiche enfin telle qu’en elle-même dans l’esprit de chacun : un objet cosmique indépassable et cependant vulnérable, aux équilibres non cessibles, pourvoyeur de richesses infiniment supérieures à celles que traduit le PIB.

Nous voilà face à nos responsabilités. Chaque pays pourrait repartir de Copenhague aussi gaiement schizophrène qu’il était arrivé, avec ses chiffres, ses promesses de don, son petit pourcentage autorisé et ses projets de plantations de palmiers à huile ou de port méthanier encore intacts. J’ose espérer que cet énième sommet pousse plus haut l’envie de partager unanimement une seule et même vérité : la vie est le miracle de l’univers.  Qu’elle est à célébrer sans attendre, sous toutes ses formes, par nous tous, collemboles, primevères et orangs-outans, et par tous ceux qui viendront s’asseoir sur la colline après nous.

quelques émotions de la semaine en attendant la suivante

Le Vilain est un film au relief modeste qui emporte l’adhésion grâce à quelques épisodes particulièrement déjantés et emballés dans la musique délicieuse de Ray Conniff et des Trashmen. Merci Albert Dupontel, pour les poilades, et surtout pour cette scène du faux grabataire miraculé qui m’a plié en douze sur mon siège. J’attends maintenant de vous un film trash et radical porté de bout en bout par votre folie larvée, et qui refuserait la moindre concession au grand public. Un Bernie junkie, sans Catherine Frot, ce serait le rêve.

Vincent Delerm à Grenoble, jeudi soir, au Grand Théâtre de la MC2, quoi qu’on pense des capacités vocales du garçon (on se gausse bien de ce qu’on veut, mais c’est souvent parce qu’on est incapable de cerner le propos d’un artiste), c’était superbe. Un décor de vieux cinéma, où se pressent les fantômes de Tati, Truffaut, Woody Allen et autres Lelouch, et qui permet à Delerm d’égréner ses vignettes scénaristiques en forme de chansons aux mélodies ciselées et aussi d’interpréter quelques drolatiques saynètes. Coup de chance, j’ai pu lui tenir la causette cinq minutes après le concert, nous avons évoqué Jean Rochefort, le chant du pouillot fitis et nous sommes restés dans une interrogation partagée : qui a dit « Le cinéma c’est la vie »?

L’écrivain et scénariste François Bon a consacré une note à ma trajectoire bloguesque sur son tellement indispensable site, le Tiers-Livre. C’est très touchant, de se savoir lu à la fois par des pseudos sans visage et en même temps par des gens dont on est particulièrement admiratif. On n’imagine jamais qui on peut atteindre quand on poste ses petites notes. La magie du réseau sensible, ténue et donc d’autant plus précieuse.

destins brouillés

assisToroella de Montgri, Catalunya, septembre 2009

L’Espagne a légalisé la situation de plus de 700 000 sans-papiers à partir du début des années 2000 : des hommes et des femmes d’Afrique du Nord et de l’Ouest, arrivés dès l’entrée du pays dans l’Union européenne (1986), employés de manière clandestine pour la cueillette des fruits notamment. Ce geste généreux s’est révélé surtout économique : il s’agissait d’augmenter les recettes fiscales en luttant contre le travail au noir. Il a aussi créé un nouvel appel d’espoir parmi les immigrés clandestins, obligeant le Gouvernement de Zapatero à infléchir considérablement sa politique. En Catalogne, où le nationalisme a bondi, les réactions hostiles aux étrangers se sont multipliées. La crise économique actuelle, qui pourrait priver de travail plus de 4 millions d’Espagnols d’ici la mi-2010,  risque de durcir encore la donne.

façades à ravaler

dameToroella de Montgri, Catalunya, septembre 2009

Ils ont assisté au gigantesque saccage, se sont rendus complices du drame, grisés par les richesses promises à grands frais. Il aurait suffi de peindre le bord de mer en blanc béton pour faire jaillir tout l’or du monde. Maintenant ils vieillissent plus pauvres qu’ils ne l’étaient à leur naissance, dépossédés de la terre que leur avaient léguée leurs ancêtres, avec pour seule ligne d’horizon la ligne de crédit de leurs enfants et petits-enfants.

On a construit trop de châteaux en Espagne. Et ceux qui les vendent, hier sans foi ni chapelle, n’ont plus d’autre choix aujourd’hui que de se cramponner au miracle. Dans les moindres pueblos tout emmêlés de lignes électriques et encombrés de poubelles, le prix des appartements neufs continue de flamber. Mais le prix n’obéit plus à la loi de l’offre et de la demande. C’est le prix du mirage : la moitié de ce qu’on a bâti l’année dernière ne trouve toujours pas preneur.

danse avec les morts

Un blog qui naît avec l’annonce de la disparition de René Morizur (sans e, 7sur7), l’un des piliers du groupe proto-punk les Musclés, est-ce bon signe? En tous cas, je ne pouvais pas faire l’impasse sur l’info, même si je ne pensais pas tellement à lui ces dernières décennies (et à mon corps défendant : c’est pas  la merguez party tous les jours dans mon village subalpin). A constater l’épaisse couverture cybermédiatique de l’événement, le gentil musicien-comédien, ex-souffleur de cuivres pour Johnny Hallyday dans les années 1970, disposait d’un capital sympathie au-delà de ce que sa discrétion et son génie laissaient prévoir. Avec des titres à l’avenant, qui ne reflètent pas la bonne humeur communicative du combo dans lequel il officiait. Jugez plutôt :

« René est mort », titre avec un sarcasme feutré Paperblog.

« Mort du M. lettré des Musclés », apprend-on chez 20minutes.fr.

« LE René des Musclés de Dorothée est mort… », appuie Yahoo News, avec les pompeux points de suspension.

Je n’ai pas eu le temps de feuilleter Libé, mais je soupçonne le quotidien d’avoir oublié de titrer « Le neurone des Musclés disparaît », en petite forme qu’ils sont depuis quelques temps. A l’avenir, je leur propose de venir puiser ici leurs calembours pour annoncer les prochaines disparitions d’artistes sexagénaires :

Sardou dessoude

Adieu Mitchell

Lenorman débarqué

Robert plante

Jimmy tourne la Page

Partie Smith

Forever Young

Daltrey détale

(la suite sur devis).

Je reconnais bien volontiers qu’il n’est pas facile d’opérer dans la dérision avec les morts. Mais doit-on toujours s’en tenir à nos seules larmes pour saluer la mémoire d’un défunt? René mort, c’est sûr, il reste à se réjouir de l’oeuvre sautillante qu’il nous a léguée.  Avec une pensée émue pour Mort Schuman, disparu depuis 18 ans déjà, qui a facilité dès sa naissance le travail de tous ses heureux nécrophiles.