Archive pour décembre, 2010

Noël aux Balkans, Pâques aux jambons

cochon-2
Moldovita, Bucovine, juillet 2010
On ne boudine pas avec l’amour, alors merci ! Merci à vous, fidèles du pâté de maison, qui m’avez accompagné de port en porc tout au long de ces douze derniers mois. Merci aussi aux mécréants tire-bouchonnés, aux kafirs à gros groin, aux ingénues saucisses, aux dissidents de la bauge et aux odorantes andouillettes, puisqu’il faut de tout pour faire une (belle) terrine. Je vous souhaite à tous d’heureuses festivités prandiales. Pensez à prier le saindoux pour les mésanges. Et rendez-vous en 2011 pour d’autres salaisons.

comptoir de la mélancolie (I)

monsieur
 Pondichéry, Tamil Nadu, juillet 2008
Dans la lumière tremblante de notre urbanité stressée, se souvenir de tous ces gens lentement massés sur les contours du golfe du Bengale, en quête de quelque chose, oui, mais quoi, le regard un peu lointain, les traits figés, comme des prisonniers face à un ultime et insurmontable rempart. J’avais oublié, à l’époque d’Avant La Lettre, de vous proposer cette série d’images. Un peu vaines, un peu languides, mais assez fidèles, finalement, à l’ambiance du bord de mer de Pondichéry.

avant le silence

berger
Monts Macin, Dobrodja, août 2010
Des paysages, des ambiances irremplaçables. Une longue mélodie descendante, qui résonnait dans le cirque montagneux empourpré du soir. J’entends encore le sifflet mélancolique de ce berger. J’aurais bien voulu le connaître, le comprendre, partager sa vie ne fût-ce qu’un instant. J’ai toujours la conviction que de tels personnages, de condition si humble, si loin de nos bruits quotidiens, savent, ressentent, font quelque chose que les plus éclatants destins ne peuvent atteindre.

la dernière compagnie

bucarest
Bucarest, juillet 2010
« Je perdrai tout sauf le souvenir de ces journées éclatantes où la vie emprisonnait avec fermeté la fleur caudale et humaine d’une émotion ambiguë et inexprimable que chacun de nous conçoit comme le bonheur. » (Elégie, Felipe Reyes)

aux dernières nouvelles

bucovine
Moldovita, Bucovine, aout 2010
Le jour passe. Comme une lettre à la poste. Restante. Tout se tient, tout est ferme et clair. Comme l’absence. Longues heures lumineuses, tressées d’espoir, de mouches et de lin. J’écoute la parole de l’air grésiller au bout des doigts. J’écris pour traverser les transparences. Je griffonne, les pages s’agrègent; et bientôt les mots se nouent seuls aux lignes parallèles. Orbes, déliés, points : le coeur ne plie pas. Je vous attends dans l’inlassable élan de l’encre.

délibérations

grillage
Viscri, Transylvanie, août 2010

Photographier, c’est écrire. Ou plutôt heurter le vide avec une écriture silencieuse. Une écriture qui ne dit rien, qui laisse voir ce que d’ordinaire nos yeux cachent à nous-mêmes. Et parfois la photographie que l’autre garde de nous, au détour d’un sourire jeté là devant un canard laqué, réécrit à notre insu un bout de notre vie.

C’était fini, je l’avais décrété. J’étais libéré d’une passion impossible à éteindre. Et peu à peu ma liberté me poussait dans la geôle d’un souvenir impossible à étreindre.

Je tiens l’hiver pour être plus bienveillant que l’été. Ses nuages font un manteau épais pour nos épaules, la neige écrit nos pas. La forêt de l’hiver n’est pas muette : elle prend le temps d’écouter nos histoires croustillantes sur ses brindilles complètement givrées. Et si son froid pique, c’est tant mieux : il éperonne l’idée qu’un printemps est toujours à naître.

On se dit pour se consoler qu’on a échappé miraculeusement à cette mangeuse d’hommes, qu’au fond nous n’aurions été qu’un amas de chair de plus, testé, consigné, étiqueté et stocké dans un long registre.  Et puis vient le soir où elle tombe en panne de gaz, son frigo est vide, la pizzeria d’en face est fermée. Seul dans le quartier, on se ravise. On se prend presque à espérer le coup de fil qui dira que peut-être vient enfin notre tour. Pour elle on a dressé la table avec les couverts en argent, carafé un vin joyeux, mis à mijoter le meilleur de soi. La soirée se passe sous la pendule et le lendemain les journaux font leurs choux gras de cette fille qui s’est laissé mourir de faim.
 

vag(in)ale

sable
L’Estartit, Catalunya, octobre 2010
« Ce petit lieu que tu as, mon bel ange, entre les jambes, ce lieu si intime et chéri, est un lieu commun. Tant il est cité et visité. Enfin, peu m’importe: je l’aime de toute façon. Mais une chose m’intrigue. Comment une terre si étroite peut-elle être partagée entre une foule si nombreuse? Quels statuts réglementent un tel prodige? » (Prosema o menos, Angel Gonzalez)

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