Archive pour mars, 2010

pandore

punaise
Spilosthetus pandurus sur Taraxacum officinale, Gorges du Verdon, mai 2009
L’insecte s’acharne sur la fleur, beaucoup, sans nostalgie, poussé aux ailes par l’urgence d’un court printemps. Il ne s’encombre pas de connaître le latin des choses pour croquer les jardins. Alors que nous, nous avons tout étiqueté dans la langue morte, pris le soin de tout mesurer jusqu’au moindre collembole avant d’arracher les ailes et les pétales. Nous avons aussi dessiné la Croix du Sud, le Toucan, le Centaure au-dessus des jardins de Sumatra. C’est parce qu’il fallait baliser le désert de nos nuits, tracer un sens dans l’encre australe. Nous avons tenté d’avancer, patiemment, dans le clignotement des saisons, leur lumière et leur envers apprivoisés. Mais on dirait que ça n’a pas suffi.

chants à la hune

mats
San Francisco, août 2009
Sonnez haubans, résonnez garcettes ! J’aime entendre le chant des gréements qu’agite le vent côtier. Souvenirs de parties de pêche sous avril fasseyant, blottis au port. Cloches tubulaires, tintinnabulant dans la tramontane. Drailles et drisses à l’avenant. Nos étais hors saison. Gling-gling. Vêpres de la Passion. C’était un peu d’ennui, ouvert au ciel musical. Des voyages délassés, vides de voiles, cherchant le cap ultime dans des rêves intangibles. Quand nos coeurs restent amarrés sous la ligne de mouillage, au moins l’espar fait vivre!

point de fuite

feurouge
New York City, août 2009

Fuite : « On ne fuit jamais assez loin et on ne se fuit jamais assez longtemps! Car toujours vous rejoint l’inadmissible. » (Victor-Lévy Beaulieu)

Importante fuite de méthane dans l'Océan arctique. 
Fuite de mémoire : Affection touchant certains systèmes d’exploitation, à la fin d’un processus, voyant le système incapable de libérer la mémoire.

Exemple de symptôme de la fuite : « L’environnement, ça commence à bien faire. » (Nicolas Sarkozy)

on y est

scille

Scille à deux feuilles (Scilla bifolia), Saint-Ismier, 20 mars 2010

Le temps écarte peu à peu les aiguilles de ses bras sur le théâtre. La grande œuvre s’élabore, dans la douce hâte du pigment et de la sève. Il était urgent de réinventer :  les pinceaux givraient comme nos cils, les huiles n’irisaient plus que les rêves du tiroir. Ce matin le bosquet instille sa vigueur en prébendes sonnantes : d’un merle à l’alouette, c’est la confusion des langues, l’épithète aiguisé qu’on se repasse, à tue-tête forcément. L’impassible flamme créatrice ne consentira aucune trêve. Il n’y a plus qu’à se jeter dans le tumulte utérin et presser ses verts accords jusqu’à la dernière goutte.

la redescente

L’impression dominante d’une soirée électorale en 2010 : l’incapacité maladive des politiques à reconnaître leur défaite collective, face à une abstention record et à une bête qui reprend de son poil. C’est comme si rien n’y avait fait depuis nos premiers cris d’orfraie et nos banderoles lycéennes. Nous revoilà vingt ans en arrière : les discours officiels et les leçons de civisme n’en mènent pas large face à l’inaction complaisante et aux combines égotiques. Alors, nous avions le père, voici la fille. Parce qu’il y a de quoi ne plus croire en rien sinon qu’au pire, et tant qu’à faire, avec un horizon dominé par les toits rouillés du chômage de masse, des banlieues toujours sur la brèche, des problèmes d’écologie et de nature toujours plus graves, une dette toujours plus record qui obère l’avenir de nos acquis toujours moins sociaux… N’y a-t-il pas là tous les pires arguments réunis (mais comment pourraient-ils ne pas l’être?) pour se décider enfin à faire autre chose que de la pipolitique, à gouverner autrement qu’en niant les autres, à s’emparer du courage d’aimer chacun, à refuser la fatalité de la fatuité? pullover
Lisbonne, décembre 2006

l’ennui américain (#3)

l'enfant
Patagonia, Arizona, juillet 2009
Une petite ville assommée de soleil, à quelques kilomètres du Mexique. Les habitants, presque invisibles, ont évité la désolation en repeignant les maisons de couleurs vives mais le coeur n’est pas tout à fait au partage. Au drugstore, un touriste curieux fait l’attraction devant un bocal de tripes séchées : « Vous voulez goûtez ça, vous êtes sûr? », s’étonne la jeune caissière piercée de partout. « C’est très local. Je ne vous dirai pas comment c’est fait, vous n’auriez plus faim pendant une semaine. » Les frontières ne sont jamais des lieux de joie : on y passe plus vite que le vent,  même les ombres ne s’y attardent pas. Comment peut-on survivre ici sans rêver d’ailleurs? En grimpant sur la colline peut-être. De là haut, vers l’horizon, l’infini mur gris qui sépare les deux pays suggère qu’on est peut-être encore du bon côté.

l’ennui américain (#1)

cowboy
Tombstone, Arizona, juillet 2009
L’ennui à trois heures vingt de l’après-midi. Lumière implacable, qui s’abat sans nuance. Chaleur écrasante, poussiéreuse jusqu’au fond de la gorge. Rien n’arrive, ni d’en haut ni de loin ni d’ailleurs. L’attente de rien est la seule chose qui vaille de vivre encore un peu.

room service

Bam ! Ma carlingue sous la neige se prend un retour d’est à vingt-trois heures quarante-sept. On dirait que le printemps va se jouer dans un mouchoir. Des cœurs vont crever d’un froid tardif : Pâques aux trahisons, avril sans coup de fil, j’ai peur de ça. Ton visage apparaît dans le temps qui glace, je te rejoins mais la bise t’efface. Péril à la périphérie de la ville : j’ai raté tes courbes, c’est invivable en marge de toi. Je tourne un film d’ex en roue libre. Dans le grand blanc je me débats. Je virevolte, je fais ma révolution désoeuvrée. Mon branle-bas de combat. On annonce des congères sur l’ascète et je ne suis pas taillé pour briller en solitaire. Alors les yeux fermés je remonte vers ton ventre capital, j’assiège ton capitole. Et à la foire d’empoigne, je prends ta place d’assaut. carrousel
Freydières, Isère, décembre 2007.

offrande

ophrys
Ophrys des Lupercales (Ophrys lupercalis), Gran Muntanya, L’Estartit,  Catalunya, février 2010
L’expressivité presque animale des Orchidées les écarte des autres fleurs. Celle-ci, la première Ophrys de l’année, semblait chuchoter coucou, me voilà. Hirsute, à peine réveillée par les tiédeurs, elle se comparait à la mouche qui viendrait tantôt lui voler sa semence. Sa tête inclinée dodelinait presque au doux vent d’ouest. Il n’y pas deux spécimens pareils, à tel point que l’on voudrait se pencher sur chacune d’elles pour toutes les dévisager. Chose ardue quand la garrigue fleurit de vagues d’elles, mais au moins sait-on grâce à ces fleurs que la monotonie du paysage méditerranéen n’est qu’apparente. On pourrait se donner la peine de fouiller au-delà de l’impression, s’offrir ce sentiment de déférence vers chaque être. Et alors la symphonie du vivant ne saurait être moins lyrique que par les notes d’affection que nous sommes prêts à signer sur sa partition. [L’Ophrys des Lupercales est la première Ophrys à consteller le maquis catalan, mais la Barlie de Robert, une autre Orchidée de la famille des Himantoglossum, la précède de quelques semaines. Viendront se joindre à elles, pour ne citer que les plus courantes et par ordre d’apparition, l’Ophrys en forme d’Araignée, l’Ophrys de la Passion, la magnifique Ophrys Frelon et enfin l’Ophrys Abeille.]

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