Archive pour février, 2010

répandre

paquerettes
Muntanya Gran, L’Estartit, Catalunya, février 2010
Pour capter le rire de ces fleurs, je me suis couché de tout mon long contre la terre. Je l’ai sentie bouger sous moi : chaleur accueillante, rondeur remuante de galets et pleine d’odeurs. Chaque frisson provoqué par mes mouvements s’amplifiait avec la caresse du vent. Ivre de douceur, j’ai prolongé ce contact bien au-delà du temps nécessaire à la prise de vue. Cette sensation m’a rappelé l’idée de Spéranza, la terre fécondée par le Robinson de Michel Tournier, dans Vendredi ou Les Limbes du Pacifique. Une première étreinte, panthéiste, qui doit en appeler d’autres : « Apporte à ta chair un peu plus de couleur et d’ardeur », écrivait André Gide à Nathanaël, dans les Nourritures Terrestres. Tant de cordiales corolles ont des corollaires. Boire de sa propre soif le lait miellé que le matin nous verse.  Accomplir chaque jour les actes de notre vie comme un enlacement inlassable. Accepter le destin dans sa sensualité la plus offerte. Féconder doucement l’avenir avant qu’il ne file trop vite. Et dans le reflet de ses yeux, s’étonner davantage de vivre. Les leçons du printemps à naître ?

chatroulette, l’expérience random

Bon, moi aussi, je suis allé voir si je n’y étais pas. Chatroulette, le dernier truc à la mode sur Internet, c’est un site qui permet de communiquer via la webcam avec des gens du monde entier dont on ne soupçonnait pas l’existence. Une sorte de messagerie instantanée en mode zapping, où le hasard vous connecte à de bons et de mauvais numéros. En deux fois une heure de temps, j’ai réussi à faire le tour de la planète. Un voyage à moindre frais, à condition d’accepter le prix de la futilité : on se regarde dans le blanc des yeux, et même souvent directement entre les jambes, on se salue ou on s’insulte gratuitement, on se zappe, on discute parfois, et ça ne va pas tellement plus loin. C’est l’intrusion curieuse érigée en principe de communication :  ça n’est d’autant pas un réseau social que le site plante régulièrement, et qu’il est impossible de rattraper une discussion sitôt que l’écran de saisie ou l’image se bloque. C’est ainsi qu’un joli sourire finlandais s’est figé à jamais dans le petit carré vidéo au moment où les présentations s’affinaient : la vie est cruelle et la technologie précaire de chatroulette vous l’assène à sa manière. Parmi les événements remarquables (tout est relatif), j’ai pu papoter avec deux étudiants chinois, l’un de Pékin l’autre de Shinzu, qui semblaient s’accrocher à Internet comme à une bouée de sauvetage. Le premier se désolait d’un gouvernement qui continue de sacrifier l’environnement ( « On ne peut plus boire l’eau du robinet ») et le social ( « les pauvres se pressent aux portes des villes, déracinés ») pour du profit si peu communiste… L’autre espérait bien se sauver pour s’établir en France, tant qu’à faire. Un peu plus loin, un étudiant en journalisme brésilien soutient que Lula est, je cite, « un hypocrite au double langage », qui, je re-cite, « ne fait pas tant pour les pauvres que pour les riches ».  Au rayon politico-schizo, je suis tombé sur un garçon qui s’est d’abord fait passer pour un Israélien avant de m’avouer qu’il était de Tunis : « Je m’appelle Wassouf. Je fais croire pour tester les gens. Fuck off Israël, vive Allah. » A moins que ce ne soit l’inverse? chatroulette De temps en temps, Chatroulette fait peur. Ici, un Américain du New Hampshire exhibait ses deux mitraillettes, posées sur le lit derrière lui : « Elles te plaisent? C’est de sacrés joujous hein… Non non, ce sont les jouets de mes gosses. » Avant de zapper ma mine circonspecte. Là un couple d’homosexuels australiens s’emmerdait grave sous le ventilo, la bière à la main. Ils m’ont proposé de faire ça « à trois » : « T’as une bonne tête, tu nous la montres? On n’a jamais vu une queue de Français ». Des sexes, on en voit passer une fois sur trois en moyenne. De toutes les tailles, de toutes les couleurs : Benetton avait déjà fait ça, en plus classe. Exhibitionnistes tête de noeud qu’on voit même parfois forniquer, le plus souvent doggy style d’ailleurs. Les autres semblent s’ennuyer et se morfondre, surtout les plus jeunes à casquette : il ne reste qu’à espérer que Chatroulette ne soit pas un trop fidèle miroir du monde.

lumière à l’épreuve

foulque macroule près de son île
Réserve naturelle des Aiguamolls d’Emporda, Catalunya, février 2010
Il y avait au marais beaucoup d’attente. Quelques oiseaux d’un coup d’aile écartaient les barreaux rouillés de l’hiver, d’autres éclaboussaient la cérémonieuse tiédeur du matin. Des ombres luttaient encore pour retrouver une forme. Des chants légers fractionnaient le temps en minutieuses leçons d’éternité. Un reflet prenait la vie à témoin. Et là-bas, l’arbre noyé, comme un gouffre dans le ciel, inaccessible, dans son noir silence : un morceau de nuit dérivait dans mes émerveillements enfantins.

presque rentré

bateau
Islas Medas, L’Estartit, Catalunya, février 2010
L’esprit exalté par de longues promenades, le coeur offert aux merveilles recommencées – la première orchidée, les premières abeilles… Je n’ai même pas le temps de compter ma fortune en plumes et bourdonnements. Cependant une joie éparse baigne le bureau. Chacune de mes échappées dans la garrigue ou sur le bord de mer me frotte à la sensation intime que la Nature enseigne le bonheur. N’attendons plus pour le chanter!

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