Archive pour octobre, 2009

(re)partir en Inde

comedien

Fort Cochin, Kerala, août 2008

L’Inde vous démange? Vous avez raison, c’est un pays fabuleux. Et pour s’y déplacer, une voiture avec un bon chauffeur, c’est aussi sûr qu’efficace. Et ça ne coûte pas cher ! Dites, ça tombe bien, mon ami Kumar, qui fut notre merveilleux guide l’an passé, vient de m’annoncer qu’il a créé sa propre agence : c’est ici. Kumar, dont les compétences ont été saluées par le guide du Routard, est une crème d’homme. Il vous prodiguera les meilleurs conseils en matière de visites, de restaus et d’hébergements, hors des sentiers battus, à travers le sud du pays. Faites-lui confiance les yeux fermés, et accédez au rêve indien…

(et la meilleure époque pour visiter l’Inde, c’est de novembre à avril, hein…)

wild west end

monument-2Monument Valley, Arizona, août 2009
Ces falaises ébréchées n’en ont plus pour longtemps. Quelques milliers d’années à peine – un grain de mica pour l’éternité minérale. Et l’on vient de loin pour contempler ces délabrements! La pourriture de la roche fait sa splendeur. De la vétusté à la vénusté, il n’y a qu’un soupir d’émerveillement. La fascination pour les déserts et les ruines n’a d’égal que notre complaisance pour les vieilles tendresses mortes, vous savez, ces romances qu’on a vu prendre d’assaut nos paisibles arpents et que les bourrasques du ciel, inlassablement, pétrifient et puis rongent. Le sable gisant au pied des falaises est leur propre chair, défaite, éparpillée, égrainée par le silence froid qui souffle après la dernière lettre. Quelqu’un nous oublie parfaitement, et tout s’effondre, et tout est beau.
« Maintenant
Je sais pourquoi tant d’hommes se sont arrêtés pour pleurer
A mi-chemin des amours mortes et cherchées
Et se sont demandé si le voyage les conduisait quelque part –
Les horizons gardent la ligne douce de ta joue,
Le ciel venté fait une boucle pour tes cheveux. »
(Leonard Cohen, Travel)

le balcon

Je lis en ce moment le recueil de textes de Leonard Cohen, « Musique d’ailleurs ». J’aime ses évocations de New York, de Montréal, de Los Angeles. J’aime aussi ses vers suggestifs et détachés, ses portraits en clair-obscur de femmes qu’il a aimées ou simplement voulu étreindre. Et tandis que je découvrais sa galerie d’amantes l’autre soir, le souvenir de quelques-unes de mes très vieilles sensations a refait surface. La mémoire a ses mécaniques que la conscience manque d’expliquer. Elle a mis le curseur sur cette fille qui aimait surtout le faire, m’avait-on confié, sur son balcon au septième étage. Je nous revois alors devant la porte de la salle de TD, nous attendons le professeur de statistiques. Elle me dit en souriant quelque chose comme « je voudrais mieux te connaître » et alors je fais mine de ne pas comprendre. J’ai tout de suite pensé à son balcon. Quelques jours après, nous étions plusieurs copains invités chez elle. Je repère immédiatement le balcon, tout en longueur, qui donne sur un petit parc. Il est en ciment gris, avec des barreaux en fer minces qui ne cachent rien. En face, il y a un autre immeuble. Ca fume et ça rit, les gens vont et viennent entre le salon et le balcon. Et moi je préfère rester à l’intérieur pour regarder les livres dans sa bibliothèque. Il y avait Kundera et des auteurs anglais ou américains qui ne me disaient rien.

peep-show

flaqueNew York City, août 2009
« Look down and see her ruined places Smoke and ash still rising to the sky She’s happy that you’re here but when you disappear She won’t know that you’re gone to say goodbye. New York is a woman she’ll make you cry And to her you’re just another guy. » (Suzanne Vega, New York is a woman)

floral canin

chien de prairie

Chien de prairie (Cynomys gunnisoni), vers Acoma, Nouveau-Mexique, août 2009
Je ne m’étais pas précisément renseigné sur le statut des chiens de prairie avant mon départ. En fait, une fois sur place, j’ai dû comprendre qu’ils étaient devenus rares. L’aire de répartition du Chien de prairie de Gunnison a fondu de 70% en moins d’un siècle. L’espèce a pratiquement disparu de l’Arizona. Elle se cantonne maintenant au centre et au nord-ouest du Nouveau-Mexique, principalement dans les grandes réserves indiennes. Accusés de concurrence déloyale vis-à-vis du bétail (ces gourmands consomment de grandes quantités d’herbes), les chiens de prairie continuent de faire l’objet de campagnes locales d’éradication. Des tirs de prélèvement comme on dit pudiquement, contrôlés par des gardes certes bien présents sur le terrain, mais confiés à toute personne disposant d’une carabine…

sous les conifères

bulles

Massif de Belledonne, Isère, octobre 2009

La forêt a offert à la pluie ses hanches à demi nues. Maintenant les exilés explorent la spongieuse orée. Remuer l’humide humus, chercher racine. Quand l’automne met le bonheur en fuite, des hommes blessés s’abreuvent encore d’espoir. Et que viennent à leur langue ses hématies d’ondée : c’est comme une pluie d’or sur les cœurs émaciés.

les disques de ma vie : The Beatles – Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band

sergent pepper'sPagnol est né sous le Garlaban couronné de chèvres. Moi c’est sous les gabardines mordorées des Beatles. Quelques jours après la parution de cet album tutélaire, à l’orée d’un Summer Of Love qui me tape encore sur la tête. Merci papa, les Beatles ont enchanté mes jeunes années. Et alors même que je n’y avais jamais vraiment pris garde. Ils faisaient partie de la déco, entre le tabouret tam-tam orange et le papier peint à gros motifs géométriques. Leurs refrains coulaient de source, me fondaient dans l’oreille comme des odes à la vie, ou des hymnes à la joie. A la limite, ce n’était pas de la musique. Plutôt des fenêtres grandes ouvertes par lesquelles je laissais entrer le soleil, la blondeur de ma petite voisine et l’odeur de vanille. Douze ans après Sgt. Pepper’s, une monitrice de colo écrivait All You Need Is Love sur mon bermuda en jeans. Le Summer of Beatles ne s’est jamais consumé, mon amour des mélodies-trampolines non plus. Je n’ai eu conscience du génie de McCartney et Lennon qu’à l’âge de vingt ans, épris d’une faim musicale extrême et forcément nostalgique, les années 1980 seyant peu à mes oreilles en quête de sens. Et c’est surtout parce que mon père n’aimait pas tant Sgt. Pepper’s que Revolver ou A Hard Day’s Night (il le jugeait un peu trop cérébral) que j’ai commencé par ce CD-là. En 1987 donc, le label EMI ressortait l’album, remasterisé dans son emballage cartonné rouge. Et ce fut, dès les premières notes, un retour sur le chemin du Petit Poucet. Toutes ces mélodies qui avaient traversé mon enfance éclosaient à gros bouillons entre mes tympans rosis. Je troquais le souvenir imparfait de ces refrains pour leur vérité stéréophonique. Il y a peu de moments aussi intenses dans la vie comme celui où l’on caresse enfin les pavés sur lesquels on a longtemps marché. On a déjà tout dit sur Sgt. Pepper’s et des musicologues creusent encore l’humus tiède. Dissèquent ses mélodies à double ou triple fond, ses contorsions hédonistes, sa langueur indienne, ses innovations ex abrupto. Les balbutiements tristes de l’orgue qui lance Lucy In The Sky With Diamonds, l’écriture complexe sous l’ingénuité des refrains de With A Little Help From My Friends et de Fixing A Hole, les lampes bleues et roses de la grande roue de For The Benefit Of M. Kite, l’exégèse dramatique de A Day In A Life. Ah oui, A Day In A Life, cette chanson qui m’effrayait un peu quand j’étais gamin, et qui a démultiplié son écho quand j’ai dû me faire à ce monde. C’est ça, Sgt. Pepper’s, une grande foire où tout ricoche, s’épanche, s’élève et rebondit, une fanfare pour Alice In Wonderland, jusqu’au moment où le lapin blanc nous presse d’aller lire les journaux.

l’écriture ou la vie

epaule
San Francisco, août 2009
Elle tenait un carnet. Comme on tient à un ami imaginaire. Elle tenait le carnet fort dans ses mains pour se raccrocher à la vie. Et en tournant les pages, elle avait l’impression que sa vie avançait. Les petits carnets rangés serrés sur l’étagère organisaient sa vie en tranches, lui donnaient du volume, redécoupaient ses jours. Mais à noircir trop de pages, on finit par se faire un sang d’encre. L’écriture pour soi ne ramène à rien de joyeux. Sans un regard extérieur pour l’éclairer, l’écriture tire peu à peu vers l’absurdité du monde ou à sa mélancolie. Et c’est pour ça que tous les poètes se suicident. Noyés dans l’absinthe, pendus par le remords de n’avoir su écrire que pour eux-mêmes.

while my guitar…

Je réécoute énormément les Beatles en ce moment. Comme un besoin de ressourcement, en attendant la sortie imminente des nouveaux albums de quelques-uns de leurs dignes héritiers (Prefab Sprout, The Nits…). Ce soir, je pense en particulier à George. Harrison. Le plus gentil des Beatles, discret, humble et généreux, qui a publié dès 1970 le plus bel album qu’aucun autre Fab Four n’aura réussi à faire en solo. « All Things Must Pass », un vrai chef-d’oeuvre de finesse, aurait dû porter George Harrison aux nues éternelles mais la fête fut gâchée parce qu’au tribunal on jugea que la chanson « My Sweet Lord » ressemblait trop à une autre chanson d’un autre groupe. On dit qu’Harrison ne se remit jamais vraiment de ce procès, qui brida sa créativité jusqu’à la fin de sa courte vie. A croire que le bonheur ne s’accomplit pas.  Qu’une ombre guette toujours, prête à s’étaler sur les sourires, décidée à freiner les plus beaux élans.

le chat et la souris

la souris et le chat

Vallée des Huiles, Savoie, octobre 2009
Elle surgit parfois, vive et bondissante, au détour d’un chemin de montagne, et se pose là devant nous. Elle nous parle, nous confie sa joie d’être et nous ne l’entendons pas, enivrés par l’altitude. C’est bien après, quand la dernière chandelle finit par brûler les doigts, que ses mots reviennent. La main tremblante cherche la douceur de son pelage mais se cramponne au vide, au vide sans fond du souvenir.

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