Articles marqués avec ‘pluie’

Né de la dernière pluie

mycene
Mycène conique (Mycena metata) dans son berceau de pluie, massif de Belledonne, Isère, septembre 2014

Le ciel s’était emporté cette nuit-là. L’orage avait roulé sa colère sur la forêt alpestre, s’en était pris aux vielles feuilles, aux jeunes rameaux, aux nids d’oiseaux, brisant net dans ses doigts de feu les rêves des aigles. Au matin, les arbres soufflaient dans la brume calmée. Et déjà la vie revenait à la vie. L’ivresse de passer avec légèreté par-dessus les diamants de pluie emplissait les tiges d’une nouvelle richesse. L’insistance des gouttes avait rendu à la terre sa passion d’émouvoir.

La Nature a toujours quelque chose à offrir, même après ces moments où toute paix semblait perdue. Et elle tiendra, recommencée, même quand nous serons dans les flammes. Ce n’est pas une raison pour précipiter déjà la rage des désenchantements.

L’âme n’est si durable

lumiere

Lyon Saint-Exupéry, décembre 2013
Coulures de l’âme un soir de chrome. Rien sous la main pour retenir la pluie qui s’entête depuis des heures à diluer les souvenirs. Tout y passe à grands jets : l’étrange couleur des nuages à cet instant du monde, le chant des vagues à ses pieds, le bruit du vent sur la falaise. Même la mer se retire, qui n’en a plus rien à battre. Garder si peu de choses au bout du compte, après tant de joies creusées jusqu’au ciel, est insupportable. Le chagrin est mon ultime garde-fou de Bassan.

bed alone

Baie d’Along, Vietnam, juillet 2012
  « C’est si étrange, un amour qui meurt. Le monde devient soudain gris autour de toi, froid, compréhensible, sobre et lointain. » (Imre Kertész, Liquidation)

tanpouri

Moldovita, Bucovine, Roumanie, juillet 2010

Détrempe-toi. Mouille-toi pour la vérité d’aimer.

J’aime moins les histoires que les mots qui les tracent. Ces mots qui réveillent d’autres histoires, secrètes, brigandes, qui n’existent que par soi. Ce que raconte un roman n’est jamais aussi intense que la musique intime qui le trame. Si la chanson résonne bien après avoir refermé les pages, si elle se propage sur une grève de brume, s’échappe dans une rue déserte et vient encore s’enrouler sur ta nuque offerte, c’est que le livre était fort.

L’indifférence, c’est un silence en pente molle.

Il y a des jours avec, et il y a des jours sans. Et ce sont les jours qui ne comptent pas qui nous font vieillir.

Les oiseaux ont doucement éteint le transistor. Maintenant c’est un concert de silences et d’étouffements, à peine éraflé par des criquets malingres, qui roule des feuillées. Immanquablement l’été trompe les attentes. Saison qui voue au soleil son triomphe, elle décharne et décolore sous couvert de bacchanales et de lumières. Ces plages dont on rêve toute l’année sont là pour ensevelir les débris d’une grande catastrophe de sentiments provisoires et de plaisirs conditionnés. Les bourrasques d’octobre révèleront tout, et nous n’aurons que la pluie pour pleurer le désastre.

« Allan, je vous en prie, quittez ce ton dérisoire, faites cesser ce scandale irritant que vous portez partout. Ne pouvons-nous parler sérieusement? Je vous le demande en toute sympathie. » (Julien Gracq, Un Beau Ténébreux)

© 2009-2014 - GEASTER

ИТ новости