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miroirs d’ombres

glace
Massif de Belledonne, Isère, février 2006
Les gens, parfois, sont des miroirs qui nous renvoient violemment ce que nous avions cru cesser d’être. Nous nous étions réconciliés avec nous-mêmes et nous voilà brouillés à nouveau, alourdis soudain d’anciens doutes, lestés de vieilles maladresses. Et alors le sol craque sous nos pas – comme la glace sous les circonvolutions du patineur obstiné. La membrane est-elle donc à ce point ténue entre le présent qu’on pensait si fiable et le passé presque oublié ? Par quelle porosité secrète les deux chambres de nos vies poursuivent-elles leurs échanges ? Et ces personnes-là, qui découvrent des pans de chairs affadis ou affaissés, de quel pouvoir sont-elles donc dotées ? On peut se demander si nous ne leur avons pas tendu nous-mêmes une baguette maléfique, pour qu’ils nous somment de restituer le blême éclat qui manque à la vérité de nos cristaux. (février 2006)
[L'enfance, toujours, ici, sur Ecolo-Info]

rue d’automne

vieil homme

village d’Ampurdan, Catalunya, novembre 2009

« Il ne sait plus crier la joie ou la colère. Sa pensée a perdu prise : elle ne sait plus chercher et trouver l’adversaire. Pourtant, au fond de lui, il en est sûr, il n’a pas changé, il n’a pas fini d’espérer. C’est le temps, le temps ! La force de la vie n’a pas baissé dans le monde, elle n’a baissé qu’en lui-même. Le temps n’use pas l’humanité, mais il use les hommes. »

(Jean Guéhenno, Carnets du vieil écrivain)

la transhumance

transhumance

sur la route de Mysore, Karnataka, août 2008
On avance avec des rêves et puis on en vit d’autres, sans toujours s’en rendre compte. D’une saison à l’autre, d’un monde vers le monde. Mais le vrai rêve d’une vie est invisible parce que sa peau colle à nos souliers du jour. Le vrai rêve est notre vie, tant qu’elle bouge, tant qu’elle file, sur sa route vertigineuse d’étroitesse et de feuillées, à peine martelée par le sabot des monstres dociles. « Voilà ma route ! C’est celle-là, là-bas, qui se cachait dans le vallon ! C’est peut-être celle-là, c’est peut-être une autre. Ne la cherche pas, va ; va devant toi, tout ça c’est la route ! C’est l’arbre de toutes les routes ; dans ses embranchements, il tient la peau du monde debout, comme l’arbre du sang tient ta peau écartée et sonore dans le vent, ô homme ! Va là-dessus avec ta charge et ton temps ! » (Jean Giono, Rondeur des jours)

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