Articles marqués avec ‘new york’

west side story

A l’heure où le monde entier a les yeux rivés sur l’Amérique, une petite sélection d’images N&B réalisées à la volée dans les rues de New-York au début de la première mandature de Barack Obama, au mois d’août 2009.

New-York in progress (#4)

newyork

vendeur de glaces sur West Side, New York, août 2009

Contre toute attente, le périple américain restera un jalon essentiel dans ma quête vers la beauté du monde. La toile m’a donné l’occasion de prolonger l’aventure, à travers ces deux photoblogs que je vous recommande avec ferveur : celui d’un artiste contemporain, volontiers minimaliste, s’interrogeant sur le déclin de l’empire, versus la recomposition de l’oeuvre d’une photographe qui a saisi New York dans sa plus troublante humanité*, il y a un demi-siècle. Bons voyages!

(*merci à Emilie R. pour le partage)

une forêt de lumières

Manhattan
Manhattan, New York City, août 2009

Jusqu’au milieu du 18e siècle, l’île de Manhattan était entièrement recouverte de forêts profondes et giboyeuses. La formidable urbanisation du site qui s’est enclenchée par la suite n’a pas pu être contestée par aucun mouvement écologiste. Et qui s’en plaindrait aujourd’hui? Des espèces endémiques de plantes et d’insectes ont sans doute disparu à tout jamais dans l’immense chantier et pourtant New York brille aujourd’hui dans l’esprit de tous comme une ville extraordinaire, magique, folle, incontournable. C’est dire si les ambitions de protection de la Nature restent relatives à une époque, à un environnement culturel donné. Il semblerait aussi que toute construction (urbanistique, mais aussi au sens large) signée par l’Homme finit par imposer son propre référentiel de valeurs, dans un temps plus ou moins long. Un processus d’acceptation opère, voire de fascination avec la patine du temps. Ce qui plaît tant à New York reste le dialogue, sur une échelle démesurée, du contemporain et de l’histoire, c’est ce que l’Homme se raconte à lui seul qui en fait son fabuleux vertige. Si New York n’existait pas encore, pourrait-on la bâtir aujourd’hui? Quelle priorité accorderait-on à la biodiversité et au paysage de la forêt originelle?

imagine

central park
West Side depuis Central Park, New York City, août 2009
Imagine qu’en préparant ton matériel photo la veille de ton voyage, tu tombes sur une carte mémoire que tu avais oublié de vider. Imagine qu’à quelques heures du départ, tu découvres une quarantaine de photos comme celle-là, des images que tu avais prises toi-même mais que le ressaut de la rentrée t’avait totalement confisquées. Imagine que soudain te reviennent les souvenirs associés à ces photos et l’envie de les faire partager. Imagine que le temps presse, tu ne sais pas comment gérer ces nouvelles émotions. Imagine que celle-ci a été capturée tout près d’un champ qu’on a renommé « Strawberry Fields » en mémoire à l’homme qui a vécu par ici. Imagine que les fraises démarrent la saison mais que là où tu vas, les fraises sont cultivées sous d’immenses bâches plastiques qui étouffent la vie. Imagine que ce décor vers lequel tu te diriges exprime l’exact contraire de cette image que tu laisses à tes lecteurs.

la catastrophe amoureuse

rouge

New York City, août 2009

Chape qui chute, entraînant tout sur son passage, le temps, les lieux, les gens, les lunettes de soleil, son petit haut, ses longs bas, les boussoles, les ambitions horticoles et les joints de culasse. Rupture d’équilibre, sans reste, sans retour. Défaut caractérisé de perception. Ce n’est rien qu’une catastrophe universelle, qui semble n’arriver qu’à soi. Et de ce navire en perdition qu’est notre frêle esquif charnel, on fait tout un continent à la dérive. Elle est là, nous lui chantons son absence. Sa réalité est sans cesse mise à l’épreuve. Mélancolie d’elle dès qu’une porte se ferme. Chute interminable dans un mélange gazeux de manque et de maladresse (« Tu me manques » : et si c’est parce qu’on ne sait pas viser son coeur ?). Se sauver? Toute esquive est inutile. Par amour, l’homme qui valait trois milliards a fait faillite à Wall Street, Superman s’est recyclé vendeur de kryptonite chez Super U. Alors nous, peuchère !

point de fuite

feurouge
New York City, août 2009

Fuite : « On ne fuit jamais assez loin et on ne se fuit jamais assez longtemps! Car toujours vous rejoint l’inadmissible. » (Victor-Lévy Beaulieu)

Importante fuite de méthane dans l'Océan arctique. 
Fuite de mémoire : Affection touchant certains systèmes d’exploitation, à la fin d’un processus, voyant le système incapable de libérer la mémoire.

Exemple de symptôme de la fuite : « L’environnement, ça commence à bien faire. » (Nicolas Sarkozy)

nos vérités, nos prisons

J’ai peu à dire, en tous cas peu à la fois. Ce n’est pas tant de ne pas savoir que de remarquer peu à peu qu’on ne sait pas assez. L’âge n’arrange rien à ma prudence. Peu de connaissances définitives dans mon sillage, sinon celles forgées par une quarantaine d’années d’expériences et de constats répétés depuis ma minuscule fenêtre sur le monde.  Je sais juste que les hirondelles et les hannetons disparaissent, que Thierry Henry a un bon réflexe de la main, que le bonheur collectif est une chimère, que mourir est une béance pour celui qui reste. Et encore, je me laisse des marges : pour le bonheur et la mort, je reste prêt à apprendre le contraire. Savoir par procuration n’est pas savoir. C’est juste croire, au mieux. Que faut-il croire? Que peut-on croire sans risquer de se tromper et sans tromper l’autre? Avant d’agiter nos croyances comme des certitudes indépassables, je voudrais seulement qu’on nous mette en état de mieux connaître, et, corollaire, qu’on nous offre, car oui c’est un don, le goût d’apprendre. A l’école et après. La surabondance apparente de l’information ne nous aide guère à affûter nos connaissances du monde. Or, la liberté de tous est à la mesure de nos connaissances. Vertige soudain. En laissant se mélanger opinions, représentations, observations, faits et discours, qui voudrait donc nous empêcher d’être libre? [J’ai une réponse provisoire et lapidaire : nous-mêmes, par angoisse du vide] tete de mort
Tombstone, Arizona, juillet 2009

no man’s land

groundzero
chantier de Ground Zero depuis Liberty Street, New York City, août 2009
En maints endroits, New York exacerbe la beauté de la solitude. En autant d’autres lieux, la ville déferle en somptueuses et torrentielles humanités. Elle ne met jamais vraiment à l’abri des multitudes, pas plus qu’elle ne sait nous guider vers tous les autres. De grues en gratte-ciel, d’avenues en venelles, la ville nous fait trotter, zigzaguer, ralentir, accélérer, hésiter, reculer. Et dans ces mouvements qu’elle imprime à nos pas, l’impression de sa propre dilution flotte comme une menace. Comment s’écarter des foules sans égarer son cœur? Comment plonger dans les flots d’un infatigable quotidien sans perdre le goût du monde ?
[une autre vision des lieux ici]

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