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droite dans le mur

Papeete, Tahiti, février 2012
« J’avais rêvé, cela était clair maintenant, d’être un homme complet, qui se serait fait respecter dans sa personne comme dans son métier. Moitié Cerdan, moitié De Gaulle, si vous voulez. Bref, je voulais dominer en toutes choses. C’est pourquoi je prenais des airs, je mettais mes coquetteries à montrer mon habileté physique plutôt que mes dons intellectuels. (…) Je brûlais de prendre ma revanche, de frapper et de vaincre. Comme si mon véritable désir n’était pas d’être la créature la plus intelligente ou la plus généreuse de la terre, mais seulement de battre qui je voudrais, d’être le plus fort enfin, et de la façon la plus élémentaire. La vérité est que tout homme intelligent, vous le savez bien, rêve d’être un gangster et de régner sur la société par la seule violence. Comme ce n’est pas aussi facile que peut le faire croire la lecture des romans spécialisés, on s’en remet généralement à la politique et l’on court au parti le plus cruel. Qu’importe, n’est-ce pas, d’humilier son esprit si l’on arrive par là à dominer tout le monde? » (Albert Camus, La Chute)

amour désamarré

FIFO 2012 : Tahiti, février 2012

Et s’il n’y avait que toi et moi sur ce rafiot rafistolé? Si tout ce que je ne suis pas n’était que toi, valant sept milliards d’autres ? Où irions-nous danser, moussaillonne en haillons de mousse, pour fêter nos pouilleuses épousailles ? Sur quels récifs du samedi soir les vagues à l’âme nous traîneraient-ils ? Ce bout de cœur, je le vois parfois dériver comme six continents sous un ciel d’église, avec pour unique boussole la Croix du Sud plantée sur nos chemins de houle. Et quoi ? Un matin me prendra la main dans le ressac, mais j’assume tout : il ne devrait jamais y avoir d’autre raison d’aimer que celle d’aller se mesurer à l’infini de l’océan.

visages sans nuage

Tahiti (1&2) et Moorea (3-5), Polynésie française, février 2012
Le FIFO fut l’occasion de découvrir mille et un visages : ceux des personnages des films diffusés – une caméra vissée sur le coeur ne rate jamais sa cible, mais aussi les visages de tous ceux rencontrés en dehors des projections, dans les rues et sur les plages. Un tel événement, cadencé par les regards, les cheminements et les sourires, remue beaucoup d’émotions, et pour longtemps. (cliquer les images pour agrandir)

ceci n’est pas une carte postale

Ile de Moorea, Polynésie française, février 2012
Message griffonné du bout du monde, d’un confetti de ce continent « invisible », selon les mots de Le Clézio. On n’y verrait que du bleu, c’est vrai, et pourtant la Polynésie, vaste comme l’Europe (5,5 millions de km²), réussit le pari de m’émouvoir bien au-delà de ce qu’inspirent ses lagons idylliques. On m’a envoyé ici, à Papeete, pour rapporter la matière vibrante du pays, les bruits étouffés de son histoire, les couleurs chamarrées de son quotidien, ses questionnements intimes sur son avenir. Un voyage à travers le FIFO, l’événement culturel de l’année à Tahiti, qui fait converger tous les regards océaniens vers une communauté de destins. Il y a en Polynésie cette improbable façon de concevoir l’espace vital. Les îles, on n’en fait que le tour, et souvent un tout petit. Ne pas croire pourtant qu’on y tourne en rond: sur ces minces rubans coincés entre la jungle escarpée et l’inconfortable corail, la vie fourmille. Ce qui m’a surpris ici, c’est l’absence totale de nonchalance propre à d’autres archipels tropicaux. Sur le front de mer encombré de Papeete, j’ai croisé une jeunesse en plein doute, des mélancolies rêveuses devant les gros bateaux blancs qui passent. D’où vient cette inquiétude qui brouille les regards? Un début de réponse m’a été soufflé par les films présentés cette semaine. Lorsque l’un d’entre eux s’en va sur les traces de Pouvanaa Oopa et dissèque l’histoire secrète entre Tahiti et la métropole, toute la population locale s’émeut aux larmes. La même émotion qui monte des chansons bluesy traversant Murundak, ode aux Aborigènes sur les chemins rouillés de l’outback australien, et des vagues cernant un archipel micronésien en voie d’engloutissement, les Kiribati, dans le film The Hungry Tide. Une chose est sûre: le futur de la Polynésie réside moins dans la vitrine bleue de ses atolls que dans la réappropriation de son passé. Sous la clarté aveuglante du soleil, un peuple, fragmenté par l’égoïsme de l’Occident plus que par l’émiettement géographique, guette une reconnaissance internationale. (à suivre)

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