Articles marqués avec ‘champignon’

Né de la dernière pluie

mycene
Mycène conique (Mycena metata) dans son berceau de pluie, massif de Belledonne, Isère, septembre 2014

Le ciel s’était emporté cette nuit-là. L’orage avait roulé sa colère sur la forêt alpestre, s’en était pris aux vielles feuilles, aux jeunes rameaux, aux nids d’oiseaux, brisant net dans ses doigts de feu les rêves des aigles. Au matin, les arbres soufflaient dans la brume calmée. Et déjà la vie revenait à la vie. L’ivresse de passer avec légèreté par-dessus les diamants de pluie emplissait les tiges d’une nouvelle richesse. L’insistance des gouttes avait rendu à la terre sa passion d’émouvoir.

La Nature a toujours quelque chose à offrir, même après ces moments où toute paix semblait perdue. Et elle tiendra, recommencée, même quand nous serons dans les flammes. Ce n’est pas une raison pour précipiter déjà la rage des désenchantements.

là où la pente

Trièves & Belledonne, Isère, novembre 2013
  « Cet automne sauta sur nous du haut des montagnes. Depuis quelques jours l’air était inquiet et on avait plutôt tendance à être triste en goûtant l’ombre des arbres. Mais on s’attendait à ce qui est d’ordinaire aux fins des ans. On ne s’attendait pas à ce qui arriva. » (Jean Giono, Automne en Trièves in Rondeur des Jours)

perles à rebours

baies de Sorbier des oiseleurs (Sorbus aucuparia) et Amanite safran (Amanita crocea), Belledonne, Isère, septembre 2013

« Je me blottissais là.



J’avais comme un frisson

Quand j’entendais mon souffle.

C’est là que je connus

Le vrai goût de moi-même;

C’est là que fut moi seul,

Dont je n’ai rien donné. »

(Jules Romain, Odes et Prières)

la flamme rouge

Panier d’Oronges (Amanita caesarea) sur brasier de Cotinus, Drôme, le 25 octobre 2012
  Le souvenir comme une flamme, qui court sur la grande pente de l’automne. Ce matin déjà le jour s’enfuyait derrière les toits. J’ai vu le jardin bleuir sous les bouffées de buis, d’un bleu blème et froid semblable au bleu qui pare les mâchoires de décembre. D’un revers de chandail, l’hiver se trahit. Et je repense à tout ce que nous n’avons pas su nous dire. Aux mots effondrés sur nos lèvres quand la passion écrasait tout – comme des fruits de soleil dont je perds le goût à chaque nuage. Reprendre le chemin de la solitude, dans ses craquements étouffés. Egayer son corps avec la poésie d’un vin vieux et un peu de lune sur les premiers carreaux de givre. Laisser l’incertitude s’éprendre de sa paume en creux – lac, puits, ciboire. On ne croit plus en rien – on espère simplement que tout ira, que tout va, dans l’inquiète lumière du monde.

le retour de l’oronge

Amanite des Césars, dite Oronge (Amanita caesarea), septembre 2012
On ne l’avait plus revue dans ce bois depuis 2006, qui fut une très belle année pour l’Oronge (plus de 5 kilos dans la Drôme le 21 octobre). Champignon fantasque au goût exquis, l’amanite des Césars est une légende vivante de la mycologie française. Dans l’Isère montueuse où les fortes amplitudes thermiques annuelles ne lui conviennent pas toujours (c’est un champignon typiquement méridional), ses gisements sont gardés secret. Après un défilé d’automnes trop secs, 2012 marque un net changement. En moyenne montagne, les Cèpes de Bordeaux abondent depuis trois semaines (7 kilos ramassés en moins de deux heures samedi dernier), à la faveur de chauds soleils et de pluies fraîches en alternance. C’est un signe favorable pour l’Oronge, qui ne succède au Cèpe que si celui-ci a bien donné. L’Amanite des Césars se consomme idéalement crue. Nous les avons testées avec bonheur en carpaccio avec un concassage de noisettes du jardin et un double filet de citron vert et d’huile d’olive, le tout avec un gaillac rouge.
Cèpe tête-de-nègre (Boletus aereus), Isère, septembre 2012
L’Oronge ne pousse jamais seule : le Cèpe tête-de-nègre, qui fréquente les mêmes stations chaudes, s’y tient tout près. Comme elle, ce Cèpe ne surgit pas toutes les années par ici. Comme elle aussi, il peut se consommer cru. Sa venue est d’autant plus appréciée qu’il est, à mon goût, la meilleure des quatre espèces de Cèpes représentées dans la région, à la chair croquante comme une pomme verte et aux saveurs complexes fruitées-carnées. Un « classique » a garni le panier ce samedi, en relative abondance pour la saison :
Trompettes-de-la-Mort (Craterellus cornucopioides), Isère, septembre 2012
  Deux autres amanites ont aussi été récoltées, mais celles-ci doivent être impérativement consommées bien cuites :
Amanite à cerne sombre (Amanitopsis umbrinolutea), Isère, septembre 2012
Amanite rougissante, dite Golmotte (Amanita rubescens), Isère, septembre 2012
  La grande douceur de ces derniers jours combinée aux pluies abondantes à partir de mardi prochain devraient activer les poussées en plaine et sur les collines. On vérifiera ça le prochain week-end…
Isère, 22 septembre 2012

fragile idée

mycene Murianette, Isère, novembre 2010

« Notre importance a beau jeu d’être minuscule. Elle pousse l’histoire au privilège de son accomplissement. Elle nous fait grain parmi l’ampleur de son chantier. » (Patrick Fregonara, Lapidaires Nocturnes)

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