Canon, c’est pas toujours canon

Fidèle à la marque japonaise depuis plus de sept ans, je suis avec intérêt l’évolution de sa gamme photo, en scrutant l’appareil qui conviendrait idéalement à mes besoins : plus léger et plus ergonomique que mon obsolète EOS 40D, construction adaptée aux conditions tropicales des pays que je visite, produisant de beaux arrières-plans, bon pour la macro (mise au point facile) et la scène de rue (réactivité et discrétion), mes deux dadas.

Là, j’apprends que Canon s’apprête à sortir d’ici décembre un reflex Full Frame d’entrée de gamme, estampillé EOS 6D à… 2099 euros tout nu. Et je m’interroge sur la cohérence de sa politique produit.

Le Full Frame, c’est le capteur plein format (il couvre tout le champ de la surface nominale de l’objectif), un gage de professionnalisme parce qu’avec ça, un objectif 50mm, ça fait des photos en 50mm. Le Full Frame, selon le discours officiel, c’est avantageux et même absolument nécessaire si l’on veut faire des tirages 50x70cm top qualité de ses portraits et des paysages (le format qui convient idéalement à la déco des toilettes). Si on travaille souvent en basse lumière c’est bien aussi. Du fait de la dimension supérieure des photosites, on diminue drastiquement le « bruit numérique » (les granulés moches dans les zones mal éclairées). Je n’ai rien contre le Full Frame, mais ici ça tend à devenir un argument tout juste bon à « justifier » le prix élevé d’un tel appareil. Car on n’a pas oublié que les nouveaux capteurs de plus petit format, dits APS-C, frôlent cette même qualité, en intégrant une technologie nouvelle (vantée par Canon himself à l’occasion de la sortie du 7D il y a trois ans) qui pallie l’inconvénient de leur taille.

Un inconvénient d’ailleurs relatif, contrebalancé par des avantages non négligeables. Un capteur plus petit couvre le champ d’un objectif de taille supérieure : selon le coefficient de conversion, un 50mm peut se comporter comme un 75mm avec un petit capteur, ce qui est très utile pour la photo animalière et les portraits volés. Pour des raisons analogues, il permet aussi de gérer plus facilement le flou en macro.

Que propose d’autre ce fameux 6D dont tout le monde se gargarise?

- Une sensibilité étendue de 50 à 25 600 iso. Wow ! En Full Frame, on peut supposer que la gestion des lumières sera grandiose. Mais…

- Ca ne justifie pas l’absence de flash intégré ! Un flash est toujours nécessaire, ne serait-ce que pour déboucher les ombres portées sur des visages dans des conditions de forts contrastes. Pour les fréquents portraits de mes interlocuteurs dans les rues ou dans leur entreprise, le flash intégré est totalement nécessaire. Je ne me vois pas acheter un flash en option, vu le prix de l’appareil.

- Seulement 11 collimateurs autofocus. C’est dérisoire. Le Canon 7D en proposait 19 et à configuration variable selon la composition souhaitée. Par ailleurs, le collimateur central a beau proposer une sensibilité IL-3 (niveau d’éclairage lunaire), on ne sait rien de celle des collimateurs latéraux.

- Le mode rafale propose 4,5 images par seconde. C’est faible, très. La moyenne est à 5,5. Le 7D est à 8…

- On peut aussi regretter l’absence d’écran orientable, bien pratique pour les scènes de rue ni vu ni connu. Des appareils Canon sortis plus tôt tels que le 650D et le 60D en sont équipés.

- Certains déploreront aussi que Canon n’ait pas réintégré le joystick AF du 7D, personnalisable à volonté. Au rayon gadgets-dont-je-me-fous, le 6D propose à la place le GPS et le wifi (au cas où certains auraient la patience d’uploader un fichier de 20 megaoctets). Un truc qui mange plus vite la batterie de surcroît.

- Le viseur ne montre que 97% de l’image réelle. 3% de choses invisibles sur les bords, un bout de branche, un bord de trottoir qui dépasse, et tu es bon pour des mini-crops.

Pas de traitement anti-ruissellement. En période de mousson, tu vas tremper.

- Le 6D utilise des cartes mémoire SD. Plus cheap et fragile que les Compact Flash et pas de doublonnage possible sur deux slots pour ceux qui shootent en raw+jpeg.

- Et puis, le Full Frame est-il un argument suffisant pour autoriser Canon à brider la vitesse d’obturation à 1/4000e et la vitesse de synchronisation flash à 1/180e ?

 

Au final, Canon semble s’être contenté de greffer un capteur plein format sur son 60D. Est-ce qu’on est prêt à débourser 2099 euros pour ce tour de passe-passe? Pas moi en tous cas. Quand on propose un boîtier soi-disant d’entrée de gamme à ce prix, on pourrait permettre au photographe amateur cherchant à progresser d’y visser ses objectifs EF-S. C’est malheureusement impossible et dans le cas où il faudrait réinvestir dans ses optiques, pourquoi ne pas aller, au même prix et en mieux, chez Nikon? On rappellera que le Nikon D600, certes pas Full Frame aussi, propose un viseur 100%, 39 (!!) collimateurs AF dont 9 en croix, 2 slots de cartes mémoires, un système anti-poussière, etc. Pour, tiens, tiens, 2099 euros…Et le Canon 7D auquel je fais référence est aujourd’hui à moins de 1200 euros.

Canon annonce l’arrivée du 7D

On l’espérait sans vraiment trop y croire. Surgi trop vite après un très bon 40D, le 50D n’avait pas réussi à séduire les foules (on le trouvait déjà à 550 euros à San Francisco en août) et le 5D upgradé en version II s’était finalement fait coiffer au poteau par l’impeccable technologie du Nikon D700. Et puis voilà que Sony prenait du galon dans le monde des reflex numériques. Du coup, Canon se devait de réagir. C’est fait depuis ce 1er septembre avec l’annonce du 7D, résultat, assure le constructeur japonais, de l’implication de plusieurs milliers de photographes du monde entier pour bâtir le reflex « idéal ». Les spécifications sont plutôt alléchantes : - un capteur APS-C CMOS de 18 mégapixels, doté d’une technologie qui compenserait les défauts d’un capteur qui n’est pas plein format (il a la taille du 50D), - 8 images par seconde, - une sensibilité poussée jusqu’à 12 800 ISO, - un nouveau système de mesure à 64 zones, - un dispositif multi-flash sans fil, - un système de transfert de fichiers compatible bluetooth, - une construction anti-ruissellement, - la vidéo HD jusqu’à 1920 x 1080 à 30 images/seconde, - le mode Liveview pour visualiser l’exposition de l’image avant de shooter, - des grandes possibilités de personnalisations et de pré-réglages… Canon corrige aussi ses lacunes récurrentes, avec notamment un viseur qui couvre ENFIN 100% de l’image et un grossissement à l’échelle 1x, ainsi qu’une extension de l’AF à 19 points. Evidemment, le boîtier est compatible avec l’intégralité de la gamme des objectifs EF et EF-S. On ne sait pas si le système de nettoyage intégré du capteur figure toujours au menu ni quel modèle de batterie est utilisé. Le prix annoncé pour l’Europe n’est pas si élevé : 1700 euros environ, boîtier nu. Reste à voir comment ce bijou va se comporter sur le terrain. Les premiers picture tests dans les prochaines semaines nous diront si on peut préférer ce 7D-là au plein format du 5DII…

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