plus loup que toi tu meurs

 scream

Isère, novembre 2013

Les réactions d’incompréhension et d’indignation se succèdent après l’autorisation d’abattre des Loups dans les Hautes-Alpes. Cette forme de traque éperdue d’un animal protégé jusqu’au coeur d’une zone elle-même protégée (le parc national des Ecrins) revêt un côté surréaliste. Elle démontre qu’il n’existe plus en France de territoire à vocation de préservation. Elle révèle aussi qu’il est donc possible de surseoir au statut de protection d’une espèce. Au passage, cette affaire du Loup fait tristement écho à celle des Bouquetins du massif du Bargy : la Ministre de l’Ecologie a la gâchette facile.

Les fauves sont maintenant lâchés. Par cette nouvelle cabale orchestrée contre lui, le Loup finit d’endosser son statut d’ennemi public numéro un, personnifié comme dans les contes de jadis, ce qui risque d’attiser encore la haine des éleveurs à son encontre. En même temps, le canidé s’érige en symbole martyr de cette vie fascinante que l’homme cherche maladivement à contrôler, réguler, calibrer, rogner… Sans jamais parvenir à la comprendre, sans surtout accepter la fragile complexité des relations qui sous-tendent la biodiversité.

Par cet abus de lâcheté, la classe politique réduit un peu plus sa crédibilité, faisant montre d’une incompétence grave face aux enjeux environnementaux. Là où le retour naturel du Loup en France aurait pu inspirer une modernisation des rapports que l’Homme entretient avec la Nature, il met la patte au contraire sur l’incapacité chronique de notre espèce à gérer harmonieusement son espace de vie. Encore un rendez-vous manqué pour la poésie du Monde.
 

hors saison

L’Estartit, Catalunya, Noël 2013
Toute la journée, les heures et les minutes et les secondes guettent patiemment la nuit pour se cacher, désolées de s’écouler si vides l’une dans l’autre, et pour rien ni personne. L’hiver, le temps se resserre de honte.

perles à rebours

baies de Sorbier des oiseleurs (Sorbus aucuparia) et Amanite safran (Amanita crocea), Belledonne, Isère, septembre 2013

« Je me blottissais là.



J’avais comme un frisson

Quand j’entendais mon souffle.

C’est là que je connus

Le vrai goût de moi-même;

C’est là que fut moi seul,

Dont je n’ai rien donné. »

(Jules Romain, Odes et Prières)

la prochaine vague

Espagne, mars 2013

Je suis persuadé que nous sommes en train de vivre un temps décisif pour l’avenir du monde.

J’ai peur aussi que ce temps dure très longtemps, trop longtemps pour que nous tous, spectateurs d’aujourd’hui, constatent ce qu’il en adviendra.

Je m’en remets à l’instant très court, lancinant, qui revient dire une seule et même chose, au bord de chaque pensée, juste avant que la suivante ne la recouvre : on est sur le point de savoir.

chères jachères

Tablas de Daimiel, Espagne, décembre 2007
Une herbe roide, élimée par le givre, des ombres qui cherchent encore leur place. Ni le chêne qui touche terre ni le froid chuchotement du vent ne laisse présager des chorales d’oiseaux. Demain ici sera un théâtre foisonnant où l’on jouera les parades d’alouettes, les rites du lièvre, la noce des papillons. Ton visage s’inclinera sur mon épaule. Le soleil, par sa force de persuasion, finira par tout reprendre et projeter. Pour l’heure, cette prairie n’est qu’un vague empire écrasé de sommeil. Piètre vivant mais plein de rêveries (l’hiver ne m’a pas arraché le goût d’y céder), je guette. Posté comme un chasseur à l’orée du monde, je guette mon propre réveil. Des souvenirs dans la besace, le fusil ouvert, crosse en avant. Une question me passe comme un nuage d’étourneaux : est-ce que tout redeviendra vraiment comme avant?

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