tout pour la façade

facade

La Havane, août 2015

Les jours les plus grands étaient peut-être ceux qu’enfante la douce habitude et que clôt l’espoir balbutié.

portraits de Cuba, regards (#4)

portraitfemmesantiago

Santiago de Cuba, août 2015

Elle attend et son regard s’impatiente un peu. Sa bouche dessine une résignation ancienne, de l’impatience déçue. Elle a dû attendre longtemps, peut-être toute sa vie. Cette image a été prise devant un arrêt d’autocar abandonné. Les autocars à Cuba, c’est bien connu, ne sont jamais à l’heure. Leurs horaires ne tiennent pas compte de la vétusté toussotante des véhicules. Les temps de trajet affichés oublient les virages étroits, les routes déchaussées, les dénivelés abrupts. Elle a cru que les routes seraient un jour réparées. Elle a cru au printemps de la révolution, à l’éternel matin du monde, à la rencontre avec l’horizon. Cela fait trop longtemps qu’on lui fait croire, elle ne croit plus. Mais elle attend, parce qu’attendre, c’est vivre encore.

portraits de Cuba, regards (suite)

portraits de Cuba

Trinidad, août 2015

J’ai croisé deux fois Rocio au cours de mes balades à travers la ville de Trinidad. A deux jours d’intervalle, toujours assise au même endroit, sur la terrasse de sa chambre qui donne sur la rue. Elle vend quelques victuailles, du poulet, des oeufs, des haricots rouges, pour aider ses parents. Son petit chien, une sorte de teckel, ne la quitte jamais. Au-dessus de son lit, une photo d’elle réalisée à l’occasion de ses quinze ans, dans une robe rouge glamour et maquillée presque un peu trop. Quinze ans, ça compte énormément à Cuba : un cap que l’on franchit dans la fête avec ses amis, en pensant déjà à s’émanciper. Rocio a eu seize ans en novembre, elle peut maintenant se marier.

portraits de Cuba, regards

portraits de cuba

Santiago de Cuba, août 2015

Ils m’ont accordé leur gentillesse, leur patience parfois quand l’ambiance des rues rendait la prise difficile. Ils m’ont surtout offert leur beauté, et aussi une intensité mélancolique souvent en décalage avec les rythmes de la salsa qui filtraient à travers les portes. Et je ne sais pas s’ils ont pleuré la disparition de David Bowie.

Cuba vieille France

dame dos

Camaguëy, août 2015

Des visages apeurés, inaptes à l’échange, des portes qui se referment très vite au moindre passage du vent, des nuits hallucinées et pantelantes, des bateaux sans voile sur la mémoire retirée, la peur en embuscade, des soubassements de notre conscience mondiale fissurés, une tenace odeur de merde détectable rien qu’avec les yeux.

« La rouille s’est posée sur ma langue comme le goût d’une disparition,
L’oubli a pénétré ma langue et je n’ai eu pour toute conduite que l’oubli,
Et je n’ai accepté d’autre valeur que l’impossibilité. »
(Antonio Gamoneda, Description du mensonge)

rue de l’autre côté

enfantgrille

Camaguëy, août 2015
Les enfants du monde sont le miroir des jours d’ici : ils nous jettent au visage une curiosité méfiante, ou alors un bref rictus moqueur. Comme s’ils savaient d’instinct que nous sommes venus leur voler les sourires qui nous manquent, et tandis que nous avons déjà mis le feu au ciel.

la petite robe rouge (et autres images de Cienfuegos)

août 2015

En ouvrant les fichiers les uns après les autres, je me rends compte du grand nombre de photos potentiellement exploitables tirées du voyage à Cuba. Il va donc falloir penser à regrouper les publications pour éviter les débordements sur les années qui viennent. Quatre images de Cienfuegos, pour ne pas dire six, qui tentent de souligner la vie lente dans les rues presque vides de la ville, sans doute la plus « streetphotographique » de l’île.

mean streets (#1)

dos2

Trinidad, août 2015

Cuba, par l’élégant patchwork de ses rues multicolores, laisse d’abord éclater un sentiment de gaité qu’attisent les rythmes scandés d’un peu partout. Le traitement noir et blanc de certaines images fait pourtant saillir des détails nouveaux, contribuant à nuancer la première rencontre avec l’île. Et c’est alors un pays riche de contrastes qui se révèle après coup. Plus introspectif, comme gagné par une sorte de lassitude mal assumée – derrière les mains qui continuent de s’agiter à notre passage. Là se tient peut-être l’autre réalité de Cuba, où jeunes et vieux partagent le même ennui, s’accablent et se terrent dans la dramaturgie ordinaire tirée d’une histoire qui les dépasse. (Mais peut-être seulement, car la convergence entre l’image la plus « juste » et le réel reste, on le sait, indéfiniment asymptotique)

disculpe las molestias

nah trang

Nha Trang, Vietnam du sud, août 2012

Le blog a connu pas mal de péripéties techniques cette semaine, et je tiens à m’excuser pour les sorties de route répétées. C’était pour la bonne cause. Nous venons tout juste de terminer la refonte du moteur (on a mis une plateforme hybride modulaire) et la carrosserie est en cours de reprise. Pour les options, chut !

Encore quelques jours et A PART SOI entrera enfin dans son ère expansive et responsive. On pourrait vous promettre que ça va dépoter grave, mais nous n’aimons pas les promesses, plutôt les surprises… Hey! on n’allait pas passer le cap des dix ans de blogging sans marquer le coup. Merci pour votre amicale patience.

un tour ailleurs, si j’y suis

Ninh Binh, Vietnam du nord, août 2012

 

Miter un appartement. Vider les vieux.
Décramper. Faire glace nette. Décarcasser le plancher.
Intenter, changer, passer, crier.
Épépiner, déraisonner, fuguer.
Délasser.
Décontinenter.
Tiorfan, panfurex, hépatite A: c’est fait.
S’éprendre, s’essayer, se tirer, se barrer, s’espacer.
Décrocher, désengager, dégrouper, détaler, tablier déchiré.
Débarouler.
Caqueter, s’empaler, sanglier, singer, sifilet, sablier, cétacés, s’effiler, s’envoler, trottiner, découvrir, contourner, desserrer.
Pédaler, naviguer, surnager.
Saumâtrer, javaner, danser.
Bâliner.
S’éloignons.
Disparutre.

(D’après Georges Perec, Déménager)

durian’s blues

Saigon, Vietnam, août 2012

Elle a du cran,
La vendeuse de durians
Fruit comme couille, tout suppurant!
Le durian? Tu le sens, tu rends.
Aucun client s’aventurant,
La vendeuse chope des durillons
Elle reste là des nuits durant
Rêvant de sortir du rang
Plein gaz dans une Touran
En écoutant Duran Duran.