la Birmanie en noir et blanc

Pays de mille couleurs, la Birmanie garde tout son charme lorsqu’on l’envisage en noir et blanc. Mieux, elle révèle dans les infinies nuances de gris et ses contrastes une âme secrète et volontiers mélancolique que les sourires croisés dans les rues ne révèlent pas de prime abord.

 

portrait birman

aranapura

port de rangoon

quai de yangon

jeune mendiante

photo noir et blanc birmanie

ouvrier birmanie

chaleur mandalay

bateau aranapura

prière mandalay

la mère et l'enfant

le regard du monde

Délaissant les sentiers balisés, je me suis aventuré dans l’arrière-cour du fameux site de Bagan, cette pièce maîtresse du dispositif touristique du pays. Un village coincé entre la grande route et le fleuve, encombré de décombres, totalement à l’écart du flux des visiteurs en goguette. Apparemment, les recettes engrangées pour la découverte des temples ne sont pas très bien redistribuées. Cette enfant a surgi d’une cabane pour me questionner d’un demi-sourire. Elle s’est posée là, cherchant à me dire quelque chose, je n’ai pas su quoi. Peut-être de ne jamais l’oublier, elle, ses frères et soeurs, notamment dans les moments décisifs de notre propre Histoire. Ce n’est pas prétentieux de le penser, à l’aune de ce qu’il se passe ailleurs : l’avenir du monde nous regarde.
Bagan, août 2016

train of life (4)

Il faudrait se souvenir de tous ceux qui ont croisé notre regard sans s’être échangé un seul mot. Car c’est peut-être dans les yeux du silence que brille la clé du monde. A l’abri des mots, les visages sans parole font triompher l’intuition d’un coeur universel. Les yeux dans les yeux, je t’invite à le croire, nous sommes tous du même rêve.
Birmanie, train de Kalaw au lac Inle, août 2016

la transcendance d’un sourire

De chaque visage humain rayonne une transcendance impossessible, qui nous enveloppe et nous traverse. Cette transcendance n’est pas celle d’une expression psychologique particulière mais celle qu’implique en chaque visage, sa qualité d’être, sa dimension métaphysique. » (Henri Maldiney)
Bref, la beauté des êtres continuera de me renverser
Lac Inle, août 2016

Myanmar smiles – pourquoi tous ces portraits

Kalaw, Birmanie, août 2016
Plus j’avance dans la vie, plus mon regard l’interroge. Presque viscéralement. La photo devient une manière de me cramponner au monde. Plus fort quand j’ai peur de le voir sombrer du mauvais côté. Demain tous ces gens seront tout autres, et nous aussi. Un visage témoigne de la beauté instantanée des Hommes plus qu’un monument ou une musique : il n’est pas une création patiemment élaborée ni un vestige transformé par le passage des siècles. Un visage est la vie sage et contagieuse à transmettre sans délai, il est le miroir fragile de toutes les espérances que chacun porte en soi. Tant d’espérances accumulées au fil des portraits retiendront peut-être le monde de basculer tout au bout de la laideur.
Si j’ai pris en photo tant de visages, c’est aussi par culpabilité. Je me devais d’être près de tous ces gens et j’avais parfois honte de me sentir l’occidental nanti. En Birmanie, je me suis attardé auprès d’un maximum de personnes, scrutant leurs sourires, parfois aussi leur peine. Parce qu’il m’importait de me mélanger à leurs émotions, de m’en imprégner, malgré les différences et les barrières. J’avais besoin de partager cette instantanéité heureuse, de célébrer cette complicité volée à nos quotidiens si dissemblables. Aussi souvent que possible je leur montrais la photo sur l’écran de l’appareil, avec le pouce levé pour leur dire combien leur visage me plaisait, m’était précieux, quelle que fût la qualité technique de l’image. Je scrutais leurs réactions et j’étais heureux lorsqu’ils riaient et levaient leur pouce à leur tour.