Articles marqués avec ‘plage’

hors saison

L’Estartit, Catalunya, Noël 2013
Toute la journée, les heures et les minutes et les secondes guettent patiemment la nuit pour se cacher, désolées de s’écouler si vides l’une dans l’autre, et pour rien ni personne. L’hiver, le temps se resserre de honte.

le désir du bain

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Amed, Bali, août 2013
L’eau qui se craquelle pour laisser passer la nuit. Elle la retiendra dans ses mailles gonflées de rêves.
La mer comme un drap qu’on remonte sur les épaules du voyageur assoupi. La mer comme l’impression de remonter le cours de sa propre existence, d’atteindre la vie où elle n’était qu’universelle fluidité.

à la force du rêve

Trincomalee, Sri Lanka, août 2011

Les poissons ont besoin d’être rêvés avant de se laisser prendre. Il faut les laisser nager, onduler, se faufiler entre les algues de son imagination. Toutes ces heures d’attente et de patience sous le soleil font miroiter leurs écailles dans le regard du pêcheur. Un regard presque enfantin à force de rêver : et si le filet était le cordon nourricier entre le ventre mystérieux de la mer et son fils arraisonné ?

(Plus tard, les mailles se resserreraient comme la main qui cherche à comprendre : un piège qui se referme sur les songes jusqu’à leur essorage. Tous filets hissés, il n’était plus l’heure de se réjouir, mais celle de compter. Les quelques prises qui s’agitaient au fond nourriraient à peine la famille.)

la prochaine vague

Espagne, mars 2013

Je suis persuadé que nous sommes en train de vivre un temps décisif pour l’avenir du monde.

J’ai peur aussi que ce temps dure très longtemps, trop longtemps pour que nous tous, spectateurs d’aujourd’hui, constatent ce qu’il en adviendra.

Je m’en remets à l’instant très court, lancinant, qui revient dire une seule et même chose, au bord de chaque pensée, juste avant que la suivante ne la recouvre : on est sur le point de savoir.

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Trincomalee, Sri Lanka, août 2011
 

Tout au bout de l’île, c’était comme tout au bout du monde : une impression de vide, avec la mer et le ciel inutiles, des cocotiers titubants et des vagues translucides au bruit mou. Les jeunes qui descendaient du village chaque soir fixaient le même tableau, espérant peut-être quelque chose d’improbable qui viendrait soudain briser l’horizon de leur journée : le passage d’un paquebot, une baleine ensablée, un nouveau phare pour éclairer la nuit. Sans me jeter un regard, sans même se parler, ils restaient là vingt ou trente minutes, entre chien et loup, jusqu’à ce que le sépia de leur mélancolie conspire avec l’ombre du soir. Plus tard, je me suis demandé si dans l’autre partie du monde, notre attitude était si différente de la leur. Cherchant l’introuvable sensation dans l’océan de nos spectacles rabâchés, guettant l’ivre sardine dans le gris que les novembres entassent.

 

rivages, ravages, visages

Kirinda, Sri Lanka, août 2011
La fougue permanente de l’océan ici rappelle le danger de l’aventure. En décembre 2004, la colère d’une vague a ravagé la côte, emportant des milliers de gens. Le rêve a résisté. Presque sept ans après le terrible tsunami, on reconstruit encore des maisons, des villages, des ports de pêche. On ne sait pas, on ne peut pas vivre loin de la mer très longtemps. La fascination et les nécessités sont plus fortes que la menace.

balcon sur le récif

South Mission Beach, Queensland, Australie, août 2007
Fenêtre ouverte sur la mer. Pluie un peu. Absence passagère à l’orée d’un jour blanc comme la lune. Ton corps encore nocturne. Déjà différent. Tu te tournes de mon côté, sans trop savoir s’il faut sourire ou se fermer. Minuscule animal froissé. Je pense à tout ce temps affalé sur ton ventre. Mon souvenir se fige entre deux vagues. Impossible d’y laisser sa trace. Image de quelques secondes, furtive avant la fuite. C’est comme si le monde se retirait.
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