Articles marqués avec ‘fleur’

fleur païenne

bleuet-2 Isère, juin 2014 – C’est souvent le soir à la clarté de la petite lampe, quand le mouvement du jour nous abandonne pour de bon. La peur de son propre sort au passage de la nuit redessine au pochoir le sort des autres. C’est le moment qu’elle choisit pour passer comme une ombre, l’ange parmi les anges, avec le sourire impalpable de ses dix-sept ans. Elle frôle de ses doigts joueurs le souvenir que vous aviez scellé sur une pierre froide. Elle vous demande « Qu’est-ce que tu fais? » en inclinant son visage ovalescent, presque amusée. Et vous cachez sous un vieux pull gris sans forme votre gêne de ne savoir lui répondre. En vérité, nous mourons chaque jour trop loin de ceux qui nous aimaient. Mais il ne faut pas les décevoir.
« Tôt fanée, je la garde, afin qu’elle flétrisse avec moi plutôt qu’avec le déclin diurne de la terre immense. » (Fernando Pessoa, Odes)

le bel âge

bebete

Cantharide moine (Cantharis fusca) sur Renoncule, Chartreuse, Isère, mai 2014
Sept ans de bonheur pour le projet Ecolo-Info ! Lancé en mai 2007 par la journaliste Anne-Sophie Novel et une poignée de pionniers pas niais, Ecolo Info s’est rapidement imposé comme l’un des médias influents sur l’écologie et le développement durable. Fort d’une trentaine de contributeurs, le site d’information attire aujourd’hui plus de 2000 lecteurs quotidiens, sans compter près de 23 000 abonnés à la page Facebook. Ecolo Info organise aussi des événements réguliers ouverts à tous, comme cet apéro lundi 26 mai à Grenoble, à propos de l’alimentation bio et locale, au Clair de Lune, 24 rue Très-Cloîtres, à partir de 18h30. Papotages sur le potage et au-delà, les bons plans pour se nourrir intelligemment dans les parages.

vu d’avril un soir

Belledonne et Chartreuse, Isère, avril 2014
Combien de printemps, combien d’avrils me reste-t-il ? Combien d’eaux de mars passées à guetter cette prime douceur qui reviendrait comme un suc éblouir ma langue natale ? Combien de joies vives le temps me laissera boire encore, agenouillé à sa source, jusqu’à devenir saoul ? Et après nous, qui foulera la terre de Dieu où la morille se cache ? Laissera-t-on intacts le petit sentier des grillons, et ce bois pour les deux chouettes qui se répondent, et cette prairie pour le renard en maraude? Qui chérira aussi fort que nous sa fugitive rousseur ? Je n’ai pas fini de regretter tout ce soleil qui va briller pour d’autres moins précautionneux. Combien d’années à tout revivre aussi fort qu’au premier printemps ?

soleil paradoxal

soleil

Isère, avril 2014
« Ce n’était pas une abeille, en fait, c’était un éléphant comme Alice le constata bientôt, ce qui eut pour conséquence au prime abord de lui couper la respiration. « Faut-il que les fleurs soient énormes », pensa-t-elle ensuite, quelque chose comme des maisons dont on aurait enlevé le toit et auxquelles on aurait mis une tige, et quelle quantité de miel ils doivent faire! » (Lewis Corolle, non, Lewis Carroll, Alice au pays des merveilles)

froide ivresse

Euphorbe des garrigues (Euphorbia characias), Muntanya Gran, Espagne, mars 2013
Bourgeons en berne, corolles aux abois : le printemps cette année est un fêtard mouillé. La biche s’épuise déjà, le pêcheur a pris la mouche. Le silence a piqué le verger. Tête à la renverse rêve à la tendresse mais la greffe du figuier n’a pas pris. Tes yeux lacustres ont des reflets de neige et voilà que ma barque dessus s’impatiente. Sous ton col le torrent de fonte enterre ses eaux. Nous sommes passés à autre chose, lune ne sait quoi. Qu’en n’ai-je à faire au fond? Après l’hyménée hiémal, je laisse mars libre de ses contusions.
« Tout ce qui est atteinte est des truites » (d’après Montherlant)

le mausolée des mercantiles

plateau d’Emparis, Isère/Hautes-Alpes, juillet 2012
Nul arbre pour stèle, seul le cantique du roide vent qui passe sur la pierre. Les fleurs n’ont même pas poussé pour eux, elles dansent entre elles la joie vive d’être là pour gaver les abeilles et les zygènes. Les mercantiles n’ont pas eu la montagne d’ici, malgré les « projets », comme ils disaient. Un projet, c’est toujours la grande inquiétude pour les cimes: le risque d’un reflet éternel dans une vallée noyée, la menace du fer au long des pentes de neige, le bitume noir qui étripe les prairies. Pas ici : les sentiers restent en cailloux, ils n’enlacent que les épis de campanules et les nigritelles continuent d’encenser leur vanille à qui sait s’agenouiller pour elles. Aster, arnica, séneçon : les flammes d’ici sont des corolles gonflées de soleil, que le vent soulève, fane et dispersera bien vite. La prière pour les mercantiles dure peu, quelques jours en juillet si la neige tardive ne joue pas les contre-feux. La montagne ne gardera rien de leur bref passage, qu’un vague cri d’effroi qui ricoche d’une paroi l’autre les soirs de glace. L’offrande des Mages, sur l’autel des senteurs : la fragile Nigritelle, qui murmure à la narine éblouie qu’on n’a jamais le temps de rien, sinon de contempler. Un parfum des tropiques sur le dôme du froid. A la vanité de construire et de graver la laideur, l’orchidée vanille oppose la force du merveilleux provisoire, qui vient, qui vit, qui va et qu’on n’emporte pas.

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