Articles marqués avec ‘fleur’

je me souviens des fleurs (2)

nigritelle
Nigritelle noire (Nigritella rhellicani), Belledonne, Isère, juin 2015
De ces Nigritelles, discrètes dans la masse végétale du plateau d’Emparis de juillets incendiaires, de leurs pyramides purpurescentes sur les rases pelouses du Valgaudemar. Je me souviens de ma dévotion pour les respirer, agenouillé dans l’herbe pieuse, posant avec précaution mes narines sur leur épi pour m’étourdir de leur vanille. Nigritelles ô combien odorantes, parfum de rose bonbon, baume boum-boum au coeur à mi-course entre deux escarpements, havre de senteur idéale. Orchidée-force qui me recharge par simple contact olfactif, Orchidée qui voudrait aussi me retenir de ses doigts tentateurs, aux crochets desquels l’été serait plus intense et épais comme le sang.  

je me souviens des fleurs (1)

tulipe
Tulipe sauvage (Tulipa sylvestris), Vallon de Combeau, Vercors, mai 2015
Des Tulipes sauvages du Queyras, du côté de Saint-Véran, de celles de Chartreuse, parmi les dernières Morilles, tout près des Mouflons. Des flambeaux de Tulipes encore, sur le Vercors, les Hauts-Plateaux, les flamberges du vallon de Combeau, dans ces mois de mai toujours triomphaux. Chaque printemps, les fleurs font rejaillir, plus vives, les couleurs d’un sentiment ancien. En montagne, nous ne sommes que de passage, mais les fleurs, pas même délogées par les longs mois de neige, renaissent à chaque fois au même lieu, téméraires, opiniâtres. Et le coeur est comme elles, enraciné ailleurs qu’en nos corps en fuite, pulsant la même sève céleste, imperturbable aux bourrasques assignées, s’acharnant, cadeau de notre histoire dans le vent qui à peine l’effleure.

harmonia mundi

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détail d’une aigrette de Pissenlit sp. (Taxacorum sp.), Vercors, Drôme, mai 2015
Soumis aux contre-alizés, l’infini petit monde résiste grâce à la bienveillance des poètes. Dans la lumière de leur hampe, il se déplie encore, fleur poussant ses fleurs, par-delà les galaxies descellées. La Terre, vue du ciel de la prairie, ressemble à l’iris effrangé d’un oiseau dans son nid de sommeil. Qu’ombre et pluie malmènent ses plumes, le chagrin est fertile : il en germera toujours un printemps.

rebirth

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Pulsatille printanière (Pulsatilla vernalis) et Chrysomèle bleue (Oreina menthastris), col de Corbières, Oisans, mai 2015

Ne pas se fier à leurs couleurs rutilantes. Dès leur élaboration dans l’oeuf et tout au long de leur cycle de vie, ces miroitants coléoptères d’apparence délicate déclinent différentes stratégies de défense, pour le moins redoutables. Les Chrysomèles produisent des substances toxiques qu’elles exsudent par tous les pores quand elles se sentent inquiétées. Une production recyclable, car elles ont la faculté de récupérer les molécules par un ingénieux système d’auto-pompage, pour les réutiliser plus tard. Les larves elles-mêmes émettent des nuages irritants, élaborés à partir des composés de la plante sur laquelle elles se sont installées. Dans le secret des pétales plumeteux de l’Anémone, les Chrysomèles ont inventé l’arme chimique durable.

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Listère à feuilles ovales (Listera ovata), Massif de Belledonne, Isère, avril 2015

Imaginez qu’un soir de bourrasque, les Noisettes se détachèrent de leurs rameaux. Elles roulèrent dans la pente, se dispersèrent sur le sol. Songez à ce qu’au seuil de l’hiver, un Mulot cherchant pitance se faufila par ici et fit de l’une de ces Noisettes son croquant festin. Rassasié, il abandonna la coque percée. Elle retomba trou contre terre. Et les saisons passèrent, le vent, la neige, la glace. Sous la caresse du doux soleil d’avril, la Terre réchauffée fit jaillir là une Orchidée. Pensez à ce qu’en se dressant, l’une de ses feuilles entra dans le fruit sec par l’ouverture taillée sous les incisives du Mulot et ainsi hissa la coquille, jour après jour, sans la faire tomber. Combien de chances y avait-t-il pour qu’une fleur, par la faute du vent, d’un frêle rongeur et d’une Noisette éventrée, en vint à imiter Daft Punk?

Qui de l’abeille ou de la fleur a fait l’oiseau?

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Rufipenne morio / Red-winged starling (Onychognathus morio), Olifants, juillet 2014

Chacun sur son épi floral, ici une femelle, piquait entre les capitules. Et sitôt gobé ce qu’il fallait d’insectes mal embusqués, dès qu’une tige avait épuisé ses possibilités de festin, hop! on passait au suivant. Il y a en avait une quinzaine, pratiquement silencieux, comme de discrets marauds, dont la mécanique implacable, sous le plumage strassé en jersey de soie, rendait ces oiseaux si singuliers – gentlebirds cambrioleurs.

fleur païenne

bleuet-2 Isère, juin 2014 – C’est souvent le soir à la clarté de la petite lampe, quand le mouvement du jour nous abandonne pour de bon. La peur de son propre sort au passage de la nuit redessine au pochoir le sort des autres. C’est le moment qu’elle choisit pour passer comme une ombre, l’ange parmi les anges, avec le sourire impalpable de ses dix-sept ans. Elle frôle de ses doigts joueurs le souvenir que vous aviez scellé sur une pierre froide. Elle vous demande « Qu’est-ce que tu fais? » en inclinant son visage ovalescent, presque amusée. Et vous cachez sous un vieux pull gris sans forme votre gêne de ne savoir lui répondre. En vérité, nous mourons chaque jour trop loin de ceux qui nous aimaient. Mais il ne faut pas les décevoir.
« Tôt fanée, je la garde, afin qu’elle flétrisse avec moi plutôt qu’avec le déclin diurne de la terre immense. » (Fernando Pessoa, Odes)

le bel âge

bebete

Cantharide moine (Cantharis fusca) sur Renoncule, Chartreuse, Isère, mai 2014
Sept ans de bonheur pour le projet Ecolo-Info ! Lancé en mai 2007 par la journaliste Anne-Sophie Novel et une poignée de pionniers pas niais, Ecolo Info s’est rapidement imposé comme l’un des médias influents sur l’écologie et le développement durable. Fort d’une trentaine de contributeurs, le site d’information attire aujourd’hui plus de 2000 lecteurs quotidiens, sans compter près de 23 000 abonnés à la page Facebook. Ecolo Info organise aussi des événements réguliers ouverts à tous, comme cet apéro lundi 26 mai à Grenoble, à propos de l’alimentation bio et locale, au Clair de Lune, 24 rue Très-Cloîtres, à partir de 18h30. Papotages sur le potage et au-delà, les bons plans pour se nourrir intelligemment dans les parages.

vu d’avril un soir

Belledonne et Chartreuse, Isère, avril 2014
Combien de printemps, combien d’avrils me reste-t-il ? Combien d’eaux de mars passées à guetter cette prime douceur qui reviendrait comme un suc éblouir ma langue natale ? Combien de joies vives le temps me laissera boire encore, agenouillé à sa source, jusqu’à devenir saoul ? Et après nous, qui foulera la terre de Dieu où la morille se cache ? Laissera-t-on intacts le petit sentier des grillons, et ce bois pour les deux chouettes qui se répondent, et cette prairie pour le renard en maraude? Qui chérira aussi fort que nous sa fugitive rousseur ? Je n’ai pas fini de regretter tout ce soleil qui va briller pour d’autres moins précautionneux. Combien d’années à tout revivre aussi fort qu’au premier printemps ?

soleil paradoxal

soleil

Isère, avril 2014
« Ce n’était pas une abeille, en fait, c’était un éléphant comme Alice le constata bientôt, ce qui eut pour conséquence au prime abord de lui couper la respiration. « Faut-il que les fleurs soient énormes », pensa-t-elle ensuite, quelque chose comme des maisons dont on aurait enlevé le toit et auxquelles on aurait mis une tige, et quelle quantité de miel ils doivent faire! » (Lewis Corolle, non, Lewis Carroll, Alice au pays des merveilles)

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