Articles marqués avec ‘enfants’

rois de coeur

enfants

Bondowoso, Java, août 2013

« Roi d’un chant de blé, d’une rivière, d’une vigne : ainsi devra-t-il se rêver. Et libre. Maître de soi, bûcher perpétuel où brûle la bûche de la vérité. Et que l’amour l’enserre.

Il voudra monter jusqu’à voir le ciel apposer des formes claires sur le bronze de son rêve. Mais les ailes font défaut. Il se blessera dans son effort. Et fondra en larmes sur son front d’enfant.

Et il apprendra la vérité. Le chant mourra dans sa gorge, rouge de cette frayeur qui entend et qui voit, goûte et touche et hume.

Et il étrennera son coeur lacéré d’homme acculé, d’homme aux abois, d’exécuté à l’instant de sa révolte. »

(Tout ce que je sais de moi, José Hierro)

ouvrez la cage aux oiseaux

halimun

Citalahab, Gunung Halimun, Java, juillet 2013
Depuis le rebord du nid, la tendre couvée inspecte le monde qui lui tend ses branches. Aux jours les plus longs, les oisillons s’amusent à vivre comme leurs parents et on les voit alors agiter bruyamment leurs ailes à peine emplumées. Ils tournent en rondes folles au ras de la forêt, s’écorchent parfois les pattes et leurs cris aigus percent la tôle brûlante du silence d’été. Un matin tôt, il partiront chercher leur vie pour de bon, dans les prés et les chaumes, parfois à des milliers de kilomètres du nid, d’un vol souple et plein d’espoir.

le désir du bain

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Amed, Bali, août 2013
L’eau qui se craquelle pour laisser passer la nuit. Elle la retiendra dans ses mailles gonflées de rêves.
La mer comme un drap qu’on remonte sur les épaules du voyageur assoupi. La mer comme l’impression de remonter le cours de sa propre existence, d’atteindre la vie où elle n’était qu’universelle fluidité.

bercés d’alluvions

Tam Coc, région de Dinh Binh, Vietnam du nord, août 2012

Kenh Ga, village d’eau et de pierres, aligne ses maisons basses au fil d’un fleuve plutôt mou aux infinies ramures qui s’enlacent entre des mamelons calcaires rongés de jungle. La barque est le seul moyen d’aller « liker » ses copains d’en face : c’est la bicyclette des enfants, et aussi leur cabane sur la vase voyageuse. Les gamins manient la rame en frappant l’eau comme un métal à fourbir. Cette eau qui les encercle étrangle leur destin : ils vivront de pêche et de riz, comme il y a des siècles, sans vraiment se soucier du fracas des villes. Quand un touriste un peu perdu les frôle, leur visage se rembrunit ou bien se desserre jusqu’au rire qu’on dirait presque moqueur. De ce monde aux joints mal calfatés, que savent-ils que je ne puis comprendre? Un signe de la main sous le ciel à peine entrouvert. Une barque passe.

de mer en fils (1)

Trincomalee, Sri Lanka, août 2011

Tant de regards qui m’interrogeaient le long des plages. Je ne sais plus finalement qui était le photographe : moi caché derrière l’appareil ou ces enfants de pêcheurs, leurs yeux qui me capturaient avec une certaine forme d’intransigeance? Sans les mots pour se parler, c’est sur leur visage que j’ai cherché à comprendre leur vie ici, au bord de l’océan meurtrier et après toutes ces années de guerre. Je crains de n’avoir saisi que des sentiments contradictoires, entre gravité, amitié et distance, qui brouillent l’impression. Et qui me font dire que je n’étais pas le maître du jeu.

les gardiens du temple

Trincomalee, Sri Lanka, août 2011
Je ne sais pas à quoi ils pensent, je ne sais pas comment ils voient le monde, les enfants de là-bas. Peut-être cultivent-ils une différence, une intuition particulière ? Détiennent-ils une vérité fondamentale ? J’aime surtout penser qu’ils sont tous les mêmes au fond d’eux, dans le Golfe du Bengale comme à Time Square, que l’enfance est une et sans frontière, tant qu’elle n’est pas éraflée par la trahison des adultes ou le mensonge néolibéral. Benoîtement, j’ai envie de croire que tous les hommes sont égaux par l’enfance, avec les mêmes provisions de rires à semer derrière eux, des sacs entiers que leur livrent les mésanges et les toucans pendant leur sommeil.

aux premiers crayons du soleil

main
Santa Fe, Nouveau-Mexique, août 2009
Baignés des rêves du ventre qui les a portés, les enfants plus que les adultes ont l’intuition de la construction du monde. Ils rejettent le néant de notre condition en gribouillant : le dessin est une manière de combler le vide au-dessus d’eux, d’illustrer l’harmonie supposée de notre terre natale. Dessine-moi un mouton et je te tricoterai un pull. Plus tard, les craies s’émiettent, les feutres s’assèchent et c’est une fleur sur le terreau universel qu’on gomme.

les observateurs du monde

place d'espagne
 Piazza di Spagna depuis Scalinata Trinita del Monti, Rome, janvier 2011
S’indigner, bien sûr, s’engager et le faire valoir. Car les maux de notre époque sont certainement moins imputables à l’irresponsabilité des dirigeants qu’à l’incurie de tous les autres. Mais s’indigner comment ? Comment réussir à observer, à décrypter avec un maximum de justesse tout ce qui bouge là devant nous, autour de nous ? L’homme est imparfait, ce qu’il voit n’est pas seulement la réalité, c’est aussi une partie de lui-même, de ses racines, de sa sensibilité, de sa religion qu’il projette. Comment, quand les ombres déforment et les bruits brouillent, ne pas trahir son devoir d’objectivité? Et ensuite comment être sûr de ne pas se tromper de combat ou du moins, comment s’assurer qu’il ne sera pas tronqué, émietté par quelques-uns sur l’autel du pouvoir? Je me pose ces questions sans arrêt. Je fais tourner l’empirisme, le rationalisme, le déterminisme dans ma tête, comme autant de méthodes possibles d’évaluation du réel. Mais de quel réel disposons-nous quand les chiffres se contredisent, quand l’Histoire se réécrit chaque jour?

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