rue de l’autre côté

enfantgrille

Camaguëy, août 2015

Les enfants du monde sont le miroir des jours d’ici : ils nous jettent au visage une curiosité méfiante, ou alors un bref rictus moqueur. Comme s’ils savaient d’instinct que nous sommes venus leur voler les sourires qui nous manquent, et tandis que nous avons déjà mis le feu au ciel.

aux marches du palais

cienfuegos solo

Parque José Marti, Cienfuegos, août 2015

Partout à Cuba, les enfants. Leurs ballons, leurs dents blanches, leurs rires. Et une drôle de mélancolie aussi, qui les attrape souvent au coin des rues. Comme fatigués de courir après ce qu’ils ne savent pas encore nommer avenir. Cienfuegos, ville monumentale, peut-être la plus belle de l’île (non, ce n’est pas Trinidad), juxtapose l’opulence du passé colonial à la fragilité d’un présent « révolutionnaire », qui dure, dure, et assoupit parfois les consciences.

tangente

manege

Bruxelles, décembre 2014

Enseigner les infinies nuances qui palpitent entre le bleu et le bleu : voilà pour se donner des ailes.

(Je m’étonne encore, grand naïf, de la manière tranchée, sinon brutale, employée par quelques frénétiques haut perchés pour fixer les grandes orientations collectives en ce début d’année. Orientations d’un autre âge, quand nous étions prêts à sacrifier l’essentiel parce que nous ne savions pas encore où il se logeait. Mais aujourd’hui? Encore des autoroutes, encore des barrages, encore des parcs de loisirs? Tout qui porte à scinder, isoler, écarter, confiner quand nous avons tant besoin de réanimer des intimités avec notre entourage.)

la rencontre

rencontre

Chambarans, Isère, novembre 2014

Vieux village assiégé par deux anges, et novembre qui brille comme en mai. De l’eau claire et du cristal sur les bouches enfantines. A quelques vols d’alouettes, la forêt qu’on éventre. Ils n’en sauront rien, lancés à accrocher de la lumière par-dessus les marquises. Leurs chansons n’empêchent pas encore les arbres de tomber, mais elles raniment les pierres du rêve.

itinéraire bistre

garevalence

gare de Valence – TGV, décembre 2013

La vie qu’on prend est rarement celle qu’on prévoyait d’emprunter. La plupart des plans tracés au compas et à l’équerre durant notre jeunesse ont échoué à nous guider. Mieux que les cartes, ce sont souvent les tempêtes qui ont dicté notre route. Ce n’est pas si mal pour qui survit aux tempêtes. Quand la bourrasque s’acharne, la barque des infortunés voyageurs finit par s’engager dans le courant des rages. L’époque me dit qu’il n’y aura plus tellement de répit pour les esquifs à la quille esquintée.

Continue reading %s

le nouveau petit prince

garconnetbali

Amed, Bali, août 2013

Le long des routes du monde, les sourires des enfants reviennent comme d’anciennes comptines, balaient les relents d’aigreur occidentale et rincent l’âme somnolente. Ils laissent dans le cœur un vif éclat d’espoir. C’est la vraie vie qui fait signe. Celle qui se vit sans peur et sans rouerie, celle qui se partage comme le ciel et que l’on regrette dès les yeux fermés. Les enfants du monde n’ont rien à regretter, puisqu’ils ne dorment pas.

Continue reading %s

le ballon vert

ballonvert

village de l’Atlas, janvier 2014

 

« Il y a cette espèce de croyance en un monde délivré du mal,

Et des cris, et de la souffrance,

Un monde où envisager l’horreur de la naissance

Comme un acte amical

Je veux dire, un monde où l’on pourrait vivre

Depuis le premier instant

Et jusqu’à la fin, jusqu’au terme naturel ;

Un tel monde n’est en aucun cas décrit dans nos livres.

 

 

Il existe, potentiel. »

 

(Michel Houellebecq, Naissance aquatique d’un homme)

 

la bête curieuse

kirinda

Kirinda, Sri Lanka, août 2011

« (…)L’animal que j’étais attendait les cacahuètes de leurs sourires pour se sentir accepté dans la prison du monde. » (roadbook Sri Lanka 2011)

bleu horizon

enfantbleu

banlieue de Medan, Sumatra, juillet 2013

La création du nouvel aéroport de Medan, à une quarantaine de kilomètres de la capitale de Sumatra, a bouleversé le paysage. Entre Medan et le tarmac, une voie rapide saturée en quasi-permanence traverse des zones humides et des pâturages en partie remblayés d’où s’élèvent des habitations visiblement construites à la hâte. Les enfants passent leur temps à regarder le spectacle des embouteillages. Aux alentours l’expansion vertigineuse de la culture du palmier à huile, réputée donner du travail à tous, semble loin d’avoir produit tous les bienfaits qu’on lui prêtait.