Articles marqués avec ‘désert’

revoir les girafes

girafes
Pan Etosha, Namibie, août 2003
Sur les pages du passé que j’agrafe, il y a cette photo de girafes. Trois mammifères dans le désert, qui marchent à l’amble, ensemble, pour étancher quelle soif ? Leur dégaine dégingandée sur un rivage inachevé, trois girafes isolées, tombées en carafe, mais la migration décidée. Les animaux du silence s’élancent comme trois gracieux paraphes au fil des pages que j’attache. Les ai-je si longtemps shootés ? Sur la carte du géographe, l’endroit est à peine mentionné : les girafes passent et font le taf d’un passe-muraille mal peigné.

tempus fugit velut umbra

sur la route du Grand Canyon, Arizona, août 2009
Il y avait cette poussière jaune qui collait partout à la fin de la journée, et nos visages creusés par la chaleur et la fatigue, les regards un peu perdus. La piste ne nous avait pas conduits à l’endroit qu’on avait imaginé sur la carte, il allait bien falloir se contenter de cette croûte brûlante pour se reposer. Un sommeil troué : tu avais entendu deux coyotes qui se répondaient, moi c’était la voix rauque du hibou. Dormir dans le désert est une chose impossible : on a peur de se perdre au fond de ses draps immenses, alors on se raccroche au moindre cri. Nous reprenions dès l’aube le chemin des cailloux, emportés dans la même déroute que la veille, la même déroute qui nous entraînerait le lendemain. Vautrés dans cette poussière jaune que rien n’efface. Nous ne savions pas encore que c’était notre propre cendre. Watch The Sunrise - Big Star

on marche, c’est tout

Ce qui n’est pas ne sera plus, ce qui fut ne peut changer. Le désert, ce n’est pas seulement l’immensité minérale qui s’étire au devant de nos pas, le désert est aussi le moment où l’on perd le sens de chaque chose et ses repères et ses figures. Le désert est dans l’heure qui se creuse entre des tilleuls sans ombre, dans le chaos immobile des saisons qu’un trille d’oiseau vient brièvement d’éclairer. Le désert ensable la course des siècles après le souvenir de la mer. Il fige notre impuissance à aimer tout et redessine les autres en silhouettes épineuses. Le désert ressemble à tes yeux quand ils versent vers la dune de questions et quand mes grains de mots ne savent plus les boire. Le désert, c’est quand il semble que l’on pourrait toujours continuer comme ça.  
(mai 2005)
desertnb
vers Taroundant, Maroc, avril 2005

united colors

whitesands
White Sands, Nuevo-Mexico, juillet 2009
« Agir et aimer et souffrir c’est vivre, en effet, mais c’est vivre dans la mesure où l’on est transparent et accepte son destin, comme le reflet unique d’un arc-en-ciel de joies et de passions qui est le même pour tous. » (Albert Camus, La Mort Heureuse, magnifique roman que je découvre ces jours-ci).

l’invention du papier sensible

cabane
quelque part au milieu du Nouveau-Mexique, août 2009
Il y a des jours sans gloire qui patinent dans un demi-deuil et figent l’absence, l’omission et la lacune dans un long poème désincarné. Des jours à peine éclos, qui tardent à rallumer les espérances et se complaisent dans le renoncement à tout éclat. Ces jours-là exaltent aussi des souvenirs d’étrange mollesse. Dans le ciel passent des barques malaises. Mes mains caressent les rochers d’Alice Springs polis d’éternité. Ces jours-là, je longe les longues routes défoncées du Nouveau-Mexique. A toute allure ou au pas, nulle différence : le paysage reste le même, dégorgeant ses mers de solitude sur les grèves de rien. Il ferait un peu plus froid, on entendrait les pierres se fendre. Et jusqu’au soir suivant, je marche sur la rampe de la nuit, les pensées lestées d’aube et d’eau pour me tenir en équilibre. C’est un temps hors du temps, une épreuve à la typographie désordonnée, c’est le cliché flou d’une contrée ignorée du monde, où chaque virgule, chaque reflet tourne en rond dans son sillon de vinyl. Une voix qui grésille son gravier banal et vient à notre perte : « Tu me manques ».

chant du premier matin

oliver lee national park
En descendant vers El Paso, Nouveau-Mexique, juillet 2009
J’ai vu le désert du Nouveau-Mexique faire table rase et épouser les reflets du soir. J’ai vu les aloès griffer le ciel dans la sérénade obstinée des grillons. J’ai vu le vent brûlant soulever des paquets de plantes et d’épines le long de routes désolées qui ne menaient nulle part. Et maintenant c’est un amour immense qui étincelle dans le matin d’hiver. Je suis derrière ma fenêtre, le nez contre la vitre embuée. Rien du spectacle de ce froid janvier ne peut m’affecter. Des broderies de givre font un air de fête aux arbres. Les voitures se pressent lentement dans les rues comme des longs couloirs vers les noces du jour promis. Je ne retiens que la clarté nouvelle et le mouvement doux de tout ceci. Thé brûlant, coeur triomphal. Et si soudain je renaissais pour le bonheur? Et si la vie était pour nous?

copenhague’s opening

dune elim
Vers Sesriem, Namibie, juillet 2003
Que va-t-il germer de là-bas ? A quels esprits arides les bonnes volontés devront-elles faire face ? Quelles que soient les spéculations autour de la responsabilité humaine du dérèglement climatique, le sujet du réchauffement reste fascinant à disséquer. Il nous rappelle la dimension finie de la Terre et révèle à la portée de tous l’intrication profonde de tous les phénomènes qui la traversent, depuis les suicides au bureau jusqu’à la déforestation programmée de la Papouasie. Par Copenhague et les médias qui s’en font l’écho, la Terre s’affiche enfin telle qu’en elle-même dans l’esprit de chacun : un objet cosmique indépassable et cependant vulnérable, aux équilibres non cessibles, pourvoyeur de richesses infiniment supérieures à celles que traduit le PIB. Nous voilà face à nos responsabilités. Chaque pays pourrait repartir de Copenhague aussi gaiement schizophrène qu’il était arrivé, avec ses chiffres, ses promesses de don, son petit pourcentage autorisé et ses projets de plantations de palmiers à huile ou de port méthanier encore intacts. J’ose espérer que cet énième sommet pousse plus haut l’envie de partager unanimement une seule et même vérité : la vie est le miracle de l’univers.  Qu’elle est à célébrer sans attendre, sous toutes ses formes, par nous tous, collemboles, primevères et orangs-outans, et par tous ceux qui viendront s’asseoir sur la colline après nous.

© 2009-2014 - GEASTER

ИТ новости