vie, mort, etc.
6/12/2011
Isère, octobre 2011
D’un être qui se sait au bord du précipice rejaillit l’élan furieux de vivre (ce même éclat qui confine à la faim d’aimer et présage de la jouissance, comme si l’amour préfigurait un effondrement). Et quand bien même survient cette fin que l’élan ne contient plus, il reste l’énergie folle de la chute pour allumer l’instant d’un feu, d’un souffle altier. Il y a autant d’étoiles au ciel que de passages par ici.
La mémoire fait un peu de buée sur le miroir de l’automne : la saison des pluies s’entiche d’un chagrin qu’elle croit n’avoir jamais vécu.
Moutons dans un enclos de doutes, tandis qu’un crachin froid s’obstine sur leur paletot de laine : nous autres, broutant menu sous le ventre des loups.
D’une vie finissante à l’immortelle attente d’une autre vie, il n’y a qu’une folie : s’éprendre de décembre.
puisque l’automne (6)
5/12/2011
Coprin pied-de-lièvre (Coprinus lagopus), Drôme, octobre 2011
« Au terme de ces jours, il ne reste qu’humilité, solitude, ruines. Mais, à portée de la main, la paix avec soi-même.» (José Maria Alvarez, Le Bouclier d’Achille)
ne reviens pas
3/12/2011
Bellver de Cerdana, Espagne, juin 2011
L’an s’échoue au bout de ma langue en soupir séché de groseille. Sur son tènement ténu de lande tu ne ferais pas tenir une abeille. Le busard Saint-Martin qui filait vers le monde est un blanc drapeau planté dessus. Chante-Grenouille, La Biche-au-Bois sont tombés dans le panneau : toutes ces collines qui couraient de lenteur, tu n’en verrais même plus la couleur. Ne reviens pas, avril, tu ne retrouverais pas tes petits, ni à la mare ni dans les nids. Les saisons sont sur la paille et le ruisseau roule à crédit. Ne reviens pas, reste à ton rêve d’herbe-à-Robert coiffant bleuet, dans tes parfums de vieux papier et d’arcanson : le sot qui t’adulait aux brèves demoiselles a rendu sa chanson.
de mer en fils (3)
29/11/2011

Trincomalee, Sri Lanka, août 2011
échouages (2)
27/11/2011
Trincomalee, Sri Lanka, août 2011
Tout au bout de l’île, c’était comme tout au bout du monde : une impression de vide, avec la mer et le ciel inutiles, des cocotiers titubants et des vagues translucides au bruit mou. Les jeunes qui descendaient du village chaque soir fixaient le même tableau, espérant peut-être quelque chose d’improbable qui viendrait soudain briser l’horizon de leur journée : le passage d’un paquebot, une baleine ensablée, un nouveau phare pour éclairer la nuit. Sans me jeter un regard, sans même se parler, ils restaient là vingt ou trente minutes, entre chien et loup, jusqu’à ce que le sépia de leur mélancolie conspire avec l’ombre du soir. Plus tard, je me suis demandé si dans l’autre partie du monde, notre attitude était si différente de la leur. Cherchant l’introuvable sensation dans l’océan de nos spectacles rabâchés, guettant l’ivre sardine dans le gris que les novembres entassent.
le sceptre d’Agamemnon
23/11/2011
Lyriocephalus scutatus (mâle et femelle) – hump-nose Lizard, Sinharaja Forest Reserve, Sri Lanka, juillet 2011
Joyau endémique des profondeurs de la forêt humide, l’Agame à tête de lyre se laisse découvrir tout au bout des chemins glissants de sangsues. Se rappeler qu’il ne sait vivre que sur ces arbres là et nulle part ailleurs dans le monde pour bien mesurer la fragilité de la créature, ses exigences, ses contraintes. Chaque espèce est le produit hasardeux d’un repli de montagne avec une tranche de temps de quelques millions d’années. Parcourez l’autre versant, le nez du lézard ne sera déjà plus le même. De l’autre côté de la vallée, une autre espèce le remplace déjà. Et ainsi de suite, au gré des vagues tectoniques. Protéger chaque espèce, c’est un devoir de mémoire : l’écaille du lézard porte des siècles de vie terrestre, d’efforts patients d’adaptation, d’histoires géologiques, de migrations et de bourrasques.
(cliquer sur les images pour agrandir)
Léo, bête à part
19/11/2011
Panthère (Panthera pardus), Yala, Sri Lanka, août 2011
Le Sri Lanka est un haut lieu mondial pour l’observation de la Panthère. Si ses populations ont dramatiquement baissé depuis un siècle avec la déforestation, l’animal est encore assez bien représenté dans les régions sèches de l’île. La Panthère est un précieux argument touristique : des cohortes de jeeps pleines d’Occidentaux en goguette sillonnent inlassablement les parcs nationaux en quête d’une vision même furtive du gros chat.
Chacune de mes rencontres avec des félins dans la nature fut une expérience inoubliable: les Lionnes harcelées par les Hyènes en Namibie, le Chat de Geoffroy qui nous a frôlés en Argentine, le jeune Puma qui surveillait le montage de la tente dans le sud de l’Arizona ou, plus près d’ici, la maraude des Lynx ibériques dans la Sierra Morena, en Andalousie, sont autant de spectacles qui marquent à vie.
On comprend d’autant mieux l’engouement pour la Panthère : l’animal inspire un incomparable sentiment de magnétisme. Mais nul ne sait comment il survivra avec la pression redoublée du tourisme : aux portes du parc national de Yala, qui constitue la terre d’élection du félidé au Sri Lanka, le Gouvernement est en train de construire le deuxième aéroport international de l’île, dans le but d’attirer plus nombreux les visiteurs dans cette partie du pays.














