les bachelières

Elles ont passé le bac et déjà elles s’éloignent de la rive. C’est l’été qui les entraîne, doucement par l’épaule, elles se laissent faire un peu, décidées à se laisser faire. On les verra fouler les hautes herbes et les chemins creux, prêtes à froisser leurs robes fraîches et griffer leurs genoux peureux. L’été les entraîne à frôler l’essentiel, les lèvres armées de rires, les chuchotis  pendus au cou. Jouer de légèreté, se plaire à l’idée de plaire, c’est dans l’air du temps, et tant pis si le temps s’y perd.

Un soir, elles iront danser sur la plage de l’autre côté de la baie. Elles se coucheront sur le dos, les tempes libres et les reins chauds. Elles auront toute la nuit pour elles et le monde en sera plus beau. Il ne faudra pas lire dans leurs pensées, juste attendre le geste d’après. Et ressentir. C’est un jeu qui peut mener loin, au moins jusqu’au petit matin. On les retrouvera ailleurs, sur un quai, pas de très bonne heure, démêlant les cheveux des garçons qui avaient osé, qu’elles auront choisis. Quelques textos sur le rail et puis.

fille dans la mer nb

Australie, été 2007

procession d’effroi

coquelicot

Chambarans, Isère, juin 2010

L’été ferme les prières. Il absout les consciences, signe les permissions. Nulle délivrance pourtant. Aucun vent pour écarter l’herbe cramponnée à sa pauvre terre jaunissante, aucune pluie pour détordre les molles courbures du blé. Papillons comme cent petits chiffons pendants. Cigales comme cymbales désassemblées. Après le printemps, ce n’est plus le bonheur, ce n’est plus l’harmonie. Juste un qui-vive somnolent au front des palais. L’été est un temple dévasté et ses fidèles, jeunes merles et fauvettes éjointées, ont l’âme poreuse autant que le cœur fermé. On a beau dire, on a beau faire, l’été prolonge les misères.

(juin 2005)

mi-ombre mi-soleil

amanite épaisse

Amanite épaisse (Amanita spissa), Chambarans, juin 2010

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D’un côté tous les kilojoules que le boulot me réclame ces jours-ci, de l’autre les gais égaillages que je constate sur le Web. Résultat : pédale douce sur le blog. Et c’est normal, c’est l’été, on a autre chose à accomplir que bronzer derrière l’écran. J’avais pensé à des jeux à points, des sudokus et des mots fléchés pour vous accompagner à la plage mais c’est finalement la stratégie de la rediffusion qui a été retenue. L’occasion d’exhumer quelques oldies, choses qui paraîtront toutes neuves (et sans doute décalées) aux lecteurs acquis depuis moins d’un an.  Autant vous prévenir, à une époque, au tout début des blogs, je produisais beaucoup plus d’encre qu’aujourd’hui et je faisais des photos très moches. Si les clichés sont impubliables désormais, il reste quelques textes à sauver, qui peuvent éventuellement éclairer et contraster la production récente. Mi-ombre, mi-soleil.

Je ne m’envole pas tout de suite. Il y aura encore des billets neufs dans les semaines à venir, mais ils risquent de fondre comme neige au soleil. Sauf changement météo de dernière minute bien sûr, auquel cas je viendrai déclamer sur la pourriture de l’été (peu probable d’après ma rainette en son bocal). Quel que soit le cap qu’on s’est fixé, il faut garder l’agilité nécessaire pour rebondir au plus vite en cas de bourrasque. Mi-ombre, mi-cadeau.

la forêt fait ses pieuvres

anthurus

Anthurus d’Archer (Anthurus archeri), Chambarans, Isère, juin 2010

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vagabonds pudibonds

cortinaire rougissant

Cortinaire ocre-rouge (Cortinarius bolaris), Chambarans, Isère, juin 2010

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Voilà une espèce peu commune que je n’avais plus rencontrée depuis plusieurs années dans « mes»  forêts. La faute à des saisons trop sèches, enfin mises à bout par un printemps copieusement arrosé. Ce champignon n’offre rien de spécial sinon son jaunissement intense au toucher; il est de plus suspecté de toxicité – comme 95 % des quelque 2000 espèces de cortinaires européennes. Il reste cependant l’un des éléments essentiels du dispositif de balisage de mes pérégrinations bucoliques. Sa réapparition cette année a quelque chose de rassurant. Parce que j’ai appris jeune à le reconnaître et parce que ses poussées sont plutôt rares, le Cortinaire bolaire, qui doit son nom à la belle argile rougeâtre qui se vitrifie à la cuisson, fait forcément partie de ma mycologie intime.

un secret dévoilé

amanite rougissante

Amanite rougissante, dite Golmotte (Amanita rubescens), Chambarans, Isère, juin 2010
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quelques menues pensées sur le temps qui passe

plagette

L’Estartit, Catalunya, avril 2010

J’ai beau compter dans tous les sens, j’ai bien 43 ans ce matin. Mine de rien j’ai dépassé la moitié de ma vie et ma jeunesse est condamnée à un exil atroce. Qu’ai-je fait de tout ce temps ? Je n’ai pas le temps de chercher la réponse.

Il faut avoir du temps devant soi pour écrire pleinement sur la vie pleine. Mais quand la vie déborde, il n’est plus temps d’écrire. Ecrire, ce n’est pas vivre. Et je m’en plains.

Je reçois depuis plusieurs jours des spams de l’office de tourisme de Tahiti. Ses plages, ses palmiers, ses vahinés me tendent les bras. J’aimerais voler à leur secours, malheureusement d’autres affaires encore plus graves que l’isolement tropical me retiennent ici. Quelqu’un se dévoue ?

Il faudrait accepter le destin comme le prix à payer d’une vie aussi belle qu’aléatoire. On ne prend pas moins de risques à l’acheter en solde.

J’aurai beau compter dans tous les sens demain, j’aurai encore à peu près le même âge. Je vais tâcher de renouveler l’expérience régulièrement pour entretenir ma mémoire de la vie. Je devine déjà qu’il y aura un âge où je ne saurai plus trop compter. On ne peut pas compter sur le temps très longtemps.

La nature est bien faite : le temps efface jusqu’à notre mémoire pour ne plus avoir à affronter la nostalgie.

« La nostalgie que je ressens n’appartient ni au passé ni au futur » : en cherchant encore un peu, Fernando Pessoa aurait pu inventer la machine à arrêter le temps s’il n’était pas mort à 47 ans.

New York in progress (#3)

west side

West Side, New York, août 2009

New York in progress (#2)

nyc

Garment District, New York City, août 2009

New York in progress (#1)

nyc1

Midtown East, août 2009