le dire avec des fleurs

6/01/2012

Venise, quartier du Ca D’Oro, janvier 2012

Les cyclamens mettent un peu de saint-esprit aux façades rongées. La couleur des fleurs et parfois les ailes du linge rythment les rebords de la ville. Il y a aussi des lueurs qui cognent aux vitres, et à cela on devine que les immeubles les plus vétustes sont toujours habités. Pourtant aucune silhouette ne vient se pencher. Les canaris dans les cages chantent une mécanique absente, c’est sans doute le vent de la mer proche qui a coincé un os de seiche entre les barreaux. Les Vénitiens rechignent à se mettre à la fenêtre, par peur de tomber dans les canaux peut-être, ou parce qu’ils n’aiment tout simplement pas montrer qu’ils sont vieux. La ville a perdu la moitié de ses habitants en quelques décennies. Combien de temps encore cette comédie peut-elle tenir sur ses pilotis?

l’échappée belle

4/01/2012

Ile de Burano, Italie, janvier 2012

Ramené un peu de couleur de ma pause hivernale, comme on met du rouge aux joues des comédiens de rue que la pauvreté rend hâves. Retrouvé quelques flammes au fond des yeux de cette Europe à bout de souffle. La généreuse poésie de l’Italie mérite qu’on se pète la varice.

l’année qui naît

2/01/2012

Kandy, Sri Lanka, août 2011

A vous tous, chers amis, passants, parents, patients, je vous souhaite une année 2012 pleine de curiosité aux dents blanches.

coda from 2011

29/12/2011

Une année filée comme un bas à la vitesse de la lumière, aveuglante jusqu’au bout des ongles. Une année où le temps semble s’être syncopé : une année courte sur sa jolie nuque, aux émotions souvent longues mais étouffées. Comme un espace en sursis, une matière liminaire. L’impression d’avoir couru en tous sens sans déborder de son sillon tout tracé : rassurance, confort, prises de risque limitées. Des fidélités à l’épreuve du temps qui gronde, en noir et blanc sur papier crépon : la couleur m’ennuie un peu, c’est vrai, parce qu’elle efface les nuances et écrase le grain de la vie. 2012 épousera l’anthracite sans miner, coiffera les aubes d’un plus fin minerai. Et peu m’importent les résolutions dans le flou, ce sont des bonnes révolutions que je veux souffler dans son cou.

to see you

29/12/2011

Ella, Sri Lanka, août 2011

que la fête commence (2)

22/12/2011








Perahera, Kandy, août 2011

même sujet : que la fête commence (1)

passé comme une ambre

20/12/2011

Anuradhapura, Sri Lanka, août 2011

Rentrer les bêtes avant la nuit, avant les peurs. S’attacher aux reflets, aux détails, aux précautions, aux timidités, aux hésitations. Aimer les complicités silencieuses, les pays à leurs frontières, un bouton défait, les voyages longtemps rêvés, la route à refaire, les nostalgies éclatantes, les frêles bateaux blancs, l’odeur poivrée des algues et les incertitudes sous la pluie. Deux heures ou trois dans la lenteur du soir, volées à la pulsation métronomique des semaines toutes pareilles. Entre chien et loup, je choisis ton cri. Il n’est d’autres instants plus précieux que ceux délivrés d’une ultime conviction, quand l’ombre m’efface comme une aile d’oiseau à tes lisières.

le temps des amis

17/12/2011

Pondichéry, Tamil Nadu, Inde, août 2008

C’est une camaraderie qui ne cuit pas à moitié, l’amitié. Et l’ami de pain, c’est le commis de la bonne pâte : se marrer de tout, se narrer des riens. A feu très doux : un copain, c’est celui qui vous sort du pétrin sans michetonner.

mes disques de l’année 2011

14/12/2011

Onze parmi une trentaine. Ca pourrait encore évoluer d’ici Noël mais l’essentiel est là.

Metronomy – The English Riviera : Largement plébiscité dans les différents classements, c’est aussi mon album de l’année, mon caipirinha mentholé, ma sucette au caramel, mon Steely Dan en gelée – sans risque de faire monter le cholestérol, grâce à une science démoniaque du son juste.

Deaf Center – Owl Splinters : Signée d’un duo norvégien, ma (fausse) B.O. de l’année, renversante de beauté néoclassique. Où piano grêle et cordes se disputent un éjaculat du crépuscule pour féconder en violence impalpable.

Herion – Out & About : Un trio italien qui oeuvre près des précédents, cherchant la texture vespérale, aux confins de la musique de chambre (sans la robe du même nom) et de l’ambient. (album sorti dans les derniers jours de 2010)

Beirut – The Rip Tide : Faussement cheap et fragile, le troisième opus de Beirut est aussi son meilleur. Les mêmes bonnes recettes pop balkanico-low-fi des précédents, mais avec un peu plus de retenue, de respiration, d’ouverture.

St. Vincent – Strange Mercy: Elle, je l’aime. Et puis c’est tout.

Jay-Jay Johanson – Spellbound : Toujours assez fan de la mélancolie plaintive de l’esthète suédois, qui désarticule le trip-hop au profit d’une élégante élégie jazz, où le fantôme de Chet Baker s’invite à rôder entre les cliquetis électro.

Kurt Vile – Smoke Ring For My Halo : Un folk-rock perdu dans une brumeuse réverb’, sorte de Neil Young climatique avec un sens velvetien de la fatigue. Sensation dusty road de l’année.

The Ho Orchestra - The Spoon River Project : Prenez 4 ou 5 musiciens hollandais (Nits passés et présents pour la plupart), le pianiste suisse Simon Ho et des chanteuses scandinaves, et vous obtenez le plus improbable combo de folk européen, au sens géopolitique du terme.

Wilco – The Whole Love : Retour en forme pour le groupe de Jeff Tweedy (après deux albums plus inégaux), avec des morceaux gonflés de guitares et une écriture pleine de trouvailles.

The Horrors – Skying : Le meilleur album des Smiths depuis la mort de Ian Curtis.

Farewell Poetry – Hoping For The Invisible To Ignite : Un collectif français qui distille son idéal spleen dans le post-rock cinématographique. Une belle découverte.

Concert de l’année : Patti Smith à Grenoble (ne serait-ce que pour les vingt dernières minutes en tee-shirt).

J’ai aussi prêté mes tympans à quelques histrions de la variété française : Alex Beaupain – Pourquoi battait mon coeur ; Jean-Louis Murat – Grand Lièvre; Johnny Hallyday – Jamais Seul; Hubert Fournier – La Maison de Pain d’Epice.

Horreur de l’année : le dernier Bénabar, non?

le retour des oiseaux (7)

11/12/2011


Martin-Pêcheur d’Europe (Alcedo atthis), Habarana, Sri Lanka, août 2011

 
Quelques flammes et un peu d’azur au seuil de l’hiver.

(photo publiée dans le magazine Profession territoriale – numéro de novembre 2011 – cliquer pour agrandir)