Archive pour novembre, 2012

bed alone

Baie d’Along, Vietnam, juillet 2012
  « C’est si étrange, un amour qui meurt. Le monde devient soudain gris autour de toi, froid, compréhensible, sobre et lointain. » (Imre Kertész, Liquidation)

se blottir

Sa Pa sous le Fan Si Pan, point culminant du Vietnam, août 2012
« Les images dont je suis exclu me sont cruelles; mais parfois aussi je suis pris dans l’image. M’éloigner de la terrasse de café où je dois laisser l’autre en compagnie, je me vois partir seul, marchant un peu tassé, dans la rue déserte. Je convertis mon exclusion en image. Cette image, où mon absence est prise comme dans une glace, est une image triste. » (Roland Barthes, Fragments d’un discours amoureux)

la libellule

marché flottant de Chau Doc, Vietnam, août 2012
Toute notre vie, nous la passons à essayer de nous représenter ce qui nous dépasse : le ciel, l’horizon, la mort. C’est pour mieux affronter ces mystères insondables que l’on se hisse, qu’on se déplace, ou qu’on boit à la paille, par exemple. Et quand, par la magie de nos gonades, l’amour surgit, on voit en lui le transport idéal pour se rapprocher des étoiles et les déchiffrer enfin. C’est un leurre, bien sûr. L’amour n’était qu’un colifichet qui nous a détournés un instant de l’angoisse de l’écrasement et de la perte. Car l’amour, comme n’importe quelle libellule de son roseau ployant, s’est finalement envolé par-delà l’horizon. Il nous laisse un peu sonné, le front contre la vitre de la cuisine, et nous voilà à recompter chaque soir toutes les étoiles que les épuisettes désabusées de nos rêves à grosses mailles n’ont pas pu retenir.

exsangue

Cat Tien National Park, Vietnam, août 2012
« Elle venait entre les saules, elle allait lentement, est-ce qu’elle avait peur aussi? Ou bien est-ce que c’était l’ombre? Je suis allé vers elle, je lui ai dit bonjour. « Alors, comme ça, ça va bien? » « Oui merci. » Nous n’avons plus su que dire. Il y avait un arbre, l’étang était tout près, le vent a passé entre les roseaux et j’ai senti sa main trembler. « Ecoute, est-ce qu’on fait un petit tour? » « On nous verrait, non, j’aime mieux… » « On pourrait s’asseoir. » « Ce n’est pas la peine. » J’ai voulu parler mais je n’ai pas pu et elle était déjà partie. (…) » (Charles-Ferdinand Ramuz, Le Petit Village)

les maux fleuves

Le Mékong à Chau Doc, Vietnam, août 2012
Il y a des torpeurs dont on ne sort pas. Des troubles émois qui durent, des remuements sans rémission. Ils nous habitent et parfois nous confondent avec les bourrasques de novembre. Les sensations tombent en nous comme des feuilles mortes et nos soupirs s’épuisent à les soulever encore. On se fait des histoires et les histoires nous défont, un peu. Pages illisibles à force. Le temps joue au cadavre exquis avec les morceaux de nos destins. Et parfois les assemblages sont si cruels que les bras nous en tombent. Ici et là les berges se creusent, dans le tumulte des courants contraires au flux des cœurs, laissant l’eau malmener le limon. J’ai vu bien des barques se briser dans la colère des rivières, des pêcheurs se perdre dans le bouillon pisseux des nostalgies. Moi je m’accroche à mon saule marsault, moins lié que les autres saules aux milieux détrempés. Revers de la médaille : la longévité du saule marsault est brève. Je n’aurai pas grand’chose de tous les rêves jadis semés, mais j’ai aussi cueilli des joies qui ne figuraient pas dans les herbiers officiels. Des désirs qui s’écoulent sans vent ni fausse route, eaux lentes, conscientes, pareilles, vers la mer : c’est prendre le risque d’ensabler les baies et d’émousser l’écume. La sagesse serait de ne vivre que pour les quelques secondes qui précèdent un passé toujours imminent. Nager devant le mascaret avec l’avidité d’un saumon qui n’aurait plus peur de laisser quelques écailles à la surface du miroir.

west side story

A l’heure où le monde entier a les yeux rivés sur l’Amérique, une petite sélection d’images N&B réalisées à la volée dans les rues de New-York au début de la première mandature de Barack Obama, au mois d’août 2009.
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