Archive pour juin, 2012

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Ella, Sri Lanka, août 2011
  Ce train qui file et file la même scène du temps, monstre cadencé, ce train toujours pareil qui passe entre les paysages changeants, ce train qui m’emportait vers toi, dans l’odeur des bébés en pleurs, ce train chargé de promesses, d’histoires capitales, je l’ai enfin repris. Ce train qui mettait nos souffles à quelques jets de pierres, il passe et repasse sur le rail de rouille. Fil rouge de l’amour, puis d’un amour vers l’autre. Des destins se sont croisés sur des voies parallèles : c’est le miracle du chemin de fer, inaccompli. Ce train qui projette mon corps immobile vers une cible que je ne connais pas, ce train où je croise parfois des visages familiers, des sourires que je ne saurai déchiffrer et d’autres visages qui m’interrogent, rempli de vies dont je ne serai pas. Ce train fourbu aux gares obligatoires, qui reprend de la vitesse après les passages à niveaux, ce train qui s’achemine, jour après jour, comme un animal étrange qui emporte sa proie, ce train qui souffle un peu ce soir dans la chaleur métallique de l’été, c’est ma vie.
photo tirée du reportage : l'arrivée d'un train en gare d'Ella

rafraîchissement

Horton Plains, Sri Lanka, août 2011
« Je suis empli de joie et de peine parce que je perds ce que je rêve et que je peux être dans la réalité où se trouve ce que je rêve. Je ne sais pas ce que je dois faire de mes sensations. Je ne sais pas ce que je dois être tout seul avec moi-même. Je veux qu’elle me dise quelque chose pour me réveiller à nouveau. » (Fernando Pessoa, Le Berger Amoureux)

odorante adoration

Syrphe sur une fleur qui pose question : la Raiponce, massif de Belledonne, Isère, le 23 juin 2012
Se risquer plus près, poser ses lèvres sur son archipel à peine éclos. Se laisser bouleverser par ses parfums déroulés d’aube et de houle, frôler ses cyathes de lumière à l’heure où la rosée boit le ciel, sans brusque coup de rame. Et sa main de feu dans ma main de pluie, et l’aubier de son coeur sous l’écorce de mes nuits vieilles. Se laisser gagner par tout ce qu’elle ne retient plus, une plainte, un souffle qui rebondit de joie en larme. Autour de nous on dirait que la terre se termine. La vie n’est jamais plus battante qu’à ses frontières enchevêtrées.

after hours

Travailleur des mines de pierres semi-précieuses, région de Ratnapura, Sri Lanka, juillet 2011
Lente remontée vers le jour, les feux clignotants, les galaxies de néons. Il achève de s’arracher d’un été noirci de pauvreté. Surtout ne pas penser à l’automne. La fatigue étincelle dans la boue du monde. L’air a l’odeur de la forêt mouillée comme un pétard trop lent à éclater.

le baiser des roses

roseraie de l’abbaye de Valsaintes, Alpes de Haute-Provence, mai 2012
Vous verrez certaines fleurs s’ouvrir très vite dès le premier rai de l’aube. Presque bruyamment leurs corolles s’évasent. Elles projettent leurs couleurs en mouvements dispendieux, prêtes à lécher le soleil, à avaler les moindres nuages. Ce sont des fleurs qui s’avouent généreuses, mais qui n’en sont pas moins avides – de lumière, de succès, de reconnaissance. A s’attifer de mille reflets, elles faneront vite. D’autres au contraire prennent le temps d’infuser la douceur du matin dans leurs pétales encore mi-clos. Leur chair semble hésiter à suivre la course de l’astre, l’âme dans un repli d’ombre. A une minute imprévisible, au gai hasard du jour, elles dérouleront enfin leurs parfums mélangés, comme un langage doux et profond, un vin gorgé de surprises. C’est d’ailleurs à leurs expirations patientes que vous les remarquerez enfin. Vous étiez assis là sur la pierre nue à contempler l’allée de roses, et vous n’aviez encore rien vu de la vérité des fleurs.

rossignol de mes amours

Rossignol philomèle (Luscinia megarhynchos), Aiguamolls de l’Emporda, Catalunya, juin 2012
On l’entend beaucoup plus qu’on ne le voit. Encore faut-il savoir reconnaître son chant, qui roule en cascades flûtées le long des nuits printanières et du début de l’été. Le Rossignol n’a pas le plumage de son talent vocal. Le costume marron qu’il endosse en tous temps le rend tout à fait banal, si ce n’est son gros oeil expressif et l’éclat roux de son croupion lorsqu’il s’échappe d’un buisson à l’autre. Le Rossignol n’est pas spécialement farouche, mais il aime garder ses distances : c’est un chanteur fameux au look discret, méfiant vis-à-vis du star-system.

deep pink

Haute-Provence, mai 2012
L’amour confine aussi à un sentiment de solitude. Le coeur gonfle et défaille : du rose à perte de vue et les repères disparaissent. La sensation de relief s’émousse : l’aimerai-je là où elle est vraiment?
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