Archive pour décembre, 2011

coda from 2011

Une année filée comme un bas à la vitesse de la lumière, aveuglante jusqu’au bout des ongles. Une année où le temps semble s’être syncopé : une année courte sur sa jolie nuque, aux émotions souvent longues mais étouffées. Comme un espace en sursis, une matière liminaire. L’impression d’avoir couru en tous sens sans déborder de son sillon tout tracé : rassurance, confort, prises de risque limitées. Des fidélités à l’épreuve du temps qui gronde, en noir et blanc sur papier crépon : la couleur m’ennuie un peu, c’est vrai, parce qu’elle efface les nuances et écrase le grain de la vie. 2012 épousera l’anthracite sans miner, coiffera les aubes d’un plus fin minerai. Et peu m’importent les résolutions dans le flou, ce sont des bonnes révolutions que je veux souffler dans son cou.

passé comme une ambre

Anuradhapura, Sri Lanka, août 2011

Rentrer les bêtes avant la nuit, avant les peurs. S’attacher aux reflets, aux détails, aux précautions, aux timidités, aux hésitations. Aimer les complicités silencieuses, les pays à leurs frontières, un bouton défait, les voyages longtemps rêvés, la route à refaire, les nostalgies éclatantes, les frêles bateaux blancs, l’odeur poivrée des algues et les incertitudes sous la pluie. Deux heures ou trois dans la lenteur du soir, volées à la pulsation métronomique des semaines toutes pareilles. Entre chien et loup, je choisis ton cri. Il n’est d’autres instants plus précieux que ceux délivrés d’une ultime conviction, quand l’ombre m’efface comme une aile d’oiseau à tes lisières.

le temps des amis

Pondichéry, Tamil Nadu, Inde, août 2008
C’est une camaraderie qui ne cuit pas à moitié, l’amitié. Et l’ami de pain, c’est le commis de la bonne pâte : se marrer de tout, se narrer des riens. A feu très doux : un copain, c’est celui qui vous sort du pétrin sans michetonner.

mes disques de l’année 2011

Onze parmi une trentaine. Ca pourrait encore évoluer d’ici Noël mais l’essentiel est là.

Metronomy – The English Riviera : Largement plébiscité dans les différents classements, c’est aussi mon album de l’année, mon caipirinha mentholé, ma sucette au caramel, mon Steely Dan en gelée – sans risque de faire monter le cholestérol, grâce à une science démoniaque du son juste.

Deaf Center – Owl Splinters : Signée d’un duo norvégien, ma (fausse) B.O. de l’année, renversante de beauté néoclassique. Où piano grêle et cordes se disputent un éjaculat du crépuscule pour féconder en violence impalpable.

Herion – Out & About : Un trio italien qui oeuvre près des précédents, cherchant la texture vespérale, aux confins de la musique de chambre (sans la robe du même nom) et de l’ambient. (album sorti dans les derniers jours de 2010)

Beirut – The Rip Tide : Faussement cheap et fragile, le troisième opus de Beirut est aussi son meilleur. Les mêmes bonnes recettes pop balkanico-low-fi des précédents, mais avec un peu plus de retenue, de respiration, d’ouverture.

St. Vincent – Strange Mercy: Elle, je l’aime. Et puis c’est tout.

Jay-Jay Johanson – Spellbound : Toujours assez fan de la mélancolie plaintive de l’esthète suédois, qui désarticule le trip-hop au profit d’une élégante élégie jazz, où le fantôme de Chet Baker s’invite à rôder entre les cliquetis électro.

Kurt Vile – Smoke Ring For My Halo : Un folk-rock perdu dans une brumeuse réverb’, sorte de Neil Young climatique avec un sens velvetien de la fatigue. Sensation dusty road de l’année.

http://youtu.be/kpg6bSETZaw The Ho Orchestra - The Spoon River Project : Prenez 4 ou 5 musiciens hollandais (Nits passés et présents pour la plupart), le pianiste suisse Simon Ho et des chanteuses scandinaves, et vous obtenez le plus improbable combo de folk européen, au sens géopolitique du terme.

Wilco – The Whole Love : Retour en forme pour le groupe de Jeff Tweedy (après deux albums plus inégaux), avec des morceaux gonflés de guitares et une écriture pleine de trouvailles.

The Horrors – Skying : Le meilleur album des Smiths depuis la mort de Ian Curtis.

Farewell Poetry – Hoping For The Invisible To Ignite : Un collectif français qui distille son idéal spleen dans le post-rock cinématographique. Une belle découverte.

Concert de l’année : Patti Smith à Grenoble (ne serait-ce que pour les vingt dernières minutes en tee-shirt).

J’ai aussi prêté mes tympans à quelques histrions de la variété française : Alex Beaupain – Pourquoi battait mon coeur ; Jean-Louis Murat – Grand Lièvre; Johnny Hallyday – Jamais Seul; Hubert Fournier – La Maison de Pain d’Epice.

Horreur de l’année : le dernier Bénabar, non?

vie, mort, etc.

Isère, octobre 2011
 

D’un être qui se sait au bord du précipice rejaillit l’élan furieux de vivre (ce même éclat qui confine à la faim d’aimer et présage de la jouissance, comme si l’amour préfigurait un effondrement). Et quand bien même survient cette fin que l’élan ne contient plus, il reste l’énergie folle de la chute pour allumer l’instant d’un feu, d’un souffle altier. Il y a autant d’étoiles au ciel que de passages par ici.

La mémoire fait un peu de buée sur le miroir de l’automne : la saison des pluies s’entiche d’un chagrin qu’elle croit n’avoir jamais vécu.

Moutons dans un enclos de doutes, tandis qu’un crachin froid s’obstine sur leur paletot de laine : nous autres, broutant menu sous le ventre des loups.

D’une vie finissante à l’immortelle attente d’une autre vie, il n’y a qu’une folie : s’éprendre de décembre.

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