Archive pour octobre, 2011

tout l’or du monde

Forêt de Marsanne, Drôme, octobre 2011

 

Il n’y a pas de bon chemin. Il n’y a que des surprises.

« C’était à peu près le milieu du matin. Je pris mon sac de montagne. Je descendis à la cuisine. Il n’y avait personne. J’ouvris le placard. Je taillai un morceau de gruyère dans le quarteron. Je pris une demi-michette dans la corbeille à pain et je laissai sur la table un billet : ne m’attendez pas pour déjeuner, je suis dans la forêt jusqu’à ce soir ». (Rondeur des jours, Jean Giono)

les disques de ma vie : peter gabriel (sans titre, 1980)

L’arrivée de la chaîne stéréo dans la famille fin 1979 a donné un coup de vieux à tous les disques dont je m’étais nourri durant l’enfance. Mieux, le tuner intégré au bel objet disposé sous la télé allait m’ouvrir des horizons musicaux insoupçonnés, en particulier grâce à deux émissions, Feed Back et Loup-Garou, diffusées le soir sur France Inter. J’ai oublié comment le gros bouton noir cerclé d’argent m’a conduit jusqu’à la bonne fréquence, peut-être le hasard, peut-être des indications paternelles. Toujours est-il que je me suis pendu au casque pendant une bonne année, happant à peu près tous ces bruits étranges et merveilleux qui passaient chez Bernard Lenoir et Patrice Blanc-Francard, entre post-punk et pré-new wave, période ô combien féconde pour cette musique qui ne me lâcherait plus d’un sommeil.

De tout ce fatras radio-sonique, c’est d’abord Peter Gabriel qui a émergé. A l’époque, je ne savais rien du bonhomme, pas même qu’il avait été le frontman d’un vieux groupe de hippies cathos. Mais je restais complètement ébahi par les tempos martiaux et les grincements synthétiques de ses chansons qu’il portait à bout d’une voix malade. Lenoir diffusait même des versions en allemand, qui accentuaient à la fois l’étrangeté de la musique et son amicalité (je fus germanophone avant d’apprendre l’anglais).

Le 20 septembre 1980, la tournée de Peter Gabriel passait par Grenoble, à l’Alpexpo, la salle juste en face de l’immeuble où nous habitions alors.  Je me souviens très bien de ça : j’étais dans le parc en bas de chez nous avec mon père, nous promenions notre chien (Voyou, un corniaud aussi têtu qu’affectueux comme tous les corniauds) et je regardais pensif les spectateurs affluer par petites grappes. Mon père m’avait demandé si je voulais aller au concert. Je lui avais répondu « non, je ne connais pas assez », par pudeur alors que je vénérais déjà le bonhomme. Ce devait être un samedi soir parce qu’il y avait l’émission Numéro Un Michel Sardou à la télé.

Quelques semaines plus tard, j’assumais tout. J’achetais mon premier numéro de Best, avec ma nouvelle idole en une et un article de six pages signé François Ducray et je me faisais offrir par ma grand-mère ce troisième album de Peter Gabriel avec sa pochette dégoulinante. Il y a des moments-clés dans la vie d’un passionné de musique. Des albums décisifs, qui vous mettent en rupture avec vous-même et vous révèlent en même temps, vous font soudain grandir, comprendre, aimer. Comme cette première fois où j’ai posé le saphir dans le sillon du morceau d’ouverture, Intruder. Pris d’emblée entre cette batterie sans cymbale et la guitare faussement désaccordée, emmené par cette voix rampante qui se rapproche et finit par occuper tout l’espace (« intruder come and he leave his mark ») et laissé suspendu au sifflotis morriconien de la conclusion.

Tout l’album est traversé par ce mystère dont je me draperais moi-même. On n’est jamais aussi bien habillé que par la musique qu’on aime. Et j’aimais ces mélodies lunatiques et claustrophobes, frappées de percussions noires et tressées de claviers blancs, servies froides avec la crème anglaise de l’époque (des gens de The Jam, Wire et XTC). Pendant longtemps, mon morceau fétiche toutes tendances confondues resterait l’assez révolutionnaire Biko, passé et repassé jusqu’à l’exaspération familiale. A la question maintes fois scandée « Mais c’est quoi cette musique de sauvage? », j’ai maintenant la réponse : la bande-son de mon incursion dans l’adolescence.

Presque deux ans après, dans la cour du lycée Mounier, je rencontrais Violaine, elle avait été au concert que j’avais raté. Avec tous les détails que je lui soutirais, je finirai par me refaire le set. On se brouillera après la sortie du quatrième album de Gabriel, qu’elle trouvait trop mou (en fait, elle virait punk tardive). Je suis resté très fan une dizaine d’années. Après quoi, le musicien s’est pris pour Gandhi et Steve Jobs réunis, pondant tous les quinze ans des albums pour les ingénieurs en physique des matériaux et le Parti Travailliste, tout en faisant les poches d’une World music qu’il avait pourtant si bien servie en 1980. I don’t remember, I don’t recall…

 

lounge deluxe

Dambulla, Sri Lanka, août 2011
T’allonger dans l’écume des caves, après les heures chaudes d’une nuit à te faire danser. Souffler des ronds de fumée par tes boucles d’oreille. Boire tes yeux fluo à la paille, fétu têtu. Et voilà que les doigts entrouverts cherchent l’opercule. Te boire encore, petit lait. Je t’en fais baver des ronds de citron. Smart meringuée. Oser tremper dans ton scandale étouffé. Chevaucher nos ferveurs déconcentrées. J’aime me jeter sur toi comme on se jette sur son ennemi. Engin de levage paré. Potence impatiente du disc-jockey. Cheveux en bataille, corps béant. Pendue à tes colliers blancs, un râle comme un hoquet : tu es si belle ainsi disloquée.

de mer en fils (1)

Trincomalee, Sri Lanka, août 2011

Tant de regards qui m’interrogeaient le long des plages. Je ne sais plus finalement qui était le photographe : moi caché derrière l’appareil ou ces enfants de pêcheurs, leurs yeux qui me capturaient avec une certaine forme d’intransigeance? Sans les mots pour se parler, c’est sur leur visage que j’ai cherché à comprendre leur vie ici, au bord de l’océan meurtrier et après toutes ces années de guerre. Je crains de n’avoir saisi que des sentiments contradictoires, entre gravité, amitié et distance, qui brouillent l’impression. Et qui me font dire que je n’étais pas le maître du jeu.

passer sous silence

Sigîriya, Sri Lanka, août 2011

 

Un peu de prière, beaucoup d’efforts. De l’amour oh ! je ne sais pas l’épeler : surtout rien de ronflant pour décorer ma stèle. Dites seulement que je me suis tenue à l’écart des rêves pour ne pas m’y perdre, et que je n’ai renoncé à rien, puisque j’ai eu si peu. J’ai souvent eu peur de m’endormir car il n’y avait personne pour veiller sur moi. A force de prolonger le jour dans la nuit, on finit par se croire immortelle. Mais l’immortalité touche à l’indifférence : les années m’ont traversée, et souvent sans me voir.

« Etre leader, c’est aujourd’hui tracer un cap et faire preuve d’intelligence émotionnelle. C’est aussi instaurer une relation de réciprocité gagnante avec ses partenaires et surtout désapprendre ce qui a fait notre succès » ( Jean-Michel Caye, directeur associé du Boston Consulting Group à Paris).

 

la solitude du coureur de fond

Uda Walawe National Park, Sri Lanka, juillet 2011
Je vis tout au nord de son amour, dans un repli oublié des cartes. Aucun chemin n’y vient. Juste le vent pour distraire les branches, quand les oiseaux fatigués de chanter pour rien vont se dissoudre dans le ciel antique. Juste le vent qui me hèle de partout, et c’est aussi un chant pour vivre.

« On ne reste jamais longtemps devant soi, pour autant qu’on y parvienne. »(Antoine Emmaz, Lichen, lichen)

cleans round the bends

Kandy, Sri Lanka, août 2011

Une rupture avec le consumérisme nous sauvera-t-elle du désespoir et de la laideur? Subsiste-t-il encore un désir de changer de modèle? Et d’ailleurs, a-t-on jamais osé formuler clairement une solution alternative:  battre la campagne en martelant qu’il faut redonner du pouvoir d’achat, n’est-ce pas renforcer implicitement la logique d’une satisfaction pulsionnelle?

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