Archive pour avril, 2011

New-York in progress (#4)

newyork

vendeur de glaces sur West Side, New York, août 2009

Contre toute attente, le périple américain restera un jalon essentiel dans ma quête vers la beauté du monde. La toile m’a donné l’occasion de prolonger l’aventure, à travers ces deux photoblogs que je vous recommande avec ferveur : celui d’un artiste contemporain, volontiers minimaliste, s’interrogeant sur le déclin de l’empire, versus la recomposition de l’oeuvre d’une photographe qui a saisi New York dans sa plus troublante humanité*, il y a un demi-siècle. Bons voyages!

(*merci à Emilie R. pour le partage)

timonier du soir

Aurore (Anthocharis cardamines), Trièves, avril 2011
J’ai la sensation d’une prairie comme je l’ai d’un corps. Un frémissement d’herbes, qui piquent comme le souvenir, des insectes à la petite musique montante, des fleurs qui se préparent à la nuit, tous parfums dehors. Une prairie nue, offerte sans se rendre, qui appelle un pied tendre et prudent, et qu’à la première, à la septième étoile le mystère exalte en océan.

lassitude

Trièves, Isère, avril 2011
Ce matin il est fatigué d’être sympathique. Il se dit que tendre ses zygomatiques ne sert à rien, que sa bienveillance mafflue décidément tourne à vide. Ses sourires n’ont pas reçu d’écho, ses messages sont restés lettre morte. Et il rejoint la cohorte des mornes vaincus par l’indifférence des autres. Il s’engouffre dans un train de plomb, s’assoit au fond de la voiture en milieu de rame. Laissant le paysage défiler, il colle son nez derrière la vitre sans jamais saluer les grands arbres où son regard d’enfant hier encore se perchait. Il devient ce minuscule et dérisoire objet d’indésir, fondu dans la masse informe des gens gris. Il oublie le soleil qui inonde avril, il oublie l’heure d’été et la dernière gare, le quai des rêves. Ce matin il regarde ses mains qui n’ont pas retenu la nuit, ses mains comme l’ombre longue d’une ancienne défaite. Il est fatigué de jouer à sourire à celle qu’il a vue partout et qui ne l’a jamais regardé.

d’or et de jais

Salamandre tachetée (Salamandra salamandra) mâle, Parc naturel régional du Vercors, alt. 920m, Isère, 23 avril 2011
Chère indolente des sous-bois moussus, jaillie des feux de l’orage. Auréolée de légendes médiévistes, sa peau caoutchoutée n’amortit pas le choc de nos ténèbres :  « Voyez la Salamandre qui traverse les flammes. C’est aussi toujours le propre de la pureté de rester indemne. » (Joachim Camerarius)

faites d’oeufs Pâques

  1 – D’abord les volatiles pacagent.   2 – Puis l’oeuf et la main se pacsent.   3 – Pacotille sur coquille. 4 – Les couleurs pactisent.   5 – Packaging à la flamme.   6 – Et voilà le pactole !

Moldovita, Bucovine, Roumanie, juillet 2010 – Merci à Veronica pour sa très belle démonstration des oeufs peints, vieille coutume locale que la PAC n’a pas cassée.

on allait au bord de la mer

L’Estartit, Catalunya, octobre 2010
(Je suis un peu comme ces touristes belges en ce moment, hors cadre; ou plutôt un peu trop dedans, et j’échoue à trouver le temps de patauger sur les rivages du blog. Mais je reviens bientôt. Merci).

balcon sur le récif

South Mission Beach, Queensland, Australie, août 2007
Fenêtre ouverte sur la mer. Pluie un peu. Absence passagère à l’orée d’un jour blanc comme la lune. Ton corps encore nocturne. Déjà différent. Tu te tournes de mon côté, sans trop savoir s’il faut sourire ou se fermer. Minuscule animal froissé. Je pense à tout ce temps affalé sur ton ventre. Mon souvenir se fige entre deux vagues. Impossible d’y laisser sa trace. Image de quelques secondes, furtive avant la fuite. C’est comme si le monde se retirait.

le jour est un pétale

Tazlau, Moldavie roumaine, juillet 2010
« Je me souviens d’une grande fille magnifique qui avait dansé tout l’après-midi. Elle portait un collier de jasmin sur sa robe bleue collante, que la sueur mouillait depuis les reins jusqu’aux jambes. Elle riait en dansant et renversait la tête. Quand elle passait près des tables, elle laissait après elle une odeur mêlée de fleurs et de chair. » (Albert Camus, Noces)

l’amour vache

Parc naturel régional de Chartreuse, Isère, le 9 avril 2011
On ne se quitte pas toujours parce qu’on a fini d’aimer. On abandonne à un moment donné, dans la grande rumeur des passages d’oiseaux, parce qu’on s’est aperçu que l’amour n’est plus dans la vie, il n’est plus la vie même. Il est trop grand pour elle et si on essaie de le faire rentrer dedans, il se déforme, s’abîme et fane. Un amour qu’on a vécu aussi vaste, jubilation de miel, de larmes et de premières tiges toujours à poindre, c’est un rêve éveillé, et le rêve ne peut pas remplir la vie, cette petite génisse ingrate qui cabriole et n’en fait qu’à sa tête.

l’aventure intérieure

Fort Cochin, Kerala, Inde, août 2008
« Eprouver en pensant ce qui cherche à se dire avant même de connaître, c’est sans doute cela, le mouvement d’écrire. D’une part écrire avec ce mot qui se tient à jamais sur le bout de la langue, de l’autre avec l’ensemble du langage qui fuit sous les doigts. Ce qu’on appelle brûler, à l’aube de découvrir. (…) » (Pascal Quignard, Les Ombres Errantes)

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