Archive pour novembre, 2010

aux bains

bains
Kanchipuram, Tamil Nadu, juillet 2008
Il y a eu cette photo de Jean-Philippe Charbonnier, quand j’ai commencé à m’intéresser à l’image. Et mon propre sentiment de l’eau, des sensuels suintements aux ablutions sportives. Les relations qu’entretiennent les hommes avec l’élément liquide reflètent leur relation à eux-mêmes. Et puis l’image est rassurante : quelqu’un qui se baigne est lavé de tout soupçon de méchanceté. [Pour comparer : remember? Et tout récemment.]

pinky blue

fillettes
Tazlau, Moldavie, juillet 2010

A chaque voyage, les enfants sont de la fête. Ils ont tôt fait de repérer le touriste, cet individu au sourire mélangé d’étonnement, au comportement étrange aussi, et l’escortent de leurs bavardages ininterrompus. Ici, dans cette ruelle paresseuse du village moldave, j’observais des petits crapauds qui frayaient dans les rigoles.  Les enfants sont arrivés en courant, pressés de me questionner, des rires plein les lèvres. Comme toujours en pareil cas, le dialogue qui s’enclenche se réduit à des mots incompréhensibles et à des gestes aériens ponctués de regards ronds comme le monde. Après l’incontournable séance photo, les mêmes questions demeurent, plus vives encore quand je retrouve leurs sourires là, au seuil de l’hiver : ces enfants magnifiques garderont-ils leur joie plus tard? Leur pays sera-t-il assez fort et assez juste pour les préserver toujours des souffrances? On ne montre jamais assez la beauté des enfants du monde, leurs visages inépuisables de vérité face au chaos des temps.

l’angoisse de la plage blanche

plage
 id. octobre 2010

Nous nous sommes aimés, et je sais combien de nuits, de lits, de printemps, de soleils, de lunes, de cris. Et maintenant je contemple le lent passage des jours, des jours, des jours. Quelle dose d’oubli doit-on diluer dans son petit matin tiède pour réussir enfin à nous transformer en souvenir?

home before dark

mer
L’Estartit, Catalunya, octobre 2010
 

J’ai franchi bien des caps pour tenter de trouver la déferlante, la vague ultime qui dirait oui, qui dirait encore, qui dirait toujours, dans le même scintillement. J’avais des rêves d’oiseaux d’argent, de poissons volants, de corail bleu. Mais la lumière toujours plus vive du large, l’illusoire incandescence de l’horizon, aveugle et épuise. Dérision des apparences. Alors, dans un moment de fatigue salutaire, j’ai trompé la vigilance de la houle moutonnante. Un formidable coup de barre et j’ai laissé battre la voile. Les sillons d’un sourire juste à temps me ramènent ce soir à bon port. Se rallier à la poésie terrestre, à la sensualité du mouillage, à l’intuition des criques, plus proches, infiniment, du fabuleux mystère de l’être que l’agitation même de nos vies. Et laisser la tiède lueur du silence nous rapprocher.

fragile idée

mycene Murianette, Isère, novembre 2010

« Notre importance a beau jeu d’être minuscule. Elle pousse l’histoire au privilège de son accomplissement. Elle nous fait grain parmi l’ampleur de son chantier. » (Patrick Fregonara, Lapidaires Nocturnes)

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