Archive pour septembre, 2009

c’est pas du cinéma

tombstone

Tombstone, Arizona, juillet 2009
Et les violences instillent, s’installent, gangrènent. On se tue à la tâche, on se tue dans les stades. Le travail est brutalement ramené à sa source étymologique (« torture » en latin). Le sport rameute les plus vils instincts. On fait parler la poudre, parce que la langue est coupée, parce que le monde est sourd. On meurt, tant qu’à faire, parce qu’entre la fonte des glaces, l’évanouissement des abeilles et l’amour broyé par l’invisible machine, il n’est plus possible de choisir son destin.

anatomie d’une chasseresse (1)

mante
Drôme des collines vers Upie, septembre 2009

Je me suis un peu amusé avec cette mante religieuse, la laissant grimper sur mon bras pour épater mon frère. Nooon, l’insecte, aussi impressionnant soit-il, ne pique pas! Je l’ai reposé sur une aubépine, sans remarquer tout de suite la présence d’un criquet sur la feuille à côté. Rapidement, le prédateur d’émeraude s’est mis en position de chasse. Et que croyez-vous qu’il arriva?

criquet le criquet…

stop and go

stopRussian Hill, San Francisco, août 2009
Remué des tas de documents ces derniers jours, classé des tonnes d’images et d’écrits, pour voir plus clair dans mes disques durs.  Besoin d’ergonomie nouvelle, de confort accru au travail.  De place nette. Le rangement a aussi bougé mes repères. En jetant un oeil sur certaines vieilles choses griffonnées, j’ai eu du mal à me reconnaître. Trahison du reflet. Ces mots trempés de certitude n’étaient donc que des chemins. Les reprendre dans l’autre sens n’aurait aucun… sens. Il faut aussi que je dissolve des centaines de mégaoctets de clichés inutiles, des photos qui doublaient, triplaient ma peur de perdre la trace. J’écoute ce qu’on me dit, à droite, à gauche. Je ne me sens même pas tiraillé entre les avis et les idées, je n’ai envie de suivre personne.  Et je me laisse un peu griser par cette lumière blanche et neuve qui fonce dans mon décor. Il va forcément en surgir quelque chose. Comme l’Inde surpeuplée m’avait poussé dans le monde, cette Amérique sans boussole me donne envie de le changer.

destins brouillés

assisToroella de Montgri, Catalunya, septembre 2009
L’Espagne a légalisé la situation de plus de 700 000 sans-papiers à partir du début des années 2000 : des hommes et des femmes d’Afrique du Nord et de l’Ouest, arrivés dès l’entrée du pays dans l’Union européenne (1986), employés de manière clandestine pour la cueillette des fruits notamment. Ce geste généreux s’est révélé surtout économique : il s’agissait d’augmenter les recettes fiscales en luttant contre le travail au noir. Il a aussi créé un nouvel appel d’espoir parmi les immigrés clandestins, obligeant le Gouvernement de Zapatero à infléchir considérablement sa politique. En Catalogne, où le nationalisme a bondi, les réactions hostiles aux étrangers se sont multipliées. La crise économique actuelle, qui pourrait priver de travail plus de 4 millions d’Espagnols d’ici la mi-2010,  risque de durcir encore la donne.

le cinéma de papa

cinemahall du cinéma du village, Toroella de Montgri, Catalunya, septembre 2009
Les enfants sont partis chercher du travail à la ville. Les touristes s’emparent des ruelles deux mois par an, et puis quoi? Tout retombe en somnolence. De ces villages vieillissants, tout empreints d’une timide quoique profonde humanité, que restera-t-il dans une génération? - Richard est froid comme un caillou, il est fait pour jouer les amoureux timides comme moi pour jouer Tarzan… » - Oui, lui répond son père avec beaucoup de lucidité, mais lui, il donne les cartes et toi tu es une cloche … »

(dialogue extrait du film « Le Cinéma de Papa », de Claude Berri)

façades à ravaler

dameToroella de Montgri, Catalunya, septembre 2009
Ils ont assisté au gigantesque saccage, se sont rendus complices du drame, grisés par les richesses promises à grands frais. Il aurait suffi de peindre le bord de mer en blanc béton pour faire jaillir tout l’or du monde. Maintenant ils vieillissent plus pauvres qu’ils ne l’étaient à leur naissance, dépossédés de la terre que leur avaient léguée leurs ancêtres, avec pour seule ligne d’horizon la ligne de crédit de leurs enfants et petits-enfants. On a construit trop de châteaux en Espagne. Et ceux qui les vendent, hier sans foi ni chapelle, n’ont plus d’autre choix aujourd’hui que de se cramponner au miracle. Dans les moindres pueblos tout emmêlés de lignes électriques et encombrés de poubelles, le prix des appartements neufs continue de flamber. Mais le prix n’obéit plus à la loi de l’offre et de la demande. C’est le prix du mirage : la moitié de ce qu’on a bâti l’année dernière ne trouve toujours pas preneur.

à qui profite le crime?

Ground Zerodevant le chantier du World Trade Center (Ground Zero), New York City, août 2009
« A New York, la ligne d’horizon était la ligne de crête des gratte-ciel; on pouvait vivre et mourir sur cette île sans deviner un seul instant qu’il y avait une mer au bout du fleuve. » (Alain Gerber, Balades en Jazz)

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