Archive pour août, 2009

jeux de rôles

doc hollidayDoc Holliday, Tombstone, Arizona, juillet 2009

Chaque jour vers 15 heures, la petite ville de Tombstone s’extirpe de sa torpeur désertique à coups de revolver.  Des hommes rejouent la scène du règlement de comptes à OK Corral, celui qui opposa en 1881 les frères Earp et John Henry Holliday à une poignée de cow-boys mal famés. Les touristes sont discrètement conviés à la cérémonie, à l’arrière d’un petit musée, à deux pas de là où s’est réellement déroulée la fusillade.

Le reste de la journée, les personnages qui ont survécu aux balles à blanc passent et repassent dans les rues poussiéreuses de la ville, d’un saloon à l’autre. Ils feraient régner une ambiance pittoresque s’ils ne semblaient pas si prompts à refuser le temps qui glisse devant eux : toujours surpris par les appareils photos qu’on exhibe sous leur nez, imperméables à tout sourire. Après le théâtre, c’est encore du théâtre, comme si la vie d’ici n’avait été que cela. Et puis on ne comprend pas très bien pourquoi cet entêtement à rejouer l’histoire tous les jours de l’année, par presque tous les temps, avec ce soin fétichiste qui va jusqu’à faire publier chaque après-midi vers 17 heures le même article dans le journal local. On a même recréé une scène permanente avec des pantins articulés et des voix off, au cas où on aurait raté un roulement de barillet.

La ville a réussi à cristalliser toutes les histoires de gâchettes faciles de l’Ouest. Même le cinéma a fini par y traîner ses bottes, sans vraiment s’attarder sur les réels motifs de cette altercation sanglante. Vindicte personnelle ou affaire d’Etat, la fusillade de Tombstone? Jouons, jouons, il en restera toujours des questions : la parole de la violence, quels que soient les costumes qu’elle porte, demeure indéchiffrable.

go west !

monument valleyMonument Valley au crépuscule, Arizona, août 2009
L’Amérique n’aura donc jamais pu faire les choses autrement qu’en cinémascope. Normal, vu les dimensions de la Nature. Les paysages façonnent l’esprit, comme les caprices du ciel fouettent ou givrent les ambitions en même temps qu’ils sculptent les montagnes. Quand le vent se lève sur la steppe rouge, c’est une pulsion de feu qui vous mord au coeur. Dans cette minérale immensité qu’on jurerait à soi, le danger vient moins de tomber sur un serpent à sonnette que d’être tenté de rejouer à John Wayne. Coïncidence, l’édition française du National Geographic fait sa une sur l’épopée du Far-West dans son numéro de septembre. Comme une invitation à refaire le voyage.

j’irai dormir à New-York

dormeurBattery Park, New-York City, août 2009

On ne cesse de me demander mes impressions sur les Etats-Unis, d’où je suis rentré il y a six jours. Je ne crois pas être encore tout à fait mûr pour le faire avec assez de pertinence. L’émotion bride l’âme avant de l’enrichir. Mentalement encore là-bas, la tête dans la bannière étoilée, l’estomac dans les hamburgers (à moins que ce ne soit l’inverse).  Une chose est sûre, ce pays m’a donné l’envie d’y retourner comme un boomerang, d’approfondir fissa l’exploration. Pour m’étourdir encore de ses paysages grandioses, de sa Nature généreuse et de ses villes ô combien vibrantes (à part Las Vegas, une horreur), pour mieux comprendre aussi le sort des Native Americans auprès de qui je n’ai capté que repli et amertume. Les images à venir tenteront de vous suggérer les sentiments bigarrés nés au fil des quelque 10 000 km parcourus. Je ne saurais vous conseiller de visionner entre temps l’excellent film J’irai dormir à Hollywood, d’Antoine de Maximy. Sans doute l’un des meilleurs documentaires réalisés sur l’Amérique d’aujourd’hui, à contre-courant des clichés véhiculés à gros bouillons par les médias. Et si vous y êtes allés aussi, croisons nos expériences !

danse avec les morts

Un blog qui naît avec l’annonce de la disparition de René Morizur (sans e, 7sur7), l’un des piliers du groupe proto-punk les Musclés, est-ce bon signe? En tous cas, je ne pouvais pas faire l’impasse sur l’info, même si je ne pensais pas tellement à lui ces dernières décennies (et à mon corps défendant : c’est pas  la merguez party tous les jours dans mon village subalpin). A constater l’épaisse couverture cybermédiatique de l’événement, le gentil musicien-comédien, ex-souffleur de cuivres pour Johnny Hallyday dans les années 1970, disposait d’un capital sympathie au-delà de ce que sa discrétion et son génie laissaient prévoir. Avec des titres à l’avenant, qui ne reflètent pas la bonne humeur communicative du combo dans lequel il officiait. Jugez plutôt : « René est mort », titre avec un sarcasme feutré Paperblog. « Mort du M. lettré des Musclés », apprend-on chez 20minutes.fr. « LE René des Musclés de Dorothée est mort… », appuie Yahoo News, avec les pompeux points de suspension. Je n’ai pas eu le temps de feuilleter Libé, mais je soupçonne le quotidien d’avoir oublié de titrer « Le neurone des Musclés disparaît », en petite forme qu’ils sont depuis quelques temps. A l’avenir, je leur propose de venir puiser ici leurs calembours pour annoncer les prochaines disparitions d’artistes sexagénaires : Sardou dessoude Adieu Mitchell Lenorman débarqué Robert plante Jimmy tourne la Page Partie Smith Forever Young Daltrey détale (la suite sur devis). Je reconnais bien volontiers qu’il n’est pas facile d’opérer dans la dérision avec les morts. Mais doit-on toujours s’en tenir à nos seules larmes pour saluer la mémoire d’un défunt? René mort, c’est sûr, il reste à se réjouir de l’oeuvre sautillante qu’il nous a léguée.  Avec une pensée émue pour Mort Schuman, disparu depuis 18 ans déjà, qui a facilité dès sa naissance le travail de tous ses heureux nécrophiles.

© 2009-2014 - GEASTER

ИТ новости