haut les pattes !
18/11/2011
Tantale indien - Painted Stork (Mycteria leucocephala), Yala, Sri Lanka, juillet 2011
(suite des illustrations du Sri Lanka bird trip report)
tout bien pesé
16/11/2011
Kandy, Sri Lanka, août 2011
On aimerait croire qu’un nouvel homme, drapé des meilleures intentions, puisse rouvrir les perspectives d’avenir de tout un peuple, le nôtre, et réenchanter les lendemains. Est-ce alors l’avance confortable du candidat du changement dans les sondages qui expliquerait l’atonie de l’indignation en France, là où nos voisins battent la semelle et font chauffer le pavé ? La promesse d’un prochain basculement politique et l’attentisme qu’elle provoque jouent-t-ils un rôle d’amortisseur de la protestation ?
Parce que, tout bien pesé, il y a de quoi s’indigner par chez nous. Inutile de rappeler l’entêtement des courbes de chômage, de fermeture d’usines, de pression fiscale, de budgets resserrés, d’inégalités galopantes – sans compter la surenchère discriminatoire de la politique sociale depuis 2007. Il faut croire que les Français vouent une confiance aveugle aux urnes et aux pouvoirs du génie qui peut en sortir : la situation est (très) grave mais les échéances pour désigner un homme (ou une femme) au poste de la Providence attiédissent finalement les expressions les plus vives. L’Ecole nous l’a assez martelé : c’est notre esprit civique qui doit parler, lui seul, dans les interstices que la République nous réserve.
Je doute que l’Histoire contemporaine, traversée de désarrois sociaux et de misères écologiques sans cesse amplifiés, justifie le bien-fondé de cette sagesse citoyenne. A bien y réfléchir, tous les candidats investis par notre confiance n’auront-ils pas été finalement des canalisateurs de l’indignation? Notre attitude aura tout juste permis à quelques marchands de promesses d’échapper à leur triste condition de bretteurs. A eux cette nomenklatura qu’un pays classé seulement 31e mondial pour la liberté de la presse se gardera bien de décrire, à nous l’espoir de rejouer tous les cinq ans l’indignation dans l’isoloir. Seuls face à notre bulletin, surtout pas tous ensemble.
[La France est une démocratie dite "imparfaite", au même titre que le Sri Lanka.]
je peux plier
12/11/2011

Peupliers vers Alixan, Drôme, octobre 2011
La rudesse du froid ce soir ne passera pas la porte. Et le vent qui balaie tout s’arrête à mon écorce. Je peux plier tu sais. Cette solitude qui menace, l’hiver, le clou, le plomb, la glace, c’est encaissé.
Les souvenirs changés en torches pour attiser les écorchures, les coups de canifs, les encoches ne gagneront pas ma ramure. Je peux plier.
La lenteur des lunes comptées et les éclipses du sommeil, les paquets de corbeaux perchés qui croient faire de l’ombre au soleil : je m’en bats la feuillée.
La cognée de tes silences n’atteindra pas le cœur. Car je suis du bois dont on fait les fuites. Je sais me tailler dans les plaines à chaque automne un peu plus vite.
Tu peux toujours, si ça te branche, dire que c’était plié d’avance : rien ne remue à mon houppier. Je peux plier. Et te voilà contreplaquée.
still life (shining)
2/11/2011

environs de Saou, Drôme, octobre 2011
On perd le goût d’aimer les gens de la même manière qu’on perd le goût d’aimer simplement les choses : en accumulant le vide et l’eau. La herse a pris la rouille, le soc a touché le roc. Quand la terre du cœur n’est plus assez travaillée, la sève ne vient plus aux tiges et le grain de sourire ne se remplit pas. Alors les oiseaux volent ailleurs. Passe l’amour comme un nuage et ce que nous en savions.
Et pourtant rien ne se termine vraiment. Les années ondulent plus qu’elles ne s’écoulent. Ce qui a disparu dans les creux des vagues de l’automne revient un peu plus loin sur les crêtes des vagues de l’automne d’après. L’espace qu’elle a laissé dans mon courtil est toujours libre. Et le vent qui vient rôder parfois dans le chèvrefeuille ramène la musique indémodable de ses printemps.
Max Richter - Novembertout l’or du monde
31/10/2011
Forêt de Marsanne, Drôme, octobre 2011
Il n’y a pas de bon chemin. Il n’y a que des surprises.
« C’était à peu près le milieu du matin. Je pris mon sac de montagne. Je descendis à la cuisine. Il n’y avait personne. J’ouvris le placard. Je taillai un morceau de gruyère dans le quarteron. Je pris une demi-michette dans la corbeille à pain et je laissai sur la table un billet : ne m’attendez pas pour déjeuner, je suis dans la forêt jusqu’à ce soir» . (Rondeur des jours, Jean Giono)
L’arrivée de la chaîne stéréo dans la famille fin 1979 a donné un coup de vieux à tous les disques dont je m’étais nourri durant l’enfance. Mieux, le tuner intégré au bel objet disposé sous la télé allait m’ouvrir des horizons musicaux insoupçonnés, en particulier grâce à deux émissions, Feed Back et Loup-Garou, diffusées le soir sur France Inter. J’ai oublié comment le gros bouton noir cerclé d’argent m’a conduit jusqu’à la bonne fréquence, peut-être le hasard, peut-être des indications paternelles. Toujours est-il que je me suis pendu au casque pendant une bonne année, happant à peu près tous ces bruits étranges et merveilleux qui passaient chez Bernard Lenoir et Patrice Blanc-Francard, entre post-punk et pré-new wave, période ô combien féconde pour cette musique qui ne me lâcherait plus d’un sommeil.
De tout ce fatras radio-sonique, c’est d’abord Peter Gabriel qui a émergé. A l’époque, je ne savais rien du bonhomme, pas même qu’il avait été le frontman d’un vieux groupe de hippies cathos. Mais je restais complètement ébahi par les tempos martiaux et les grincements synthétiques de ses chansons qu’il portait à bout d’une voix malade. Lenoir diffusait même des versions en allemand, qui accentuaient à la fois l’étrangeté de la musique et son amicalité (je fus germanophone avant d’apprendre l’anglais).
Le 20 septembre 1980, la tournée de Peter Gabriel passait par Grenoble, à l’Alpexpo, la salle juste en face de l’immeuble où nous habitions alors. Je me souviens très bien de ça : j’étais dans le parc en bas de chez nous avec mon père, nous promenions notre chien (Voyou, un corniaud aussi têtu qu’affectueux comme tous les corniauds) et je regardais pensif les spectateurs affluer par petites grappes. Mon père m’avait demandé si je voulais aller au concert. Je lui avais répondu « non, je ne connais pas assez» , par pudeur alors que je vénérais déjà le bonhomme. Ce devait être un samedi soir parce qu’il y avait l’émission Numéro Un Michel Sardou à la télé.
Quelques semaines plus tard, j’assumais tout. J’achetais mon premier numéro de Best, avec ma nouvelle idole en une et un article de six pages signé François Ducray et je me faisais offrir par ma grand-mère ce troisième album de Peter Gabriel avec sa pochette dégoulinante. Il y a des moments-clés dans la vie d’un passionné de musique. Des albums décisifs, qui vous mettent en rupture avec vous-même et vous révèlent en même temps, vous font soudain grandir, comprendre, aimer. Comme cette première fois où j’ai posé le saphir dans le sillon du morceau d’ouverture, Intruder. Pris d’emblée entre cette batterie sans cymbale et la guitare faussement désaccordée, emmené par cette voix rampante qui se rapproche et finit par occuper tout l’espace (« intruder come and he leave his mark» ) et laissé suspendu au sifflotis morriconien de la conclusion.
Tout l’album est traversé par ce mystère dont je me draperais moi-même. On n’est jamais aussi bien habillé que par la musique qu’on aime. Et j’aimais ces mélodies lunatiques et claustrophobes, frappées de percussions noires et tressées de claviers blancs, servies froides avec la crème anglaise de l’époque (des gens de The Jam, Wire et XTC). Pendant longtemps, mon morceau fétiche toutes tendances confondues resterait l’assez révolutionnaire Biko, passé et repassé jusqu’à l’exaspération familiale. A la question maintes fois scandée « Mais c’est quoi cette musique de sauvage?» , j’ai maintenant la réponse : la bande-son de mon incursion dans l’adolescence.
Presque deux ans après, dans la cour du lycée Mounier, je rencontrais Violaine, elle avait été au concert que j’avais raté. Avec tous les détails que je lui soutirais, je finirai par me refaire le set. On se brouillera après la sortie du quatrième album de Gabriel, qu’elle trouvait trop mou (en fait, elle virait punk tardive). Je suis resté très fan une dizaine d’années. Après quoi, le musicien s’est pris pour Gandhi et Steve Jobs réunis, pondant tous les quinze ans des albums pour les ingénieurs en physique des matériaux et le Parti Travailliste, tout en faisant les poches d’une World music qu’il avait pourtant si bien servie en 1980. I don’t remember, I don’t recall…
















