la beau diversité
13/01/2010
Patagonia Lake, Arizona, juillet 2009
Voilà, c’est l’année de la biodiversité. L’année où l’on va essayer de montrer qu’on se préoccupe des êtres vivants sur Terre. La biodiversité, un drôle de mot qui veut dire le coeur de la planète, sa beauté, ses mouvements, ses couleurs, ses parfums, ses paysages, son ballet frénétique d’aventures et de mystères. Tout ce qui enchante et nourrit l’âme comme le corps, tout ce qui nous fait dire « Oh c’est beau!» ailleurs que devant les images de synthèse de la jungle d’Avatar. La biodiversité, c’est le fondement de la Terre. Sa richesse ultime, celle que les marchés n’ont pas quantifiée (enfin, si, la « seule» perte des insectes pollinisateurs est évaluée à 150 000 000 000 de dollars par an). Son essence même, qui échappe encore à la conscience des prophètes utilitaristes. L’ONU a choisi de faire de 2010 l’année de la biodiversité parce qu’on s’est aperçu, juste un peu trop tard, que nos campagnes se vident, que tous nos rivages se ressemblent, que nos forêts se taisent.
Mais qui est ce « on» , qui s’en est aperçu réellement? Vous? Nous? Mais non, nous avons autre chose à faire que de compter les hirondelles dans le ciel de mai et d’aller cueillir les cèpes dans la chênaie. Le temps libre qu’on nous cède, c’est pour calculer et recalculer le budget de la famille pour le mois en cours, s’affaler devant la téloche après deux plombes dans une bétaillère malodorante, au mieux griffonner ses états d’âme sur son blog. L’alerte nous est donnée en continu par les associations naturalistes. En leur sein, des gens passionnés par la beauté du vivant arpentent les bois et scrutent les jardins. Ils s’émeuvent des dégâts d’un nouveau bétonnage, comparent avec désolation leurs carnets de notes au fil du temps et s’efforcent d’interpeler les décideurs avec leurs petits poings pas très musclés . Ces gens n’appartiennent ni à l’UMP ni au PS, ne s’aveuglent pas de théories, ils observent, écoutent, constatent, par tous temps, avec désormais la peur au ventre plus que le baume au coeur. Chaque jour apporte au naturaliste son lot de misères nouvelles : une haie qu’on déchiquète, un marais qu’on assèche, une autoroute qu’on élargit, tous ces gestes répétés depuis les années 1950 et dont on sait qu’ils ne produisent pas le bonheur qu’on n’a cessé de nous promettre. Il faut rendre hommage à ces gens pour leur investissement permanent, soutenir leurs efforts, aussi minimes soient-ils, quand ils essaient de recreuser une mare (une petite étendue d’eau pleine de rainettes et de tritons, si possible) ou d’installer des nichoirs pour les chouettes (un oiseau qui fait houuuu la nuit). Adhérez à la LPO, faites un don aux associations locales et participez à ce qu’elles font, à votre petite mesure, votre énergie sera toujours la bienvenue.
L’année de la biodiversité donne l’occasion de faire des beaux discours plein de lyrisme, d’ébaucher des tentatives d’accords, peut-être d’initier quelques projets ici et là. Il y a des gens, comme Angela Merkel, qui préviennent déjà qu’il ne sera pas possible d’enrayer la perte du vivant. C’est un aveu de réalisme et d’impuissance, c’est aussi du fatalisme qui donne quitus à la machine infernale. Celle-ci engendrerait une destruction des espèces mille fois plus rapide que la disparition naturellement programmée par le cycle des vies. Je n’ai pas le recul de Noé pour juger de la vérité de cette assertion mais oui, la pie-grièche et le courlis que je voyais encore nicher aux portes de Grenoble au début des années 1980 ont cédé leurs plumes à des zones industrielles inhumaines, où l’on paie mal des salariés qui dépriment dans leur openspace concentrationnaire. De là à vous dire que la crise de la biodiversité est aussi la crise de l’Homme…
Une jolie note de Laurent Dingli pour trouver des arguments face aux biosceptiques.


17 commentaires
Jolie prose que voilà, et étayée par une bien belle image.
Je peux me permettre un coup de « pub» ? N’oubliez pas non plus les Conservatoires Régionaux d’Espaces Naturels (http://www.enf-conservatoires.org/ ), ils sont de la même trempe que ceux que tu cites à juste titre, et œuvrent au quotidien et dans toute la France pour que coassent les grenouilles, stridulent les criquets, ou que zinzinulent les mésanges…
A (ré)écouter aussi, l’émission « le téléphone sonne» sur France Inter consacrée hier soir à ce sujet. On y comprend, comme tu le soulignes, que la notion de biodiversité va bien au-delà de la lutte de quelques écolos allumés qui défendent leur pré carré…
par David le 13/01/2010 à 18:19. #
très joli en effet, humble et précautionneux ! Nous les chats on te suit sur les chemins de traverse, quand tu veux l’ami. j’ai lu ce matin la note de Laurent Dingli !
par catherine le 13/01/2010 à 19:45. #
Oui, Richard, il n’y a qu’un pas. Je vais y aller aussi de mon petit coup de pub, puisque, quelque part, tu nous tends une perche.
Ces images, je vous en prie, regardez-les : (http://www.apesmanifesto.org/clip.php) et peut-être, juste après, une signature. Et, encore peut-être, une diffusion, à vos réseaux, de cette pétition « mAn» (Manifesto for Apes and Nature) lancée par E. Grundmann, H.&C. Boesch et B. Mulhauser en 2008.
Ces images me hantent. Les grands singes, qui sont aussi nos « frères» , sont sacrifiés et la situation ne cesse d’empirer ; et je crois que si cela doit se passer dans l’indifférence générale, alors nous sommes déjà tous morts. Mais je ne peux pas me résoudre à penser qu’il est déjà trop tard pour eux. Et puis, il y a le grand respect que je ressens pour toutes ces personnes courageuses qui se battent et qui affrontent ces images au quotidien, sur le terrain. Signer cette pétition, c’est aussi leur montrer que nous sommes derrière eux.
Pardon Richard, j’ai quelque peu monopolisé. Je f’rai plus. Merci.
par Chaperon Rouge le 14/01/2010 à 19:52. #
Chaperon Rouge, tu as intérêt à revenir monopoliser cet espace, il est aussi pour toi, et ce blog ne sera véritablement utile que si vous vous y répandez. « Merci» pour ces informations cruelles, qui rappellent les monstres que nous sommes.
Catherine, vois-tu, par tes mots, tu me donnes envie de vous recevoir, gens d’Ecolo-Info, en mai ou juin prochain dans les Alpes. On s’en recause?
David, même topo que pour Poisson Rouge : merci ! Et fais autant de pub que tu veux ici.
par Richard le 14/01/2010 à 20:01. #
Un énorme rouleau compresseur bourré d’inertie, qui ignore la beauté et qui nous tranche en deux.
par L'hirondelle le 15/01/2010 à 10:48. #
Merci Richard.
Celle là je la prend un peu pour moi vois-tu.
A ma façon je fais partie de ces « petites mains» qui parcourent et observent et témoignent de ce qui reste encore à observer.
Mon témoignage est là: http://www.floredefrance.com
Mais le constat est le même: la nature se retire du monde, comme le disait, je ne sais plus… Kundera ?
J’envie de moins en moins ceux qui viendront après nous…
par ThierryA le 15/01/2010 à 13:39. #
Ah, Thierry, te revoilà avec tes fleurs magiques, merci de ta fidélité au long cours
J’ai beaucoup lu Kundera à une époque, je ne me souviens pas de cette superbe assertion.
L’Hirondelle, en deux seulement? Leurs mâchoires fétides te diront que la beauté est subjective.
par Richard le 15/01/2010 à 23:20. #
✒ « Au récit continu des batailles, des traités, des intrigues, à l’histoire trépidante des héros devrait succéder l’histoire des inconnus de la terre, par qui se fait aussi l’Histoire. » ✒
par karine le 16/01/2010 à 11:40. #
Avec plaisir pour un rdv par chez toi aux beaux jours Richard:-) Grand Grand plaisir:-)
par Anne-Sophie le 17/01/2010 à 10:53. #
Qu’elle est belle ta libellule!
et merci d’avoir partagé cette belle réflexion!
par Ripe Green Ideas le 18/01/2010 à 14:09. #
Alors la pub c’est aussi « The botany of desire» Michael Pollan. Je ne sais pas si c’est traduit en français… Qui domestique qui?
par Thérèse le 19/01/2010 à 15:44. #
Mais que fait Claude Allègre ?
Il milite à la LPO…
par LVN le 23/01/2010 à 10:00. #
Oh, LVN, ça fait plaisir !
Rien ne m’étonne concernant les révisionnistes de l’écologie. Je connais des bétonneurs fous qui adhèrent au WWF. Ca s’appelle du rachat de conscience (à pas cher, y’a vraiment délit d’initié, là).
Thérèse, je note, je note…
Ripe Green Ideas, c’est beau une libellule, j’en photographierais toute la journée… Vivement le printemps !
Anne-So, on s’en recause à Paris
par Richard le 23/01/2010 à 10:08. #
Félicitations pour votre article et merci pour la référence à celui que j’avais écrit il y a deux ans.
par Laurent Dingli le 23/01/2010 à 10:56. #
Merci Laurent. Je n’avais pas fait attention à la date de ton billet. ll reste plus que jamais d’actualité.
par Richard le 23/01/2010 à 11:14. #
[...] rendent tout juste pas compte): ainsi que l’exprime si bien notre Cher Ami dans un de ses derniers billets sur la Beau Diversité, ceux-là “s’émeuvent des dégâts d’un nouveau bétonnage, comparent avec désolation [...]
par Ecolo-Info » Se cultiver/Papoter » Qu’est-ce que la biodiversité? le 8/07/2010 à 18:21. #
excellent points and the details are more specific than elsewhere, thanks.
- Norman
par Casino Club le 28/09/2010 à 03:19. #